Chapitre v
ment littéraire : ils en usaient pour les lettres familières, les notes les plus triviales pour lesquelles ils se servaient de tessons.
On en a donné toutes sortes d'explications, on a dit par exemple, que les Hébreux avaient abandonné leur langue ma# ternelle sauf pour l'usage religieux, et adopté celle du pays de leurs souverains les Perses. Cette explication ne concorde nulle* ment avec les faits tels que les papyrus nous les révèlent. Les Juifs disent nettement que le temple a été bâti au temps des Pharaons égyptiens. Ce temple existait sous le règne de Cambyse qui le respecta alors qu'il détruisit ceux des Egyptiens. Il a dû être construit au moins au temps des Saïtes. alors que les Juifs se portaient en foule sur l'Egypte, par peur des Assyriens, bien avant la domination perse. Les Israélites de Migdol et de Noph apportèrent en Egypte leur propre langage, et le conservèrent ainsi que leur forme de fuite et leur Dieu. Quelle raison avaient* ils alors de changer de langage, et surtout d'en adopter un qui n'était pas celui de la contrée qu'ils habitaient. Il y a là une question de bon sens. A«t*on jamais vu des colons, allant s'éta* blir en foule dans un pays étrang-er, non seulement abandonner leur propre langue, mais en adopter une qui n'est pas celle du pays où ils vont demeurer? Car les Egyptiens ne parlaient cer« tainement pas araméen. N'est*il pas au contraire tout à fait na* turel qu'ils conservent leur langue maternelle, surtout quand ils veulent rester séparés des habitants parmi lesquels ils vivent, parce qu'ils professent un culte tout à fait différent, et que ce culte constitue leur nationalité et en est la garantie.
La langue de Canaan, parlée et écrite dans le pays, est l'ara* méen. Ce fait si inattendu pour les hébraïsants, n'est pas pour nous surprendre. Il nous paraît tout à fait analogue à ce que nous avons vu en Mésopotamie. C'est la même évolution parce que le point de départ est le même.
Je ne reviens pas ici sur ce que j'ai longuement discuté ail* leurs, (1) c'est que, ainsi que l'enseignent les tablettes de Tel*el*
(1) Naville, Archéologie de l'Ancien Testament, p. 18 et suivantes. Schweich Lectures, Lcct. II.
166 Chapitre v.
Amarna, la première langue écrite des habitants de la Palestine comme de la Mésopotamie et de l'Asie occidentale, c'était le babylonien cunéiforme, qui devrait s'appeler l'accadien, et qui en Palestine porte les traces du langage parlé, sous forme de gloses qui se rapprochent beaucoup de l'hébreu. Les plus anciens livres des Hébreux ont été des tablettes cunéiformes. Il en ré* suite qu'en Palestine l'évolution de la langue a été celle que nous avons décrite plus haut pour la Mésopotamie; elle a passé à un moment donné du cunéiforme à l'araméen, comme l'égyptien a passé au démotique, avec cette différence que l'araméen a dû recourir à un alphabet nouveau, parce qu'on ne pouvait pas faire subir au cunéiforme une modification analogue à celle qui'a fait de l'hiératique le démotique.
L'évolution, qui est partie nous ne savons d'où, s'est répandue aussitôt sur tous les pays où le cunéiforme avait régné, et par conséquent aussi en Palestine. Là, elle se manifesta à une épo* que assez semblable à celle où elle paraît en Mésopotamie. C'est au temps de Sennachérib que les envoyés d'Ezéchias disent à Rabshaké : Nous comprenons l'araméen. C'est du règne de ce roi assyrien que datent plusieurs des contrats avec des rubriques araméennes. L'araméen se répandit de plus en plus et finit par être la langue usuelle qu'on parlait du temps de Jésus*Christ. Néanmoins elle ne détruisit point les dialectes, les parlers locaux, et le jehoudith subsista à Jérusalem et prit une vie nouvelle au retour de la captivité.
Je ne reviendrai pas ici sur les conséquences que nous devons tirer, quant à la langue dans laquelle ont écrit les prophètes, et sur ce qu'a été le rôle d'Esdras, du fait que la xolvi] en Palestine, succédant au cunéiforme, était l'araméen.
Aux diverses évolutions linguistiques que nous avons étudiées était rattachée la question de l'écriture, que nous avons mainte* nant à examiner. Tous les hébraïsants qui admettent comme une vérité indiscutable que l'hébreu biblique était la langue de tout le pays de Canaan, affirment avec une égale assurance que l'écri* ture primitive dont on s'est servi pour l'hébreu, c'est l'alphabet