‹ L'évolution de la langue égyptienne et les langues sémitiquesChapitre 67 sur 96 · Chapitre iv · texte numérisé non relu

Chapitre iv

langage d'un district qui n'était pas identique à celui du district voisin. Puis est*il juste de parler d'ancienne langue et de langue nouvelle? Ne faut*il pas bien plutôt parler de langue écrite lit* téraire, et de langue populaire mise par écrit telle quelle, sans qu'on l'adapte aux règles de la grammaire? Si l'on compare langue littéraire et langue parlée, on verra que celle-ci diffère sur* tout par la prononciation des voyelles. C'est là ce qu'on peut appelet l'élément nouveau qui est essentiellement variable, mais la langue parlée n'introduit pas tout un vocalisme qui n'aurait pas existé dans la langue littéraire.

Il paraît donc évident que si dans un mot copte nous trouvons des voyelles, nous pouvons être certains qu'il y en avait dans le mot écrit en hiéroglyphes, en tout cas dans la manière dont le mot se prononçait. Les voyelles peuvent n'avoir pas été toutes exprimées dans l'écriture, ce qui s'explique parce que l'écriture était au début figurative, et que les caractères alphabétiques ont été tout d'abord des syllabes ouvertes, des consonnes accom* pagnées d'une voyelle.

Dans la description que Stern fait des voyelles, il cherche à reconstituer ces règles auxquelles il nous a dit que le vocalisme copte était assujetti. Il nous semble au contraire que c'est l'ab* sence de règle qui caractérise ce vocalisme, et qu'on y retrouve la même diversité que dans le langage parlé. La première voyelle qu'il considère, c'est l'e, et il nous montre qu'il correspond à l'hiéroglyphe '^ et aussi à 1' ^. Nous avons ici la confirmation de ce que nous avons reconnu dans l'écriture hiéroglyphique, c'est qu'il fallait séparer le signe de sa prononciation, qui pou* vait varier suivant les mots à la même époque.

L'e remplace souvent l'H ainsi que dans les inscriptions des vases grecs, surtout dans la transcriptions des mots comme AM\eeMX. Plusieurs mots égyptiens s'écrivent avec l'une de ces deux lettres, même lorsqu'ils appartiennent au même dialecte : (J^llG ou q)NH jardin, 26 ou 2H, CSNT ou CHNT et bien d'autres.

6 est quelquefois employé pour la diphthongue Al qui semble* t*il devait avoir le même son, ainsi AIKeoc pour le grec ôi/.aioç,

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en M pour aheîv, XXMexeCDN (sah.), XÀMHXGCDN (boh.) qui en grec s'écrit yai-iailécov ou quelquefois xafir^Xéor. On voit que l'écri* vain cherchait à rendre de son mieux ce qui frappait son oreille. C'est elle qui le guidait et non l'orthographe, et souvent il variait dans ses transcriptions, ainsi dans des versets qui se suivent on

trouve npocewHre, ripoccNere, et iipocGNerKe pour irgog* i]v€yx£ (Lévit. XI. 13, 15, 16).

La voyelle I représente l'hiéroglyphique ancien [1 [1, mais elle est très souvent remplacée par d'autres, surtout par l'e, et très fréquemment au commencement des mots, au lieu de l'I simple, on trouve 61, Mais cette voyelle n'est point seule à reproduire le son I. L'itacisme était habituel dans tous les dialectes coptes, I, H, y, 61, Ol pouvaient avoir la même prononciation l. Stern nous dit que la valeur attribuée aux voyelles au moment où l'écriture copte a été adoptée est tout à fait indépendante de cet itacisme. Cela revient à dire ce que nous avons toujours considéré comme un principe fondamental, c'est qu'il faut séparer le signe de sa prononciation, et aussi qu'un signe vocalique peut avoir diffé# rentes prononciations. L'écrivain sait que les cinq lettres simples ou diphthonguées se prononçaient i et c'est le son i qu'il cherchait avant tout à reproduire sans se soucier beaucoup de ce que la grammaire ou l'orthographe lui auraient imposé un de ces signes. Voici par exemple le verbe [1 K w^ qui veut dire apporter, amener. Dans le même dialecte il aura la forme 61N6 et \ue. Nous ne savons quelle raison assigner au choix d'6l ou d'I pour rendre le même son i. Il n'y a là, nous semble*t*il, que l'habitude du scribe qui lui a fait écrire l'un plutôt que l'autre. Il en est de même pour d'autres voyelles. L'Y que les Coptes d'aujourd'hui appellent ée ou he paraît avoir eu une prononciation variée, ainsi l'on trouve en sahidique B6Ke et BYK6, où Y doit avoir un son rapproché de 6 comme dans la transcription de certains mots grecs tels que noxYMOC pour nôh^ioç. HYrn dans le même ma* nuscrit est écrit nHPH, e-TY^^H et CTHXH. IIXYrH et HXHfH. Dans d'autres, au contraire, ce n'est qu'un l, KYBCDTOC écrit aussi KIBCDTOC, XYMNH écrit aussi XIMNH.

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Dans d'autres cas, c'est l'H qui prend la place de l'y grec, ainsi XHnei qui dans le sahidique est écrit pour xyilH on trouve aussi xynei; KHKNOC boh., KYKMOC sah.; TpHrCDN et TpyrcDM. (1)

o se prononce presque toujours oy, et il est souvent transcrit par oy. npoyc pour TTQÔç. Il correspond dans un très grand nombre de cas à 1'^. Dans le dialecte fayoumite il est souvent remplacé par X.

oy, d'après Stern, ne peut être considéré comme voyelle que devant ou après une consonne. C'est souvent une voyelle brève, comme en français dans le mot ouvrir, et il peut arriver qu'il soit remplacé par un 6.

(D ô est souvent remplacé par X; quelquefois deux voyelles brèves équivalent à la voyelle longue; ainsi dans le même texte on peut trouver G-epoOB et e^epCDB, cgcone et a)OOn. Il semble même que CD n'ait pas toujours été prononcé ô long, puisque le même texte écrit eppCDCDOy et eppCDOy. Dans les mots comme XCDX. xœMe, (DTM. le CD tient la place de l'hiéroglyphe ^^qui est ici clairement une voyelle, et qui n'est pas autre chose.

D'après Sthrn, le copte a deux demi^voyelles, l'i et l'oy «qui lorsqu'elles sont placées devant des voyelles, prennent la prononciation j et w. Cependant les Coptes sont enclins à ne leur donner qu'une prononciation vocalique, mais les lois de la formation des racines contredisent cette manière de voir». Ici nous pouvons constater ce qui se passe dans un grand nombre de langues, ce que nous avons reconnu dans l'ancien égyptien. L'i et l'ou ont une tendance à devenir i consonne, j, et ou com sonne, w, v ou même b. Nous le voyons même en français, où il y a aussi désaccord entre la prononciation et la formation du mot, ainsi oui a une demi*aspiration, on dit le oui, mais on peut écrire je crois qu'oui, où l'e muet est élidé. En revanche, dans les mots ouïr et ouïe, quoique les grammairiens nous disent qu'il y a une demi:«aspiration, on élide toujours l'e muet dans l'écriture

(1) L'une des transcriptions les plus bizarres que j'aie rencontrées, c'est XMnYCCG (Gen. XIII. 3. Sah.) qui est un passé où nycce est noùiai. Le bohei* rique li ici 'XH.

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et la prononciation, on n'écrit pas autre chose que l'ouïe et j'ouïs (Littré). Il en est de même en copte, quoique les règles philo* logiques enseignent qu'oy est une demi*consonne, la prononcia* tion dans un très grand nombre de cas n'en fait qu'une voyelle. Il existe en copte plusieurs diphthongues. Mais d'après Stern, elles sont produites par les demi#voyelles l. y, et oy précédées d'une voyelle. «On peut difficilement reconnaître jusqu'à quel point les deux lettres se sont fondues dans la prononciation.» Il me semble que dans cette affirmation Stern fait une règle géné# raie de ce qui n'est que l'exception. Que dans certains cas il y ait lieu de séparer le groupe en demi* voyelle et voyelle, nous ne songeons pas à le nier, mais pour un très grand nombre de ces diphthongues on ne peut reconnaître qu'un phonème unique dont la prononciation diffère de celle de chacune des lettres qui les compose. Ainsi, quand XI est remplacé par 6 il est clair qu'il avait la même prononciation, le rapprochement de l'A et de l'i produisait le son 6 e comme en français, et il n'y a pas lieu de distinguer une voyelle et une demi*voyelle. De même, on peut supposer que trois voyelles accolées formaient un pho« nème unique, par exemple le mot stèle s'écrit oyGIT ou oyOGIT, il est naturel de supposer que la prononciation était la même avec les deux orthographes, 061 devait avoir un son tout analogue à celui de 61 sans que \'o modifiât beaucoup le son. Il pouvait en être de même qu'en français, où la triphthongue eau sonne exacte* ment comme la diphthongue au, dans autre et épeautre; ou, et ici l'analogie avec le copte est encore plus frappante : bœuf sonne exactement comme neuf, œu et eu dérivant tous deux d'un o bref suivi d'un v. Il s'est produit en copte un fait qui a été re* connu dès longtemps dans les langues romanes et d'autres langues modernes, c'est celui du dédoublement et de la diphthongaison des voyelles; ainsi le mot pes est devenu en italien piede, en français pied et dans le langage populaire de Genève piaute. De même ovum est devenu œuf et cependant l'o ne paraît en rien dans la prononciation et semble n'être là que pour rappeler l'origine du mot. Les dialectes allemands suisses sont particulière*

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