‹ L'évolution de la langue égyptienne et les langues sémitiquesChapitre 60 sur 96 · Chapitre m · texte numérisé non relu

Chapitre m

qu'il n'en reste aucune trace avant le S""* siècle? Les Araméens qui occupaient la Basse Chaldée, ou les contemporains d'Abraham à Charan dans l'Aram Naharaim, comment n'ont «ils laissé aucun monument de leur langue, quand nous avons à profusion des tablettes cunéiformes de ces époques?

Puis comment se fait#il que l'araméen ne paraisse au début que là où avant lui a régné le cunéiforme? Si le roi de Ninive Sennachérib a soumis les Araméens qui habitaient dans le voi# sinage de sa capitale, n'est#il pas étrange que cet araméen, qu'on trouve d'abord accolé au cunéiforme assyrien sur les poids ou les contracts, soit devenu la langue courante du roi, qui se ser# vait cependant du cunéiforme pour les inscriptions historiques? Car quand les officiers d'Ezéchias menacé par Sennachérib disent au Rabsaké, l'envoyé assyrien : « Parle à tes serviteurs en araméen, aramith, car nous le comprenons, et non le judaïque», cela revient à dire : Parle* nous ta langue, car nous la comprenons, et non le dialecte de Jérusalem.

Il y a donc deux langues écrites dans l'Aram depuis le 8""^ siècle ou même peut*être depuis le 9'"% (1) et la seconde, celle qui paraît à cette époque, a un caractère plus populaire que l'ancienne; et comme elle était beaucoup mieux adaptée aux relations commer* ciales, elle se répandit dans l'Asie occidentale et devint la zotvjj, la langue écrite qui remplaça souvent le cunéiforme sans cepen* dant l'éliminer. On tenait même à le conserver pour des docu* ments importants, puisqu'encore dans des contrats du /'"^ siècle il est stipulé que ce que nous appellerions la légalisation se fera en assyrien et en araméen. Il peut même arriver que l'original soit en araméen.

Le parallélisme avec ce qui se passe en Egypte est si complet que je ne puis n'empêcher de croire qu'il en a été de même dans l'Aram. Tout d'un coup, changement brusque dans l'écriture et dans la langue, sans que nous puissions indiquer à quelle occa* sion ce changement a eu lieu, ni quel est le pays ou la ville d'où

(1) Schiffer, Die Aramaer, p. 180.

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il est parti. Car il a dû se produire d'abord dans une localité restreinte, et de là gagner rapidement partout où jusqu'alors on n'avait écrit que le cunéiforme. L'araméen ne semble#t#il pas absolument être pour le cunéiforme ce que le démotique est pour les hiéroglyphes, une évolution prompte et autochthone et qui n'est point produite par une invasion étrangère? Sans doute, l'araméen était parlé depuis longtemps quand même il n'est écrit qu'au 8™^ ou 9""^ siècle. De même, le démotique était une langue populaire peut*être des siècles avant le moment où nous le voyons écrit pour la première fois.

En raison du caractère spécial de la langue égyptienne et de son écriture, le démotique ne pouvait pas se répandre au dehors, tandis que l'araméen finit par couvrir une grande partie de l'Asie occidentale. Qu'il fût originaire de l'Aram, cela ne fait pas question, son nom l'indique. Et l'on finit même par appeler Araméens ceux qui parlaient cette langue, comme par exemple les Juifs d'Eléphantine.

Quand les habitants d'Aram changèrent leur écriture, ils adop* tèrent un principe tout différent de celui sur lequel reposait l'écriture ancienne. Et pour cela ils eurent recours aux Sémites de l'Ouest, aux Phéniciens. L'alphabet araméen ancien diffère peu du phénicien, plus tard il s'en éloigna toujours plus, comme aussi le démotique a modifié sa forme primitive qui se rappro* chait de l'hiératique. Les Araméens firent en une fois ce qui pour les Egyptiens représente deux étapes, le démotique et le copte. Ils y furent obligés par la nature même de l'écriture cunéiforme, qui ne pouvait être d'un usage courant. Il fallait un alphabet beaucoup plus maniable, qu'on pût écrire sur toute espèce de matière. Ils empruntèrent à leurs voisins un alphabet qui devint celui de la langue populaire. En cela, ils ont devancé les Egyp* tiens qui, pour le démotique partant d'une écriture figurative, surent bien dénaturer la figure au point de la rendre mécon* naissable, mais conservèrent encore certains traits anciens tels que le déterminatif. Plus tard, lorsqu'il fallut traduire dans la langue populaire les Saintes Ecritures, on reconnut que l'alphabet

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