Chapitre iv
Un dernier trait commun au copte et à l'ancienne langue, c'est que la forme ou les flexions n'ont point la rigueur qu'elles ont dans nos langues. Elles existent, elles sont d'un emploi fréquent, mais elles ne sont pas obligatoires. Un thème a une forme ab* solue, indiquant une idée, sans avoir les caractéristiques qui en font un nom, un verbe, un mode, un temps, une personne. C'est là encore un reste de l'enfance de la langue. Revillout, qui a déterminé avec une grande sagacité et une très grande richesse d'exemples ce qu'il nomme les modes subordonnés, nous dit cependant que dans certains cas «le présent est réduit à une simple racine verbale unie au substantif». Son étude revient à fixer le sens de certaines préformatives qui servent à rendre différents modes. Stern, à la suite de Revillout, nous parle d'un conjonctif formé par la particule NTG, mais cette particule a bien d'autres sens, elle n'est nullement la caractéristique exclusive du subjonctif, et puis elle n'a pas toujours la même forme. Suivant les dialectes, elle peut être MTA ou TX ou T6 ou même un simple N. D'autres fois le subjonctif est rendu par 6 ou GTpG.
Le subjonctif peut être exprimé aussi par d'autres formes, ainsi en sahidique, par ce que Peyron appelle le troisième futur, qui, surtout en boheirique, est une des formes fréquentes de ce temps. En sahidique, lorsqu'il est un subjonctif, il est précédé de la conjonction X6 dont le sens est très vague, et qui très souvent n'est pas autre chose que le français que. xe Glë6IM6 ira yvG) (Gen. XVIII. 21) où le boheirique a précisé davantage l'expression en employant la conjonction grecque, 21NA MTAGMI. Il en est de même dans ces deux exemples XG GpG nGTMANOyM CgCDriG (Gen. XII. 13), boh. SOritDC NTG nmG0NAN6H CgCORG, 07x0)0, àV hl ykvr^xai. Ici encore le boheirique a recours à la con* jonction grecque. Dans les deux dialectes la particule est séparée du verbe par le sujet, et ni le verbe ni la particule n'ont aucune indication de personne, ce qui n'était pas le cas quand la parti* cule et le verbe étaient réunis. Voici encore un exemple tout analogue XG GpGHXOGlC GING (Gen. XVIII. 19), boh. 20n(DC NTG 06*01 G INI, on{ji(^ clv èTtayâyrj Kvqioç.
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On voit par ces exemples, et l'on pourrait en citer un grand nombre d'autres à propos des noms et des verbes, que la gram* maire copte est la connaissance des particules, de leur sens et de leur emploi. Il est donc faux de parler de la conjugaison des verbes coptes, des modes et des temps. Sans doute il y a manière de rendre l'idée exprimée par le subjonctif ou l'optatif, et même de faire sentir les nuances, mais ce n'est pas à l'aide de formes spéciales du verbe qui n'auraient que ce sens, et qu'il faudrait nécessairement employer pour y arriver. Ce qui règle la signifi* cation d'une expression, c'est avant tout la syntaxe, c'est le rôle que joue le mot dans la phrase, et non le vêtement dont il a été revêtu. C'est là, nous l'avons déjà vu pour l'ancienne langue, ce qui doit être à la base de la grammaire. Maspero reproche à celles d'ERMAN' et Steindorff que le départ n'est pas assez net entre les fermes qui appartiennent aux paradigmes verbaux, et celles qui sont de la syntaxe pure. (1) Stern aussi nous a dit qu'il avait fondu ensemble l'étude des mots avec la syntaxe, et de là vient la difficulté qu'il a eue à trouver des mots qui pussent désigner certains faits grammaticaux. A notre sens, pour le copte comme pour l'ancien égyptien, il faudrait en venir, comme nous le disions déjà il y a bien des années, (2) à une grammaire qui s'attacherait à l'analyse des idées et aux rapports des idées bien plutôt qu'à la forme ou aux formes qui ne sont pas fixes, et qui laisserait de côté une nomenclature empruntée aux langues sémitiques ou indo#germaniques, lesquelles supposent un degré de développement que l'égyptien n'atteignit jamais.
A quel moment le copte est#il né? Quand se mit*on à écrire avec l'alphabet grec augmenté de six ou sept caractères la langue qu'on parlait dans le pays, non pas la langue littéraire, mais celle du peuple avec ses différents dialectes? Il est certain que le copte est la langue du christianisme. Les premiers écrits en copte sont des écrits religieux, et avant tout la. traduction des fivres saints.
(1) Etudes de mythologie et d'archéologie, vol. VI, p. 247
(2) Etudes Grammaticales, Recueil, vol. XXVII, p. 50-52.