‹ L'évolution de la langue égyptienne et les langues sémitiquesChapitre 63 sur 96 · Chapitre iv · texte numérisé non relu

Chapitre iv

250 en Haute Egypte. Il était fils de parents qui possédaient un grand domaine agricole. Lorsqu'à leur mort il en hérita, il suivit à la lettre un des passages de l'Ecriture, vendit sa propriété et donna aux pauvres le produit de cette vente. Il était Egyptien de race, et à ce que dit ?on biographe St. Athanase, il ne pou# vait apprendre les lettres, ce qui, comme le soutient le D' Budgh, veut dire qu'il ne put pas apprendre le grec, et qu'il ne savait que l'égyptien.

St. Antoine est généralement considéré comme l'organisateur et le législateur de la vie monastique en Egypte. Cependant, avant lui, il est incontestable qu'il y avait déjà bon nombre de moines vivant dans les déserts, en particulier Paul l'anachorète qui, fils de parents riches, avait reçu une éducation grecque et égyptienne. On ne connaît pas exactement la date de sa mort qui doit être vers 250. Il n'est pas impossible qu'il ait collaboré en quelque manière à la traduction de l'Ecriture en égyptien.

Cette traduction devait être déjà faite, au moins en partie, et dans un dialecte au moins, quand St. Antoine était jeune, car on nous dit qu'alors, c'est à dire vers l'an 270, il allait à l'église de son village où chaque dimanche on lisait l'Evangile dans une langue que le peuple comprenait, et qui ne pouvait être que l'égyptien. Plus tard, on sait qu'il acquit une connaissance étendue des Ecritures, et quand vers l'an 300 des moines en grand nombre se réunirent autour de lui, on entendait dans leurs cellules chanter des psaumes et des cantiques qui devaient être en égyptien, car le saint lui-même ne savait pas le grec. Lorsque des Grecs venaient le consulter, il était obligé de recourir à un interprète pour traduire leurs questions et ses réponses.

Au quatrième siècle, nous connaissons les noms de plusieurs religieux qui avaient une connaissance approfondie des Ecritures. Dans certains monastères comme celui de Tabenna près de Den* dérah, où étaient réunis environ 1300 moines, et qui fut fondé vers 320 par Pachome, un Egyptien qui ne savait pas le grec, la règle était pour chaque moine de réciter chaque jour une partie

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du psautier d'après des copies faites par l'écrivain du couvent, copies qui étaient certainement en égyptien.

Il existe au Musée Britannique un manuscrit renfermant quatre livres de l'Ancien et du Nouveau Testament. A la fin du Livre des Actes est un appendice écrit en langue copte, mais en écri* ture cursive grecque, dont la date ne peut pas être fixée plus tard que 350. Le texte de ce manuscrit montre clairement que c'est la copie d'une traduction plus ancienne. Ce fait venant s'a# jouter aux renseignements qui nous sont fournis surtout par la vie de St. Antoine, prouve au D' Budgk, qui est d'accord avec ScHWARTZE, LiGHTFooT et Hyvernat, que les débuts du copte doi# vent être placés vers 200 ans après J. C.

Si l'on considère la rapidité avec laquelle le christianisme se répandit en Egypte, et l'absence d'un chef autre que le patriarche d'Alexandrie, qui aurait réglé tout ce qui concernait le culte, et exercé l'autorité suprême sur toute l'Eglise, d'Assouan à la mer, on comprendra la manière bizarre dont a été faite la traduction de l'Ecriture, et surtout l'absence d'unité du langage copte qui caractérise les premiers essais.

Alexandrie était une ville grecque, et il est probable que les chrétiens de cette ville, qui furent en tout premier lieu des Juifs convertis, parlaient grec et se servaient pour l'Ancien Testament de la traduction des Septante, et pour le Nouveau du texte original. Mais il ne pouvait pas en être ainsi dans le reste du pays et surtout en Haute Egypte, où l'usage du grec devait être beaucoup moins répandu. Aussi il semble bien que le dialecte Sahidique soit le plus ancien et se soit développé le premier. Mais il ne pouvait rester seul. Ce que nous voyons en Egypte en dehors d'Alexandrie, ce sont des anachorètes réunissant autour d'eux des disciples; des couvents en grand nombre qu'occupaient les gens du pays, desquels même les plus marquants, ceux qui ont eu de l'influence sur leur milieu, les Antoine et les Pachome, ne connaissaient pas le grec, et devaient nécessairement avoir les Ecritures dans la langue du pays.

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