‹ L'évolution de la langue égyptienne et les langues sémitiquesChapitre 74 sur 96 · Chapitre iv · texte numérisé non relu

Chapitre iv

teurs et de disciples qui fondèrent une véritable ville monastique, une espèce de république où chacun réglait ses propres affaires, où l'on n'était tenu qu'à s'entr'aider et à écouter de temps à autre les conseils des anciens et les avertissements du père ou praeses {t)y6fxd)v). (1)

Dans un couvent comme celui qui se fonda autour de Macaire, il devait nécessairement y avoir des livres sur lesquels les anciens et le saint basaient leurs enseignements. Et les gens qui se près* saient en foule autour d'eux, devaient pour une bonne part être des gens sans éducation, et qui ne connaissaient d'autre langue que celle qu'ils parlaient de père en fils. Il fallait donc qu'il y eût déjà alors une traduction d'une partie au moins des Livres Saints, qui avait été faite sinon par le saint lui*méme, par quelque écrivain attaché à l'établissement monastique.

Il n'y a pas de raison de supposer que l'établissement monas* tique de Macaire ait été le premier du genre. Le couvent de Scété ou Nitria en Basse Egypte peut avoir été précédé par d'autres en Haute Egypte, et ce qui nous le ferait croire, c'est que les plus anciens textes coptes que nous possédons sont des textes sahidiques qui viennent par conséquent de la Haute Egypte. La Thébaïde est fameuse par ses solitaires, et l'on y trouve en* core des restes de couvents qui ont été détruits on ne sait à quelle époque, ainsi celui de Deir el Bahari, dont j'ai enlevé les derniers pans de murs pour mettre au jour l'ancien temple. La collection d'ostraca trouvée aux cours des fouilles a permis à Crlm d'établir qu'il s'appelait le monastère de Phoibammon et que le moment de sa plus grande prospérité avait été le 7""^ et le 8"' siècles. Mais il peut avoir commencé sur de plus petites proportions, et s'être développé et agrandi plus tard. Il a dû être précédé, sinon à l'endroit même, du moins dans le voisi* nage, par des anachorètes et des cénobites, ces premiers repré* sentants de la vie monastique, laquelle apparut d'abord en Egypte, et qui de là se répandit en Palestine et en Syrie. (2) Il semble

(1) Revillout, Mélanges I, p. 188.

(2) Cabrol, Monasticism, Encyclopaedia ot Religion, vol. 8, p. 786.

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probable que les uns ou les autres ont dû travailler à la traduc* tion des Ecritures.

Quels qu'aient été ces traducteurs, si l'on en juge par les textes sahidiques, qui sont de l'avis général les plus anciens, on en conclura que les premiers interprètes de l'Ecriture étaient des gens du pays qui parlaient leur propre langue et qui avaient appris le grec, mais qui étaient loin de le posséder d'une ma* nière parfaite. Ce qui le prouve, c'est la quantité de mots grecs qu'ils ont introduits dans leur texte. Evidemment ils ne saisis* saient pas exactement le sens de ces mots pour lesquels ils au« raient eu des équivalents en égyptien. C'est là la cause de l'abon* dance de mots grecs en copte. Comme le dit Quatremère : « ceux qui traduisaient trouvaient sans doute plus commode, lorsqu'ils n'entendaient pas un mot, ou qu'ils ne rencontraient pas facile* ment l'équivalent, de le laisser tel qu'il était dans l'original.» (1)

Le fait que les documents coptes les plus anciens sont des textes sahidiques, a conduit divers savants à établir une succès* sion chronologique dans les dialectes, et à prononcer que le dia* lecte boheiriqUe était le plus récent, et n'était né qu'à une époque plus tardive que celui de la Thébaïde. C'était déjà l'opinion de Makrizi (2) qui, parlant des monastères situés au midi de la ville d'Assiout, dit : «que la plupart des chrétiens de ces monas* tères savent le copte sahidique, qui est la source primitive de la langue copte, et dont est dérivé le dialecte boheiriquc. Les femmes et les enfants des chrétiens de la Haute Egypte ne par* laient presque que le copte sahidique.»

Il ressort de la citation de l'auteur arabe que, quand même il considère le sahidique comme le plus ancien, les deux dialectes, sahidique et boheirique, étaient parlés en même temps dans des parties différentes de l'Egypte.

Plusieurs auteurs ont aussi soutenu l'idée de la succession chronologique des dialectes. Dans ces discussions sur la date à

(1) QijATREMÈRE, Recherches sur la langue et la littérature de l'Egypte, p. 18.

(2) Cité par Quatremère 1. 1. p. 42.

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