Chapitre iv
attribuer à chacun de ces idiomes à leur origine et à leur déri# vation, on oublie trop que le copte est une langue parlée et qui par conséquent n'est pas soumise aux lois de la langue littéraire. Et ceux qui l'ont mise par écrit n'étaient pour la plupart, surtout dans les débuts, que des hommes dont l'éducation littéraire était probablement tout à fait rudimentaire. Ce qui était le but de leurs efforts, c'était de fournir à leurs compatriotes le plus tôt possible les textes sacrés dans la langue qu'ils comprenaient. Ce langage n'était peut* être pas conforme à ce qu'il aurait dû être d'après les règles qu'ont fixées les philologues de nos jours. Ces règles n'existaient pas pour eux; car qui les leur aurait imposées? Quand Sthrn, l'un des premiers égyptologues qui s'est occupé du dialecte d'Akhmim, nous dit, en parlant de formes à son avis tout à fait irrégulières qu'il a trouvées dans ce dialecte, «il n'y a pas lieu à y donner grande valeur, car les textes d'Akhmim, quoique très bons comme calligraphie, sont très défectueux au point de vue de l'orthographe, et dans les formes, sont presque sans règle», ce jugement est en désaccord avec la nature du copte et les circonstances dans lesquelles il est né. Il en est de même lorsque Stern nous dit «que la forme de l'état cons* truit des verbes, et la forme qualitative n'existent pas non plus comme dans la langue régulière». Cela vient simplement d'une différence dans le parler de ceux qui ont écrit ces manuscrits, d'avec les habitants de la Basse Egypte et d'ailleurs. Ici encore, comme pour l'ancien égyptien, ce qu'on appelle langue régulière est une création artificielle, une langue reconstruite d'après cer* tains principes qui devraient prévaloir, et dont la nonsobservation est considéré comme une imperfection, sinon comme une faute. Jusqu'il y a peu d'années, l'opinion généralement répandue était que le sahidique était la forme la plus ancienne du copte. Mais en 1893, Maspero réussit à acquérir à Sohâg, dans la Moyenne Egypte, un paquet de manuscrits coptes qui nous ont fait con* naître pour la première fois le dialecte d'Akhmim. Parmi ces textes sont les fragments d'un livre apocryphe qu'o» a considéré d'abord comme étant l'Apocalypse de Sophonie, mais qui pour
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la plus grande partie est l'Apocalypse d'Elie; de celle de So# phonie, il ne reste que de petits morceaux.
De l'Apocalypse d'Elie, ces manuscrits contiennent deux ver* sions, l'une, la plus étendue, en dialecte d'Akhmim, et l'autre dont il n'y a plus qu'une petite partie, en dialecte sahidique. SiEiNDORFF attribue ces deux manuscrits à la fin du 4'""^ siècle ou au commencement du 5""% le texte sahidique étant peut«être un peu plus récent que l'autre. Ce livre est certainement traduit du grec, à en juger par la quantité de mots grecs qui s'y trouvent. Il est possible que le grec fût déjà une traduction de l'hébreu, et que l'original eût un auteur juif.
La langue du livre est le dialecte d'Akhmim qui diffère en beaucoup de points des autres dialectes, et qui se rapprocherait surtout du sahidique. D'après Stkrn, il aurait conservé un carac* tère beaucoup plus archaïque que la langue du Sud et du Nord ; dans sa formation et dans sa grammaire il est très en arrière sur le dialecte sahidique qui est beaucoup plus développé. Selon Steindorfk, celui qui a copié la version sahidique de l'Apocalypse était un habitant d'Akhmim, qui a voulu écrire du sahidique, mais qui, connaissant mal ce dialecte, a fait un texte qui four* mille d'expressions d'Akhmim appartenant à sa langue maternelle. A notre sens, ce copiste venait d'une région d'Egypte où les deux dialectes étaient mêlés, qui était la transition de l'un à l'autre, car on ne peut pas supposer qu'il y eût une frontière arrêtée où chacun finissait.
RoEscH, auquel nous devons une savante étude sur le dia* lecte d'Akhmim, soutient que l'Akhmimien est le premier dia* lecte écrit qui ait été tiré de la langue populaire, de la y.oivi] parlée dans tout le pays. Qu'il y ait eu à un moment donné une /.oivri égyptienne, c'est à dire un dialecte qui prit le dessus et qui fût employé dans tout le pays, c'est fort possible, c'est même probable à en juger par ce que nous voyons aujourd'hui. Du tait qu'un dialecte en est arrivé à prédominer, cela ne veut nullement dire qu'il ait éliminé les autres dont l'origine est peut* être fort ancienne et antérieure à la xotv/y. La preuve qu'il en