‹ L'évolution de la langue égyptienne et les langues sémitiquesChapitre 77 sur 96 · Chapitre iv · texte numérisé non relu

Chapitre iv

que la langue est une entité, quelque chose de supérieur et de parfait, ayant un ordre donné dont tout ce qui s'écarte est une infraction à une forme idéale. C'est bien à propos des dia* lectes qu'on peut dire avec Saussure que la langue n'existe que dans les sujets parlants. En d'autres termes, il n'y a pas de langue, il n'y a que des gens qui parlent.

On nous dit que le dialecte d'Akhmim est le premier qui s'est détaché de la v.oivri d'alors. Mais, dans ce cas, pourquoi rEcri* ture n'a*t=elle pas été traduite dans cette xo»-^ ? Les écrits qui apportaient la doctrine nouvelle n'étaient^ils destinés qu'au dis* trict d'Akhmim et à ses habitants? Il est hors de doute que les missionnaires qui apportaient le christianisme en Egypte vou« laient gagner tout le pays à la religion nouvelle. Il fallait pour cela que tout le pays pût lire les livres sur lesquels elle s'appuyait, que ces livres fussent dans la langue comprise de ceux auxquels on prêchait la doctrine chrétienne. Et si pour cela il a fallu tra# duire les livres, non dans une langue unique, mais dans quatre dialectes, c'est la preuve la plus éclatante que cette langue unique, cette v.oivri n'existait pas, ou que si elle existait, elle n'avait pas éliminé les dialectes qui subsistaient parallèlement, et qui très probablement remontaient à une époque ancienne.

Si le sahidique est considéré comme plus ancien, cela vient de ce que nous avons conservé des manuscrits sahidiques qui remontent plus haut que les boheiriques. Mais cela ne signifie nullement qu'alors le boheirique n'existât pas. Les prêtres et les anachorètes qui vivaient au 3""' siècle, les fondateurs du couvent de Nitria, qui étaient originaires de la Basse Egypte, avaient sans doute leur dialecte qui n'était pas celui d'Akhmim, ils ne parlaient point une langue commune qui aurait régné dans tout le pays sauf à Akhmim et peut*étre en Thébaïde. Ils se sont certain nement préoccupés d'avoir une traduction des Ecritures puisque, malgré le voisinage d'Alexandrie, ils ne savaient pas le grec.

On ne peut donc considérer la traduction des Ecritures que comme naissant partout, à mesure que le christianisme se répan* dait, et se produisant sans doute simultanément dans les diverses

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parties du pays. Partout cette traduction revêt le même caractère, elle ne se conforme pas à la langue littéraire, elle est le reflet de la langue parlée, de ce qui se dit et s'entend tout les jours, et qui diffère d'une région à l'autre. Le fait que le couvent d'Amba Shenûda, d'où viennent les manuscrits d'Akhmim, con* tenait deux versions de même titre de l'Apocalypse d'Elie, dont l'une était en sahidique, montre que quoique vivant à peu de distance, les habitants du Sahid parlaient un dialecte un peu différent, et que, pour qu'ils se comprissent facilement, il fallait avoir un texte dans leur propre langage.

L'étude comparative des diverses traductions est intéressante, parce qu'elle nous renseigne d'abord sur la langue que parle chacun des traducteurs, langue qui était celle de son entourage et de la région dans laquelle il habitait. Nous pouvons aussi nous faixe quelque idée de la personnalité de ces écrivains. Ils sortaient de milieux très différents, mais ce qu'on peut affirmer, c'est qu'à peu d'exceptions près ce n'étaient pas des savants, des hommes versés dans les humanités comme les traducteurs mo* dernes de la Bible. Griffuh nous paraît avoir parfaitement rai* son lorsqu'il nous dit (1) que le copte est une reproduction soigneuse et intelligente de la langue vulgaire, due à des tra# ducteurs qui avaient un peu de sens littéraire et le désir d'être compris.

Prenons par exemple l'un des plus anciens manuscrits sahi* diques qui nous aient été conservés, celui qu'a publié le D'^Binci:; un seul verset comme le premier du livre des Actes des Apôtres, comparé à la version boheirique, nous renseignera déjà jusqu'à un certain point sur les connaissances littéraires du traducteur.

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(1) Zeitschr. XXXIX, p. 81.

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