‹ L'évolution de la langue égyptienne et les langues sémitiquesChapitre 64 sur 96 · Chapitre iv · texte numérisé non relu

Chapitre iv

Et comme ces solitaires ou ces couvents étaient répandus dans toute la contrée, ce qui importait avant tout, c'est qu'ils eussent les Ecritures dans le langage que parlaient ceux au milieu des? quels ils habitaient. C'est pourquoi il y a plusieurs traductions des Saints Livres en égyptien, et il y a plusieurs dialectes coptes qui ne sont que la reproduction de ce qu'on parlait dans les différentes parties de l'Egypte. Les traducteurs égyptiens n'ont pas fait une œuvre unique, ils n'ont pas fait un livre à l'usage de toute l'Egypte, livre émanant d'un auteur ou d'un petit groupe, et qui se serait imposé à tous les chrétiens de la vallée du Nil. Il en a été tout autrement que dans les temps modernes, par exemple à l'époque de la Réforme. Encore aujourd'hui les peu? pies de langue allemande usent de la Bible de Luther écrite dans le dialecte saxon. Et pourtant maintenant comme au 16™^ siècle, les peuples qu'on désigne sous le nom d'Allemands de langue, parlent un grand nombre de dialectes souvent fort différents de celui de Luther qui est devenu la langue littéraire; quand ce ne serait que dans les cantons de la Suisse alémanique. Ils se servent tous de la même Bible, il n'y a pas une Bible de Berne et une autre de Zurich et d'Appenzell, comme ce serait le cas si les réforma* teurs avaient jugé qu'il ne suffisait pas d'avoir un texte unique dans les pays de langue allemande. Il en est de même dans les pays de langue française ou anglaise.

On peut supposer que les premiers missionnaires vinrent d'Ale? xandrie. Ceux4à devaient savoir le grec et l'égyptien, et avoir une culture suffisante pour leur permettre de parler et d'écrire dans les deux langues, mais très vite l'élément égyptien prit le dessus, et de vrais Egyptiens entreprirent de traduire les écrits qui étaient à la base de la nouvelle religion.

Il est probable que ces traductions ne furent pas simultanées. Elles paraissent bien avoir commencé en Thébaïde par le Sahi? dique, et à Akhmim, les autres parties de l'Egypte suivirent l'exemple, et mirent l'Ancien et le Nouveau Testament dans la langue qu'on parlait chez eux. Il a dû se passer quelque chose d'analogue à ce que nous avons avancé pour l'écriture hiéro?

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glyphique et pour la création du démotique. L'adoption de l'ai? phabet grec et l'adjonction d'un certain nombre de caractères a dû se produire en un point déterminé, dans une région de l'Egypte, et se répandre de là dans la vallée du Nil. Ce n'est pas le résul* tat d'un accord entre les représentants des divers établissements religieux, d'une décision portant sur l'ensemble du christra* nisme égyptien. C'est un mode de faire inauguré dans une localité ou une région déterminée, et qui bientôt a été imité au dehors.

La base du travail des premiers traducteurs a été l'adoption de l'alphabet grec. Ceux qui ont fait cette innovation n'étaient pas des Aristarques; ce qui les préoccupait ce n'étaient pas les règles de la grammaire, encore moins les finesses philologiques et les lois rigides que les savants modernes ont quelquefois im# posées aux langues anciennes, et dont la violation ne saurait être permise. Ce que les anciens interprètes des livres saints recher* chaient avant tout, c'était d'être compris de ceux auxquels ils s'adressaient. Pour cela, il fallait employer leur langue, les exprès* sions que leurs auditeurs avaient à la bouche, sans s'embarrasser de ce que ces expressions n'étaient pas toujours conformes aux exigences des grammairiens, s'il y en avait dans ce temps^à, ou des scribes habiles que mentionnent les papyrus.

Néanmoins, d'emblée ils se virent contraints de faire un change* ment considérable, d'adopter une nouvelle écriture venue de l'étranger, et tout à fait différente par sa forme et sa nature de celle qui était en usage dans le pays. La seule qui jusqu'alors reproduisait la langue populaire était le démotique. On com* prend facilement les raisons qui les empêchaient d'y recourir. En premier lieu, il n'était pas facile à déchiffrer ni à apprendre, et il est bien probable qu'il ne fut jamais très populaire, bien moins encore que l'arabe vulgaire parmi les Egyptiens de notre temps. Combien au contraire l'écriture grecque était plus com* mode et plus facile, par son petit nombre de caractères d'une valeur fixe et invariable, tandis que beaucoup de signes démo* tiques avaient plusieurs lectures différentes.

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