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était ainsi nous est fournée par un papyrus de la XIX. dynastie d'après lequel les habitants du Delta et ceux d'Eléphantine avaient de la peine à se comprendre.
Quand Maspero, (1) pour expliquer ce qu'il entend par la /.oivr^ égyptienne, prend avec raison des exemples dans les langues modernes, quand il nous dit que le dialecte de l'Ile de France est devenu le français, cela est incontestable, de même que le florentin est devenu l'italien classique, le dialecte de Middlesex l'anglais, à quoi on pourrait ajouter le dialecte saxon l'allemand. Mais quand il ajoute que le propre de cette xotv/) c'est d'éliminer les autres dialectes et de se substituer à eux dans tout le pays comme langue d'usage courant, je ne puis pas me ranger à cette assertion. Une /.oivr^ est adoptée comme langue littéraire, comme langue officielle, et de notre temps comme langue des affaires et des journaux, sans doute. Cependant elle n'élimine nullement le dialecte en tant que langue parlée, dont se servent les habitants d'une certaine région depuis des siècles, et à laquelle ils ne renoncent que difficilement par l'effet d'une civilisation que ne connaissaient pas les Egyptiens. Encore aujourd'hui, en dépit de l'école et du service militaire, les patois, les dialectes locaux subsistent en France, par exemple en Bretagne et en Sas voie. Un habitant de Turin ayant reçu une très bonne éducation n'hésitera pas à parler le piémontais dans lequel se trouvent des mots français, et s'il écrivait exactement comme il parle, il serait dans le même cas que l'auteur de la version sahidique de l'Apo* calypse d'Elie. On pourrait en dire autant du dialecte napolitain que l'italien n'a pas fait disparaître. Même il y a dans les Abruzzes une littérature populaire dans le patois du pays, des poètes de village dont l'œuvre se transmettra peut-être oralement pendant quelques générations, mais qui ne sera mise par écrit que par des amateurs de folklore.
Ce que nous venons de dire s'appliquerait à la plupart des pays civilisés; cela est particulièrement frappant en Suisse où
(1) Recueil XXIX, p. 14S.
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chaque canton a son dialecte, quelquefois deux ou trois. Tout voyageur qui s'arrête à Lucerne ou à Zurich verra d'emblée la différence qu'il y a entre l'allemand la langue littéraire, et le parler des gens du pays, auquel ils tiennent encore avec ténacité. Il est impossible de ne pas croire que ce que nous constatons encore de nos jours, ce qui subsiste sous nos yeux, quoique les progrès de la civilisation cherchent à le faire disparaître, se présentait avec des traits encore plus marqués chez les nations de l'antiquité qui n'avaient pas l'école, le service militaire obligatoire, et tous ces moyens d'amener dans le langage une uniformité qui est chaque jour plus nécessaire. Et c'est pourquoi, à notre sens, l'explication de beaucoup de questions qui nous embarrassent dans l'antiquité doit être cherchée souvent dans ce qui s'est conservé de l'état ancien.
Il peut y avoir eu une xotv»; égyptienne comme le dit Maspero, à l'époque de la XIX. dynastie et même plus tard, celle dans la* quelle sont écrits tous les papyrus hiératiques, et qui est la langue de la littérature que nous avons conservée. A l'époque où na* quit le démotique, cette /.oivr'] avait pris une forme plus populaire, c'était avant tout le langage des affaires qu'on employait dans la rédaction des contrats. Mais ce qu'on peut affirmer, c'est qu'il n'y en a jamais eu en copte, qui n'a que des dialectes. Et quant à prétendre que ces dialectes sont nés successivement de la y.oii'T] égyptienne, cela me paraît aller absolument à l'encontre de ce que nous pouvons constater tous les jours. Les patois de Savoie ou de Bretagne ne sont pas nés du français, c'est à dire du dialecte de l'Ile de France, et ceux de Schwytz ou d'Appen* zell ne sont pas nés du dialecte saxon que Luther a rendu clas» sique. Chaque dialecte a sa date, qui presque toujours nous est inconnue.
Nous ne saurions assez le répéter quand il s'agit de langues parlées, ces questions d'origine et de succession paraissent abso* lument déplacées. Les savants qui les ont discutées à propos du copte, Cri'm, Griffith, Erman, Roesch et d'autres, sont encore trop complètement dominés par l'idée de l'ancienne philologie