Chapitre i
ment riches en dédoublements de ce genre, gut devenu guet, Bube, Bueb ou Buob, suchen, suochen. Les exemples abondent.
Voici par exemple le mot | v^ ^ écrit aussi [ y (1 0 tlont
le démotique nous apprend que la prononciation était uit. Il est devenu en copte oyeiT ou oyOGlT. Qu'on appelle si l'on veut oy une demi*voyelle correspondant à 1' Vî>, la seconde voyelle est devenue 61 ou oei dont nous ne savons pas la prononciation exacte, qui était peut*être ouet. Les Coptes Sahidiens d'aujourd'hui font d'oei un O. (1)
Mais de pareils dédoublements s'étaient déjà produits dans la langue hiéroglyphique. Voici par exemple le verbe T^T^T^ ^^~a~ (2) qui a dû être prononcé sos; dans un texte de date plus récente, de la XXP dynastie, il est écrit T^T^Î '^ !] H A (3) que les Coptes auraient vocalisé CI)061C ce que Içs Sahidiens modernes pronon* ceraient aussi sos. Et cependant l'orthographe T^T^T ^. ~/\~ n'a pas été abandonnée, même à la XXI« dynastie. On trouve aussi M )^ et dans le même texte M»T j!^ , dans ce dernier cas
étant le syllabique
On voit que le vocalisme joue un rôle très important dans les dialectes coptes et qu'il présente une richesse de sons qui au premier moment vous désoriente, il semble que ce soit l'arbitraire qui domine. Sans doute il y a une part d'arbitraire, mais c'est celui de la langue parlée. C'est ce qu'il ne faut jamais oublier : le copte est le langage du peuple mis par écrit, non pas suivant les règles et les lois auxquelles une langue littéraire est forcée de se soumettre, mais suivant le son qu'avaient les mots dans la bouche de ceux qui les prononçaient. Et l'on sait, même de nos jours, les différences phoniques qui existent dans le parler de ceux chez qui il n'a pas été modifié par l'éducation et l'école. Stern nous l'enseigne dans l'introduction de sa grammaire. De
(1) ROCHEMONTEIX, La prononciation moderne du copte dans la Haute Egypte p. 102, 106, 107, lit GC (soeic absos et une fois absous.
(2) Pap. d'Ani.
(3) Pap. de Nesikhonsu et Leps. Todt.
126 Chapitrf. IV.
toute nécessité nous dit=il, la connaissance des sons doit être la base du système grammatical. Si l'on fait abstraction des sons (Lautlehre) et de la formation des thèmes, la grammaire copte est avant tout la connaissance des particules, car la langue possède à peine des flexions. (1) Le vocalisme est donc la base de la gram* maire. Voyelles et particules, voilà ce qui caractérise le copte.
Nous avouons alors ne pas comprendre comment cette affirma* tion si claire de l'introduction se concilie avec ce que Stern nous enseigne ailleurs. Il a commencé par nous dire que la langue copte était la fille du vieil égyptien et que le passage de l'un à l'autre était le démotique, «mais que, tandis que l'an* cienne langue en général en était restée au degré des langues isolantes, le copte était devenu une langue agglutinante, laquelle s'efforçait de remplacer les éléments grammaticaux dont dans l'hiéroglyphique on pouvait reconnaître l'indépendance, par des
formations internes et externes Le copte dépasse le vieil
égyptien en précision, en souplesse et en variété malgré sa pau* vreté en formes.» Il nous semble qu'il n'y a pas accord entre les deux affirmations.
Puis quand Stern dit: «Il y a entre l'égyptien, qui appartient à la branche chamitique, et les langues sémitiques une ancienne pa* rente qu'on reconnaît aux pronoms et à plusieurs racines com* munes. Cependant l'égyptien paraît s'être séparé de bonne heure de ses sœurs asiatiques pour suivre son propre chemin». (2) Si nous ajoutons à cette dernière phrase celle ^^ ci : (3) «Les racines du copte qui dans l'ensemble en sont restées au même degré que celles de l'ancien égyptien, sont inférieures en développement aux racines des langues sémitiques, car elles ne sont que partielle* ment fondées sur les lois de formation bien arrêtées qu'ont celles*ci,» nous nous trouvons d'emblée en opposition absolue avec ce que soutiennent Erman, Sethe et toute l'école de Berlin. L'égyptien, le père du copte, est une langue chamitique qui est
(1) Koptische Grammatik, Vorwort p. XI.
(2) Id. Einleitung p. 5. 4.
(3) Id. Einleitung p. 46.
CHAPITRK IV. 127
restée en arrière des langues sémitiques et qui n'a pas atteint leur développement. Ce n'est donc pas une langue sémitique dégénérée, et de la décomposition de laquelle un premier fruit a été l'écriture. *
Il ne nous paraît pas non plus que la caractéristique que Stern a donnée du copte, et l'origine qu'il lui assigne, concorde avec ce qu'il nous dit des racines dans la phrase qui suit celle que nous venons de citer : «Il faut considérer les consonnes comme étant la substance des racines. Le caractère de la voyelle copte est tout semblable à celui de la voyelle sémitique; la consonne est le corps, la voyelle est la force qui le met en mouvement, elle est l'âme du mot. Beaucoup de racines ne consistent qu'en une seule consonne, la plupart en ont deux ou trois, et d'autres qui sont dérivées par redoublement, de quatre ou cinq consonnes.» (1)
Dans cette phrase, Stern est encore dominé par l'idée qui est à la base du système de l'école de Berlin : l'égyptien est une langue sémitique. Cette affirmation, nous l'avons vu, repose sur deux faits qu'on prétend très^bien établis : l'égyptien n'écrit pas les voyelles, et les racines sont formées de trois consonnes radicales. M. Stern nous a dit que la vocalisation était la base du système grammatical copte. Il en résulte que les voyelles sont les signes les plus importants de l'écriture. C'est elles qui très souvent distinguent les dialectes. Roesch, par exemple, dans son ouVragc sur celui d'Akhmim nous montre que dans ce dialecte l'A remplace souvent l'e du sahidique lequel est le représentant de l'ancien égyptien <=>. ABXX pour BBOX, ASpHI pour 62pHI, riAXe pour riGXe. Il faut donc de toute nécessité que la voyelle soit écrite. Du reste elle l'était déjà dans l'ancienne langue, car la sonnante <rz> dans beaucoup de cas n'était pas autre chose que la voyelle A ou 6, et le copte dans l'un et l'autre dialecte reproduit l'ancienne prononciation. Il rappelle avant tout le son qu'avait la voyelle <:=>, lequel pouvait être très différent suivant les cas, tandis que le signe est resté le même.
(1) Stern 1. I. p. 46.