‹ L'évolution de la langue égyptienne et les langues sémitiquesChapitre 73 sur 96 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

S'il en est ainsi, si l'influence grecque est devenue prédomi* nante au point de faire naître des écoles philosophiques et théolo* giques, on ne comprendrait pas que ces auteurs n'eussent pas tenu à ce que leurs écrits fussent en grec, dans la langue savante, la langue d'Alexandrie, celle de tous les littérateurs, philosophes et écrivains de tout genre qui ont rendu cette ville fameuse. Admettant même avec Revillout que dans le gnosticisme on trouve un syncrétisme des idées judaïques avec les anciennes croyances des habitants du pays, c'est toujours à Alexandrie que cela nous conduit, à la grande synagogue des Juifs, à la ville où les Juifs étaient venus s'établir en foule. Les Juifs avaient la traduction des Septante depuis le 3'"'-' siècle avant J. C; on ne voit donc pas ce qui aurait poussé les gnostiques à donner à l'égyptien une forme se rapprochant du grec, et cela d'abord en dotant la langue d'un alphabet aussi semblable que possible à l'alphabet grec. Et ils l'auraient fait, non pas pour créer la langue littéraire du pays, s'écrivant et se parlant dans tout le royaume, mais au contraire pour consigner par l'écriture nouvelle la langue parlée, c'est à dire les dialectes avec toutes leurs diver* sites de prononciation et d'orthographe.

Puis, ce qu'on ne saurait nier, c'est que la naissance du copte coïncide absolument avec l'apparition du christianisme en Egypte. La littérature copte est avant tout une littérature religieuse chré* tienne, et elle ne date que de l'ère chrétienne. Comme le dit Stern, la littérature copte est presque exclusivement biblique ou ecclé* siastique; l'époque de son épanouissement complet va du 3'"'^ au 7""^ siècle. Il ne semble donc pas possible de donner à cette modification de la langue égyptienne une autre cause et un autre point de départ que l'arrivée du christianisme en Egypte. Il était nécessaire d'avoir une écriture au moyen de laquelle on pût reproduire les écrits sacrés, ce que le démotique ne permettait pas. Si le copte avait une origine différente et plus ancienne, on ne comprendrait pas qu'il n'en fût resté aucune trace, que rien n-e nous fût parvenu en copte des écrits des gnostiques païens antérieurement à l'ère chrétienne. Car si l'on considère

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les deux papyrus de Londres et de Paris comme un essai d'a# dopter pour tout le pays une écriture simplifiée, en rapport avec celle d'une langue étrangère déjà très répandue en Egypte, on est forcé de constater que cet essai a échoué. Il n'a pas eu de suite, car à l'époque même où ces papyrus étaient rédigés, nous voyons surgir le copte, c'est à dire la traduction des Saintes Ecritures dans les divers dialectes parlés dans le pays, et non dans une langue littéraire unique.

La question qui se pose tout d'abord est celle#ci : Qui furent les premiers traducteurs de l'Ecriture? Est*ce des missionnaires venus de l'étranger, comme cela se voit de nos jours, ou bien faut#il chercher ces premiers écrivains coptes dans les monastères, dans ces groupes de chrétiens qui de bonne heure déjà se réuni* rent, avant même que St. Antoine eût établi leur règle; ou est*ce quelqu'un des nombreux anachorètes, retiré du monde pour se consacrer entièrement à ses pratiques religieuses. Il est clair que, puisqu'il existe des traductions dans les quatre dialectes, il n'est pas possible de les attribuer à un seul groupe restreint comme la tradition nous dépeint les Septante. On a traduit dans des endroits divers, et à des époques qui n'étaient pas simultanées. Cette circonstance nous paraît indiquer que les différents auteurs n'étaient pas des étrangers, mais des Egyptiens plus ou moins versés dans la connaissance de la langue grecque.

Il semble bien que c'est aux anachorètes comme Paul, qui vivait au commencement du 3"^' siècle, aux groupes de dévots qui à la même époque se réunissaient pour mener une vie assez analogue à la vie monastique, et aux couvents proprement dits, dont plusieurs existent encore, qu'il faut attribuer la traduction des Livres Saints et l'origine du copte. La tendance à la vie d'ermite ou à la vie monastique se manifesta de bonne heure en Egypte. Un exemple fameux est celui de Macaire, le fonda* teur de la colonie monastique de Scété, qui commença par être conducteur de chameaux, et marié. Ses compatriotes le forcèrent de se faire ordonner prêtre, et il dut à sa réputation de sainteté de voir se réunir autour de lui toute une multitude d'admira*

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