‹ L'évolution de la langue égyptienne et les langues sémitiquesChapitre 87 sur 96 · Chapitre v · texte numérisé non relu

Chapitre v

juive établie en cet endroit, probablement destinée à l'origine à défendre l'entrée de l'Egypte contre les invasions du midi, mais qui devint ensuite un établissement important. Cette littérature comprend des documents de toute espèce, publics et privés, des lettres, des contrats, des fragments littéraires de l'histoire d'Ahiqar, une traduction araméenne de l'inscription de Behistoun, en outre un grand nombre de tessons avec des inscriptions relatives aux choses de tous les jours. Tous ces documents, toute cette litté* rature, sans exception, est en écriture et en langue araméenne. Le Prof. Sachau, l'éditeur de la collection, nous dit qu'il a cherché, même dans les plus petits fragments, avec l'espérance de trouver un peu d'hébreu, mais en vain. La colonie juive avait des noms hébreux, mais tout est écrit en araméen. La plus grande partie de ces documents appartient à l'époque où l'Egypte était sous la domination de la Perse. Ils s'étendent de la vingt*sep* tième année du règne de Darius L (494 avant J. C.) à la cin* quième d'Amyrtée, souverain indigène, qui régna après que les Egyptiens eurent secoué le joug perse. Ces documents compren* nent ainsi le 5"^ siècle presque en entier, période où l'empire perse était à son apogée.

Mais ce serait une erreur de croire que la colonie d'Eléphan* tine ou de Syène, comme l'appelle Ezéchiel, date de cette épo* que. Déjà depuis des siècles les Israélites émigraient en Egypte malgré les avertissements des prophètes (1). Ils avaient pris pied dans toute l'étendue du pays d'un bout à l'autre, de Migdol au nord, à Syène au midi (Ez. XXIX. 10. XXX. 6.). Non seulement ils s'y établirent en étrangers, mais ils y transportèrent leur culte, et, comme l'avait prédit Esaïe, ils y élevèrent un temple. Nous le savons, en ce qui concerne Syène, par le document le plus important qui y ait été retrouvé, et que nous avons en deux exemplaires. Il est de l'an 407 avant J. C. sous le règne de Darius Nothus. C'est une lettre adressée par Yedoniah et ses

(1) Voir à ce sujet : Naville, Archéologie de l'Ancien Testament, édition fran* çaise, p. 156. et suivantes.

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compagnons les prêtres, à Bagoas, le gouverneur de Judée. Il raconte que le temple élevé par leurs pères à leur Dieu Yaho au temps des rois d'Egypte, que Cambyse avait encore vu intact, tandis que ceux des dieux d'Egypte avaient été renversés, a été détruit sans merci par les prêtres de Chnub, la divinité égyp* tienne, et par leurs acolytes. Ils ont envahi le temple, l'ont rasé, brûlé les portes et le mobilier, et emporté les vases d'or et d'argent. Depuis lors, les Juifs sont dans le deuil, il ne peuvent plus apporter au temple ni offrandes ni farine ni encens ni holocaustes, en un mot ils ne peuvent plus accomplir les rites qui, tels qu'ils les décrivent, sont les prescriptions du Léw'u tique. Aussi ils supplient le gouverneur de faire reconstruire leur temple.

Si nous nous reportons à la prophétie d'Esaïe, nous voyons que, parlant de ces villes, il ajoute : Il y aura «un autel à Yahveh au milieu du pays d'Egypte et sur la frontière un monument à Yahveh». Ainsi Esaïe prévoit bien, non seulement l'émigration matérielle, mais l'établissement du culte en Egypte.

Dans ces circonstances, si les Juifs emportent avec eux leur culte, tous leurs usages religieux, et leurs rites, peut*on sup# poser qu'ils n'emportent pas avec eux leur langue? Les papyrus d'Eléphantine et le texte d'Esaïe nous montrent donc que «la langue de Canaan», la langue parlée dans tout le pays, était l'ara* méen. Esaïe ne pouvait pas s'exprimer autrement. Si la langue de Canaan avait été le jehoudith, le judaïque, il aurait certainement dit jehoudith au lieu de langue de Canaan. D'un autre côté, s'il avait parlé comme le voudraient les philologues de nos jours, s'il avait dit Varaméen, aramith, il aurait dit quelque chose qui pour ses contemporains était à la fois absurde et faux. Aramith, je le répète, veut dire la langue qu'on parle dans l'Aram. Cela ne pouvait donc pas signifier que la langue de Canaan, celle des émigrants, serait transportée en Egypte.

Il est certain que les papyrus d'Eléphantine nous ont révélé un fait imprévu. Les colons juifs de cette ville parlaient et écri# valent l'araméen, et ce n'était pas pour eux une langue pure*

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