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Après le démotique, il se présente un changement plus grand encore : L'écriture égyptienne est mise de côté, elle est remplacée par l'alphabet grec adapté à l'égyptien par l'addition de six ou sept lettres. Cette modification radicale de l'écriture est destinée, non à reproduire une langue littéraire, ni même une yioivtj popu* laire comme le démotique, mais le parler de l'homme du peuple, son patois, ses dialectes au nombre de quatre, avec leur vocalisation variée. Ce changement, nous en connaissons la date, nous savons qu'il a été produit par l'arrivée du christianisme en Egypte, nous savons qu'il est dû aux Egyptiens eux#mêmes, qu'il s'est répandu sur tout le pays, mais nous ne savons pas qui en sont les auteurs; nous ne pouvons pas le rattacher à des hommes connus, ou même à un groupe d'hommes; nous ignorons de quelle localité il est parti, et comment s'est fait l'accord à la suite duquel cet alphabet a été reconnu dans tout le pays.
Faisant de même que pour le démotique, nous cherchons si dans les langues sémitiques de l'Asie occidentale il y en a une qui, à un moment donné, ait changé son écriture, et nous rencon* trons aussitôt l'hébreu, qui a passé par une phase tout analogue au copte, qui paraît être né de la même manière, qui semble aussi avoir le même caractère, c'est à dire être à l'origine la langue ou le dialecte que parlait le peuple à Jérusalem.
Et ici en présentant à nouveau des idées que j'ai exposées ailleurs, (1) je ne prétends pas résoudre d'une manière définitive cette grave question. Je la soumets aux spécialistes hébraïsants. Je voudrais leur exposer les arguments qui me paraissent établir ce point de vue. Ces arguments, je ne les tire pas de mon imagi* nation, je m'appuie sur un exemple qui est reconnu exactement, et qu'il est impossible de nier ou même de mettre en doute. La formation du copte est quelque chose de particulier et qui n'est nullement conforme aux lois de la philologie et aux théories que l'on a émises sur l'évolution et le développement des langues.
(1) Archéologie de l'Ancien Testament, éd. française, p. 215 et suiv. Schweich. Lectures, p. 44. et suiv.
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Voici un peuple qui tout d'un coup adopte une nouvelle écriture établie sur un principe absolument différent de celle dont il usait précédemment, et il le fait, non pas pour perfectionner en quelque manière sa langue littéraire, mais pour reproduire les différents dialectes dont se compose le parler populaire qui jusque là n'avait jamais été mis par écrit. Sans doute c'est là un phénomène lin* .guistique extraordinaire, mais, il n'y a pas à le nier, ce n'est pas une hypothèse due à l'imagination d'un rêveur ignorant les lois de la philologie, c'est un fait que nous pouvons reconnaître dans toute sa brutalité. Si cela s'est passé en Egypte, pourquoi n'en serait#il pas de même ailleurs, et ne devons*nous pas reconnaître un phénomène tout analogue dans l'histoire de l'hébreu?
Et d'abord, qu'est*ce que l'hébreu? «Par le nom d'hébreu on entend d'ordinaire la langue de l'Ancien Testament, en opposi* tion avec le nouvel hébreu qui est la langue de la littérature juive postexilique. » (1) Ainsi s'exprine Gesenius dans sa gram# maire que des savants allemands mettent incessamment au point, et que nous pouvons bien considérer comme l'autorité par ex* cellence.
A la suite de cette définition de l'hébreu, on ajoute : «le nom de langue hébraïque ne se trouve pas dans l'Ancien Testament, où il est remplacé par : langue de Canaan (Es. XIX. 18) etjehou= dith, Juif, en particulier dans un passage de Néhémie où, suivant l'usage postexilique, les noms de Juif, judaïque, ont été étendus à toute la nation».
Quand il en vient à l'alphabet, (2) l'auteur nous fait le tableau, comme dans toutes les grammaires, des lettres de l'hébreu carré, quoique cet alphabet soit né aux environs de l'ère chrétienne, et il ajoute : «L'alphabet carré n'est pas celui qui a été employé à l'origine pour l'hébreu, le vieil hébreu est identique au vieux sémitique occidental, à l'ancien phénicien et à l'inscription de Mesa,» en somme ce qu'on appelle l'alphabet cananéen. Les seuls
(1) WiLHELM Gesenius, Hebràische Grammatik, 29. Aufl., verfaBt von Bergs strasser, 1918, p. 9.
(2) id. p. 29. ■ •
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monuments que nous ayons de ce vieil hébreu (1) sont le calen* drier agricole de Guézer du 9"»^ siècle, les tessons trouvés à Samarie, de la même époque, et l'inscription de Siloé à Jérusalem, du 8'"'= siècle, découverte en 1880. C'est sur ces quatre documents qu'on s'appuie pour affirmer que jusqu'à la naissance de l'hébreu carré, c'est à dire jusqu'aux environs de l'ère chrétienne, tous les textes de l'Ancien Testament ont été écrits en caractères cananéens. Nous verrons plus loin qu'aucun de ces monuments ne peut être allégué comme preuve de cette assertion.
Pour ce qui est de la langue, la philologie hébraïque part presque toujours de cette assertion, que je citerai d'après l'un de mes contradicteurs, Gressmann : (2) «L'hébreu fut originairement la langue des Cananéens, langue que les Hébreux adoptèrent après leur installation en Canaan. » Ce n'est là qu'une conjecture dont on ne peut apporter aucune preuve, et qui jure aussi bien avec l'histoire qu'avec l'anthropologie.
Qu'est*ce que les Cananéens? La première fois que nous les trouvons mentionnés, c'est à propos de l'arrivée d'Abraham (Gen, XIL 6) «Abraham parcourut le pays jusqu'au lieu nommé Sichem, jusqu'au chêne de More. Le Cananéen était dans le pays.» Il est dit aussi du pays où étaient les troupeaux de Lot (XIII. 7) : «Le Cananéen et le Phérésien habitaient alors dans le pays.» Lorsque Jahveh fait alliance avec Abraham (XV. 18), il lui promet de donner à sa postérité tout le pays depuis le fleuve d'Egypte, jusqu'au grand fleuve, le fleuve d'Euphrate, pays peuplé par dix nations différentes dont les Cananéens; ceux*ci habitaient avec les ^morréens et les Jébusiens, qui occupaient chacun une région de Canaan. Les Cananéens ne sont donc nullement considérés comme les maîtres et les seuls habitants du pays. Ce n'est qu'un des peuples qui l'occupaient. Cette distinction existe encore dans Josué (IX) et dans le livre des Juges. Plus tard a étendu ce nom à l'ensemble des peuples ou tribus qui avaient été subjugués
(1) Gesenius, 1. 1. p. 10.
(2) Revu^ de théologie et de philosophie, 1916, T. IV. p. 32.
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par les Israélites, mais ce n'est qu'un nom. Les Cananéens n'ont jamais formé une unité politique. L'histoire nous le fait clairement entendre. Si nous consultons les inscriptions égyptiennes, nous y voyons que ce que nous appelons les Cananéens était une quantité de tribus ayant chacun son existence indépendante et son chef, dont l'une des plus considérables étaient les Amurru. Ils avaient leurs villes et leurs forteresses, et ils étaient sans cesse en guerre les uns contre les autres. Quelquefois la menace d'un danger commun, tel que l'approche des armées égyptiennes ou celle des Israélites, les poussait à faire front ensemble contre l'ennemi, mais avaient*ils subi une défaite importante comme à Meguiddo, ils se dispersaient et chaque roi retournait à sa forte* resse. Il n'y avait aucune cohésion entre eux, rien qui ressemblât à la constitution d'un état, ni même à une alliance permanente. La Mésopotamie était dans des conditions très analogues. Dans les temps les plus reculés, la Babylonie comptait un grand nombre de petits états composés d'une ville et du territoire environnant. Un jour le roi de l'une réussissait à assujettir les villes voisines et sa domination était plus ou moins permanente. Cela même, nous ne le voyons pas en Palestine, et parler des Cananéens comme d'un peuple unique ayant une existence individuelle et séparée, et occupant tout le pays de Canaan, c'est créer de toutes pièces une nation qui n'a pas existé comme telle.
L'unité linguistique n'existait pas plus que l'unité politique. Il faut se défaire de l'idée qui a prévalu trop longtemps, que les nations anciennes étaient des Etats ayant des limites parfaitement tracées les séparant nettement des voisins; à l'intérieur de ces limites était un peuple ayant son gouvernement, ses habitudes et sa langue, qui était la même pour tout le pays et qui avait un alphabet lui appartenant en propre. On crée ainsi un état de Canaan ayant une langue unique qu'on appelle l'hébreu. L'anthro* pologie, et ce qui existe encore de nos jours nous enseignent que cette conception est fausse. Qu'on regarde ce que sont de notre temps les peuples non civilisés qui se rapprochent encore de l'état primitif. Les missionnaires qui travaillent parmi les nègres ou