Chapitre iv
Puis il y avait certaines particularités de l'écriture égyptienne qu'il était difficile de faire concorder avec ces écrits qui intro# duisaient des idées nouvelles, et incompatibles avec ce qu'accep* tait l'ancienne religion. Les noms des dieux en démotique sont des sigles dont il faut connaître l'interprétation. Quel sigle invente* raitïon pour le nom de Jésus*Christ? et si ce nom était écrit en caractères phonétiques, quel serait le déterminatif qu'il faudrait y adjoindre? On ne pourrait pas employer les mêmes que pour Horus et Amon. N'était=il pas plus simple de conserver le nom sous sa forme grecque, en l'écrivant avec des caractères grecs?
En outre, il y a un nombre considérable de mots grecs qui se traduisaient mal, ou qui ne se traduisaient pas en égyptien. Pour ceux-là, il était nécessaire de conserver l'écriture originale. Enfin il y a bon nombre de mots grecs qui ont été reproduits en copte, plus ou moins dénaturés dans la forme, tels qu'on les entendait, et sans qu'il soit fait aucune attention dans le mot qu'on transcrit, au cas ou au nombre, si c'est un substantif; au temps et à la personne, si c'est un verbe.
En dehors des noms et des verbes, les traducteurs ont cherché à combler dans leur langage une lacune qui frappe dans les an# ciens textes égyptiens et même dans le démotique, c'est le manque de conjonctions, qui ne sont qu'en très petit nombre. Les rap* ports des phrases entre elles ressortent des textes, mais très sou* vent ne sont pas exprimées du tout, ou bien le sont par des périphrases ou des auxiliaires. Aussi a*t*on adopté telles quelles bon nombre de conjonctions grecques telles que TAp, Ae, KWX, KAI, KXinep. 2INA, 2CDC, 2(DCT6, ou des adverbes TOT6, AfA, GTI, MHnCDC, OYA6, ou même des prépositions comme KATA, HApA et d'autres.
Tous ces mots grecs auraient été fort difficiles à rendre en démotique, en raison même de la nature de l'écriture égyptienne. Nous avons insisté précédemment sur ce que l'écriture égyptienne ne pouvait être lue que par des gens sachant la langue. Eux seuls, aidés par les déterminatifs, pouvaient donner à un signe ou à un groupe de signes sa valeur véritable. Mais lorsqu'il
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s'agissait d'un mot étranger il n'en était plus de même. S'il était écrit par un signe polyphone comme il y en a un grand nombre en démotique, quelle valeur donner à ce signe, quand le mot n'appartenait pas à la langue du pays, et n'était sans doute pas connu du lecteur? Aussi pour différentes raisons le changement d'écriture s'imposait, et il était nécessaire d'avoir une écriture purement alphabétique, et dans laquelle l'élément figuratif, dont il restait encore quelques faibles traces dans le démotique, fût complètement éliminé. Il fallait encore que la polyphonie n'existât plus et que chaque signe eût une valeur unique et invariable.
Aussi les traducteurs n'hésitèrent pas à adopter l'alphabet grec qui était d'un usage courant et facile à apprendre. On se repré* sente que les scribes des couvents chargés de copier les livres n'étaient pas toujours des hommes de haute culture, ni même ayant une éducation littéraire soignée. Ce pouvaient être, surtout au début, des hommes du peuple qui, ayant embrassé le chris* tianisme, apprirent à écrire de manière à être capables de repro* duire les livres sacrés. Et même il n'est pas certain qu'ils suivis* sent fidèlement le modèle du premier traducteur. Ce qui les guidait avant tout, c'était l'oreille, c'était ce qu'ils entendaient. Cela ex* plique les différences qu'on trouve entre les manuscrits, surtout dans les voyelles. Beaucoup de ces divergences sont dues moins aux divergences de dialectes qu'au copiste, qui rendait le son que le mot avait pour lui, sans qu'il se préoccupât des règles de l'orthographe, que personne n'avait établies, et qui selon toute probabilité ne lui avaient été enseignées que d'une manière très sommaire.
Revenant aux premiers traducteurs, ainsi que nous le disions, ils furent obligés d'adopter pour la langue populaire l'alphabet grec dans son entier, d'X à CD. Il est à remarquer, cependant, que toutes les lettres grecques ne furent pas employées dans les mots égyptiens, ainsi le r et le A, 2, â, '^, ne se trouvent que dans des mots grecs. Les aspirées 0, <j>, X, quoique n'étant pas d'origine égyptienne, ont cependant pris place dans les mots égyp* tiens. G représente souvent le T devant une aspirée comme 2,