‹ L'évolution de la langue égyptienne et les langues sémitiquesChapitre 72 sur 96 · Chapitre iv · texte numérisé non relu

Chapitre iv

Comme pour le démotique, cependant, il y avait eu des essais d'écrire en grec des textes égyptiens et même de compléter l'ai* phabet au moyen de signes dérivés du démotique. Il nous est parvenu deux des essais de ce genre. L'un est un papyrus de Londres qui contient un horoscope dont la première partie est en grec et la fin écrite en copte. Goodwin, qui l'a publié le premier, (1) n'a pu en donner qu'une traduction partielle à cause du mauvais état du document et de l'obscurité du texte. L'écri* ture est l'alphabet grec augmenté des six caractères égyptiens qui ont tous une ressemblance assez grande avec les caractères démotiques correspondants, surtout le 2, le X et le G). D'après la position des planètes dans l'horoscope, Goodwin place ce docu* ment en l'année 154 après J. C.

Le second document qui a été étudié spécialement par Revil* LOUT (2) est un papyrus grec gnostique qui contient avec des hymnes orphiques des invocations où sont mélangés des noms de dieux égyptiens avec le Dieu des Juifs, et d'autres noms tels quAdonai, Eloai, tirés de l'Ancien Testament, sans que, d'après Revillout, on puisse y reconnaître une influence chrétienne. Chose curieuse, quoique ce document soit plus récent que celui de Londres, la transcription y est moins développée et moins précise. Ce qui dans le papyrus de Londres est le Cl) correspond au ^. Il y a deux X dont l'un est tout à fait le signe démotique et l'autre le signe copte habituel. Il est même possible qu'il y ait encore une variante du X dans un signe que Revillout n'explique pas. Quant au O) il n'existe pas et il est d'ordinaire remplacé par C.

Il nous est impossible de considérer ces deux documents, sur* tout le second, comme étant l'origine du copte, d'abord parce que l'écriture n'est pas fixée; dans le papyrus de Londres, le plus ancien, elle l'est mieux que dans celui de Paris; mais parce que nous ne trouvons pas là la caractéristique du copte qui n'est

(1) Zeitschr. 1868, p. 18.

(2) Mélanges III, p. 36.

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jamais que la reproduction d'un dialecte. Gooowin dit que le langage des fragments qu'il a transcrits ne correspond com* plètement à aucun des dialectes. On y trouve le ^ boheirique avec certains préfixes qui appartiennent au sahidique. «Il est évident que nous avons là une phase de la langue très éloignée de. la forme que nous trouvons dans les textes coptes les plus anciens. »

De celui de Paris, Revillout dit : «On voit que ce docu* ment est à moitié thébain et à moitié memphitique. Les racines sont empruntées à peu près indifféremment aux deux dialectes, et souvent pour les mêmes mots on possède la double forme.* Cependant, proportionnellement, la langue incline plutôt vers le memphitique». Il semble donc que les auteurs qui ont écrit les deux papyrus ont cherché à former une langue littéraire qui aurait été comprise et aurait pu être employée dans tout le pays. Elle aurait ainsi ressemblé à l'ancienne langue, elle en aurait eu l'uniformité, à l'inverse de la nouvelle forme, du copte, qui n'est qu'une réunion des divers dialectes.

Si la date fixée par Goodwin pour le papyrus de Londres est exacte, et si celui de Paris est encore plus récent, ils ne seraient que peu antérieurs aux plus anciens papyrus coptes, comme celui de Londres qui doit remonter au commencement du 3'"= siècle alors que la traduction de l'Ecriture était déjà achevée.

D'après Revillout, c'est aux gnostiques que l'on doit l'inven* tion de l'alphabet copte, dont les origines furent lentes et mul# tiples. Nous ne saurions admettre cette assertion de Revillout. Qu'il y ait eu des gnostiques en Egypte antérieurement à l'ère chrétienne, cela est incontestable. Et si l'on range les écrits hermé# tiques dans cette catégorie, qu'est*ce qui nous prouve qu'ils aient été écrits en copte plutôt qu'en grec, puisque, commç nous le dit Revillout, depuis Alexandre «les Grecs étaient partout, ils se mêlaient de tout, surveillaient tout, pénétraient même dans la vie privée. . . . Aussi les idées grecques envahirent=elles l'Egypte, et c'est de leur mélange avec les idées égyptiennes que naquirent le gnosticisme et le néoplatonicisme. »

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