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et surtout son écriture s'étant trouvées d'un maniement impropre à rendre des nouveautés résultant de la marche de la civilisation, comme par exemple les relations commerciales, il a fallu que le langage populaire eût son instrument, son écriture, le démotique, cette écriture nouvelle reproduisant le langage du peuple qui n'était pas la langue littéraire. Et cet instrument, probablement préparé d'avance, a surgi tout fait à une date fixe.
En est* il de même pour le cunéiforme? Cette écriture et cette langue sont* elles suffisamment appropriées à tous les besoins de la population, quelles que soient les circonstances de la vie, pour qu'il ne soit pas nécessaire d'en adopter une autre? Ici, autant que nous pouvons en juger, c'est moins la langue que la nature même du cunéiforme qui nous paraît avoir forcé les habitants de la Mésopotamie à se donner une autre manière d'écrire.
Le cunéiforme n'est pas une écriture, c'est une impression, une empreinte. Il s'écrit au moyen d'un style qu'on presse sur de l'argile humide. Chaque signe est un assemblage de ces empreintes. Il n'est pas possible de dessiner un trait prolongé, ni surtout recourbé. C'est donc une écriture peu applicable aux exigences de la vie usuelle, parce qu'il faut de toute nécessité avoir de l'argile à sa disposition, et qu'il n'est pas possible d'écrire sur ce qui vous tombe sous la main, papyrus, peau, tesson, bois. Cela ne peut se faire qu'avec de l'encre qu'il est impossible d'employer avec un style. Les Babyloniens, avec le cunéiforme seul, font un peu l'effet d'un peuple de nos jours, qui n'aurait que de l'im* primé et rien de manuscrit.
Nous avons une preuve certaine qu'à côté du cunéiforme il existait une autre écriture; ce sont des bas#reliefs (1) dont il reste plus d'une douzaine, où, à la suite de scènes de batailles on voit des scribes enregistrant le nombre des morts. Ils ont à la main des rouleaux d'une matière flexible qui doit être de la peau, et ils marquent combien de têtes coupées leur sont pré# sentées. Ils n'ont pas de tablettes et ils écrivent avec ce qui doit
(1) Voy. Layard, Ninçveh and its remains, 12. éd., p. 357.
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être un roseau. Ils n'emploient donc ni argile ni style, et ce qu'ils écrivent ne peut pas être du cunéiforme. Avec leur roseau ils écrivaient aussi bien sur du papyrus que sur un tesson. Dans une de ces représentations on voit clairement l'encrier que le scribe porte à sa ceinture, comme les écrivains arabes de nos jours. (1)
Le climat de la Mésopotamie, moins favorable que celui de l'Egypte, n'a pas permis de conserver des documents de ce genre, tandis que nous avons des milliers de tablettes cunéi* formes. Il est vrai qu'on les réunissait dans des bibliothèques, et que la tablette d'argile cuite au feu est inaltérable. C'est bien pour cela qu'on choisissait l'argile, pour tout document à la con# servation duquel on attachait du prix.
Il nous reste maintenant à rechercher quelle était la langue et l'écriture employées par les scribes mésopotamiens à côté du cunéi# forme. Ce qui nous guidera, je le répète, ce n'est pas la question philologique, ce n'est pas la nature de la langue elle-même, ce sont les circonstances historiques dans lesquelles elle se présente, et qui me semblent montrer clairement que la langue populaire écrite, qui suit le cunéiforme dans presque toute l'Asie occiden* taie, c'est l'araméen. Il ne serait donc pas la langue qui appartient en propre à des envahisseurs Araméens, c'est l'évolution de la langue populaire écrite, paraissant à côté de l'ancienne langue littéraire, comme le démotique naissant à côté de l'hiéroglyphique. C'est aux philologues à rechercher en quoi la grammaire ara* méenne diffère du babylonien ou de l'assyrien, ou au contraire ce qui marque leur étroite parenté, mais nous voudrions faire ressortir à quel point les faits extérieurs rappellent ce qui s'est passé en Egypte.
Partout où l'on trouve l'araméen, il a été précédé à l'origine par le cunéiforme, en particulier dans le royaume araméen de Samâl
(1) Breasted, Processes of writing in the Early Orient, p. 245. décrit ces scribes écrivant avec un roseau sur une matière qu'il appelle du papyrus, mais qui est souvent de la peau. Souvent ils ont à côté d'eux un autre scribe écri* vant sur une tablette avec un style. A ce sujet, M. Breasted nous dit : «when the cuneiform scribe appears, the pen man is practically never absent».