‹ L'évolution de la langue égyptienne et les langues sémitiquesChapitre 62 sur 96 · LE COPTE · texte numérisé non relu

LE COPTE

La phase finale de la langue égyptienne a été le copte, par lequel elle a terminé son existence. Et ici il faut corriger une erreur encore trop répandue. Il n'y a pas proprement de langue copte, il n'y a pas de ce langage un type unique qui ait prévalu au début, et auquel les différentes parties de l'Egypte se soient ralliées avec le temps. Il n'y a que des dialectes coptes, c'est à dire des idiomes rattachés à différentes parties du pays, et dont aucun n'a réussi à établir sa domination avant que la langue indi* gène fût devenue langue morte.

Le copte ne se compose que de dialectes parce que c'est la langue populaire, celle qui jusqu'alors n'était que parlée, et ne se trouvait dans aucun écrit, car même dans le démotique on ne peut pas constater la variété qu'on rencontre dans la nouvelle forme de langage. C'est la reproduction exacte de ce que disaient les habitants de Memphis, de Thèbes, ou du Fayoum. On com* prend donc qu'à mesure que l'Egypte est mieux explorée et que les fouilles mettent au jour de nouveaux documents, le nombre des dialectes connus augmente. Jusqu'il y a peu d'années encore on en comptait trois, le Memphitique, le Thébain, et celui qu'on nommait le Baschmourique, et qu'on croyait avoir été parlé dans la partie orientale du Delta. Les dernières recherches ont montré que ces noms n'étaient pas exacts. Le dialecte de la Haute Egypte appelé autrefois Thébain se parlait dans un rayon étendu aux alentours de cette ville; on le nomme aujourd'hui Sahidique. De même pour celui de Memphis, qu'on désigne d'après le nom de la province par dialecte Boheirique. Le troisième n'est pas celui de l'Orient du Delta, mais celui de la Moyenne Egypte ou Fayou#

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mite. Tout dernièrement on a encore découvert un quatrième, celui d'Akhmim, l'ancien Chemmis ou Panopolis. Il n'est pas impossible qu'il en paraisse un cinquième si quelque fouille heu# reuse atteint les archives d'un couvent ou de quelque établisse* ment religieux jusqu'ici inexploré.

Les Coptes sont appelés Kubt par les Arabes. Ce nom est éy'u demment dérivé d'^ïyvTrroç, ^lyvTTrioç, et il a toujours désigné Egyptiens devenus chrétiens. Car c'est avec l'apparition du chris* tianisme en Egypte qu'est née la langue copte. Ici encore nous avons une transformation dans la langue, et un changement com* plet de l'écriture que nous pouvons assigner à une date connue, et qui cette fois*ci encore n'est pas venu d'une transition lente et insensible.

La tradition veut que ce soit l'apôtre St. Marc qui ait apporté le christianisme en Egypte, et qui ait fondé l'Eglise d'Alexandrie, dont le premier patriarche fut Ananius, nommé par St. Marc lui* même (1). A Alexandrie où les juifs en grand nombre parlaient grec et avaient la traduction en grec de l'Ancien Testament, celle des Septante, une version égyptienne des Evangiles n'était pas une nécessité absolue. Mais il n'en était pas ainsi tout le long de la vallée du Nil où le christianisme se répandit très rapide* ment jusqu'en Thébaïde. Quand, à la fin du second siècle, des évèques furent choisis, et qu'il fallut enseigner en égyptien la doctrine nouvelle, il ne fut plus possible de se passer d'une tra* duction des Livres Saints dans la langue du pays. Déjà, en effet, on avait vu surgir des hommes comme l'abbé Frontonius, vivant sous Antonin le Pieux, qui avait rassemblé autour de lui quelques dévots, lesquels, voulant quitter le monde, avaient été s'établir ensemble dans ce qui est maintenant le Wadi Natron, où ils menaient une vie très austère. Il semble qu'ils devaient avoir au moins une partie des Livres Saints dans leur langue.

Cette tendance à la vie monastique s'était déjà manifestée avant le fondateur de la règle. St. Antoine, qui naquit aux environs de

(1) Voir à ce sujet BuDGE, Coptic Biblical Texts in the Dialect of Upper Egypt, Introduction p. LXXII et suivantes.

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