Chapitre iv
Ici surgit une question fort embarrassante et qui se présente pour d'autres langues que le copte. Qui a eu l'idée d'adopter un alphabet nouveau? Qui est l'auteur de ce changement, lequel s'est répandu très rapidement dans tout le pays? Il est certain qu'il coïncide avec l'arrivée du christianisme en Egypte, nous savons donc exactement à quelle époque il s'est produit. Y avait* il eu auparavant quelques tentatives de réformer l'alphabet, et d'adapter à la langue égyptienne l'écriture grecque, beaucoup plus simple, et qui devait faciliter les rapports avec l'étranger? Si les papyrus de Londres et de Paris, les horoscopes dont nous avons parlé, sont des restes de pareilles tentatives, cela nous prouve* rait qu'elles n'ont pas réussi, car en dehors de la littérature chré* tienne l'alphabet grec n'a pas fait disparaître l'écriture égyptienne, puisque nous avons des papyrus démotiques qui ne sont pas antérieurs à la naissance du copte. Cependant les premiers écri* vains en lettres grecques ont dû nécessairement recourir aux scribes démotiques, car c'est du démotique plus ou moins dévié que sont sortis les caractères qui n'appartiennent pas à l'alphabet grec. On peut donc admettre que les premiers traducteurs, s'ils étaient de pauvres hellénistes, écrivaient encore la langue de leur pays, tout au moins le démotique.
Les traducteurs boheiriques, certainement, savaient mieux le grec; on peut en juger facilement si l'on compare des traductions des deux dialectes. Qu'on le fasse, par exemple, pour le livre de la Genèse, et l'on verra que les mots grecs sont beaucoup plus nombreux en sahidique qu'en boheirique. Quelquefois, lorsque le boheirique emploie le grec tandis que le sahidique a conservé le mot égyptien, cela vient de ce que l'écrivain trouve que l'égyptien ne rend pas fidèlement l'idée du grec. Cela est frappant, par exemple dans les conjonctions. Elles sont très peu nombreuses dans l'ancien égyptien. Les rapports des phrases que marquent ces mots, ne sont pas indiqués et ressortent du sens, de l'arrangement paratactique des phrases, ou de périphrases, ou de particules verbales. Les quelques conjonctions égyptiennes comme XG ont un sens très vague.
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Je rappelle les trois passages sahidiques que j'ai cités plus haut à propos du subjonctif. Voici X6 suivi d'un verbe, précédé de la particule 616, 6p6 que Peyron appelle marque du présent et
du futur : (Gen. XII, 13) X6 6p6 cgCDne ôttcDç av yévriTai,
(XVIII. 19) X6 6p6 nX06lC 6INe èn:œç av ETtàyr] ô Kvqloç, (id. 22) X6 616 6IM6 /'m yvcô. Si maintenant nous consultons le bohei# rique, nous verrons que dans ces trois exemples il a employé la conjonction grecque, tandis que le sahidique a conservé le mot égyptien, et on peut l'expliquer parce que le traducteur trouvait que le mot égyptien ne rendait pas la nuance qu'il y a entre ônûg et ïva. Evidemment le traducteur boheirique avait une éducation littéraire plus avancée que l'habitant de la Thé* baïde, à en juger par cet exemple dont je ne songe cependant pas à tirer une conclusion générale, car il ne porte que sur un écrivain sahidique qui doit être un des plus anciens. Il semble* rait, d'après le caractère de ces premières traductions, de la Thé* baïde, que le christianisme y pénétra de bonne heure, et même indépendamment d'Alexandrie, dont on ne reconnaît pas l'in* fluence dans le langage.
Il est temps de résumer le caractère de cette dernière phase d'évolution de la langue égyptienne, le copte. Cette phase a con* sisté en un changement complet de l'écriture, l'adoption d'une écriture purement alphabétique, c'est à dire de laquelle tout élé* ment figuratif est complètement banni, et qui en outre répond à un développement plus avancé que les alphabets sémitiques en usage à ce moment, en ce sens qu'il a un signe correspondant à toutes les lettres, voyelles ou consonnes, qui sont écrites dans l'ordre où elles se prononçaient.
Ce nouvel alphabet a été appliqué, non à l'ancienne langue littéraire, ni même à la forme déjà plus populaire représentée par le démotique, mais à la langue parlée, à celle qui était dans la bouche de l'homme du peuple, celle dont il se servait d'habi* tude, et qui par conséquent est empreinte de cette diversité locale laquelle se retrouve dans le parler du peuple de tous les pays. Le nouvel alphabet a servi à consigner des dialectes dont aucun