‹ L'évolution de la langue égyptienne et les langues sémitiquesChapitre 89 sur 96 · Chapitre v · texte numérisé non relu

Chapitre v

qu'on nomme vieil hébreu ou cananéen, ou plutôt phénicien, car d'après Noeldeke dont l'opinion est généralement admise, cet alphabet est originaire de Phénicie. Les livres de l'Ancien Testament auraient donc été écrits avec cet alphabet cananéen ou phénicien qui, aux environs de l'ère chrétienne, aurait dis* paru, sauf à Samarie. De l'alphabet vieil hébreu, il reste quatre monuments : la stèle de Mésa, le plus ancien, du milieu du 9'"« siècle, le calendrier agricole de Guézer, les tessons trouvés à Samarie, de la même époque, et enfin l'inscription de Siloé à Jérusalem, du S'"^ siècle.

Il est impossible de voir, dans l'idée que les livres de l'An* cien Testament ont été écrits en cananéen, autre chose qu'une conjecture qui ne repose sur aucune preuve, mais on ne peut pas supposer autre chose, quand on fait de l'hébreu biblique la langue qui régnait sur tout le pays, et qui dès l'origine aurait servi à écrire les livres. De cette manière on en fixe la date la plus ancienne, car si, comme le soutiennent la plupart des sa* vants, on ne peut pas faire remonter l'écriture phénicienne plus haut que l'an 1000, à l'époque de David, il n'y aurait point eu de livres avant cette date, puisque l'écriture n'existait pas.

Mais on me permettra d'examiner si les monuments sur les* quels on s'appuie, prouvent vraiment que l'écriture phénicienne était celle des livres religieux de Jérusalem.

Je commence par les tessons de Samarie. Il y a peu d'années, M. Reisner, fouillant le palais d'Omri, et d'Achab dans les ruines de cette ville, a trouvé soixante quinze tessons qui, d'après le D"^ Driver, sont dans les caractères de l'inscription de Mésa, de Siloé et des inscriptions phéniciennes. Ces tessons proviennent de jarres d'huile et de vin, desquelles les propriétaires sont in* diqués. C'est donc un inventaire de la cave du roi. Or, s'il y a jamais eu une cour phénicienne en Israël, c'était celle d'Achab. Jézabel la reine fit tous ses efforts, et avec succès, pour déve* lopper dans le royaume le culte du dieu phénicien Baal. Elle était la fille d'Ethbaal le roi de Sidon; quatre cent cinquante prophètes de Baal et quatre cent prophètes d'Astarté mangeaient

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à sa table, ce qui montre qu'à sa cour il y avait un nombreux personnel phénicien. Et si nous rapprochons de cette découverte ce que dit Hérodote (III. 6), que les Phéniciens faisaient un grand commerce de vin dans des jarres de terre cuite, la con* clusion naturelle à en tirer, c'est que ces tessons de Samarie, dont les inscriptions sont en écriture phénicienne, proviennent de ces jarres dont les Phéniciens faisaient commerce, et que par conséquent les inscriptions de ces jarres sont dues à des Phéni* ciens. Je demande quelle lumière ces tessons peuvent apporter sur l'écriture des livres religieux de Jérusalem. Nous renseignons* nous sur les livres sacrés d'un peuple par les étiquettes des marchands de vin? '

Le calendrier agricole de Guézer est pour des ouvriers agr'u coles, leur indiquant le mois dans lequel chaque produit doit être récolté. Guézer était une ville cananéenne qui passa par diverses dominations et qui ne fut jamais proprement une ville juive. Les fouilles qui y ont été faites ont révélé des restes d'un culte qui n'avait rien de celui de Yahveh. En outre, elle était au bord de la plaine des Philistins. Rien ne nous dit que les ouvriers agricoles ne fussent pas des Philistins. Que leur dialecte fût fort semblable à celui de Jérusalem, c'est possible; mais en quoi ce calendrier, destiné à des agriculteurs, peut*il renseigner sur l'écriture des livres sacrés de Jérusalem? Un calendrier de ce genre était fait avant tout pour des cultivateurs, pour les habitants de la plaine que dominait la ville. L'écriture phéni* cienne a dû se répandre rapidement par le commerce le long de la côte, et dans la plaine fertile dont les vaisseaux des Phé* niciens allaient chercher les produits. La population de Guézer n'était pas composée uniquement, de Juifs, elle devait com# prendre certainement un grand nombre d'étrangers et surtout de Philistins. On a trouvé aussi des inscriptions cunéiformes dont on pourrait aussi bien invoquer la présence que du texte en phénicien. Le calendrier de Guézer, qui n'a rien de litté* raire ni de religieux, ne prouve rien pour la littérature sacrée des Juifs.

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