‹ L'évolution de la langue égyptienne et les langues sémitiquesChapitre 90 sur 96 · Chapitre v · texte numérisé non relu

Chapitre v

Quoique ce soit le seul de ces documents trouvés à Jérusalem, j'en dirai autant de l'inscription de Siloé. Ici encore il s'agit d'une inscription qui n'a rien d'officiel. C'est l'œuvre d'ouvriers qui creusent un canal en commençant par les deux bouts, comme on fait pour les tunnels, et qui racontent que le jour où ils se rencontrèrent, l'eau se mit à couler. Si cette inscription émanait du roi ou d'une autorité du pays, on pourrait à juste titre ads mettre que c'est le langage et l'écriture de la ville. Mais ce sont des ouvriers qui parlent, et rien ne nous dit qu'ils fussent des Juifs de Jérusalem. Nous savons que lorsque les Hébreux avaient quelque travail de maçon difficile à exécuter, comme lors de la construction du temple sous Salomon, ou de sa reconstruction sous Néhémie, ils faisaient appel à des ouvriers phéniciens. Or, s'il est un travail dans lequel les Phéniciens fussent des tech* niciens experts, c'est tout ce qui touche à l'hydraulique. Il est donc naturel de supposer qu'Ezéchias, quand il eut à creuser ce canal qui ne pouvait être fait par le premier venu, fit appel à des spécialistes et à des ouvriers phéniciens. Lorsqu'ils se ren# contrèrent, ce qui est toujours une grande joie pour ceux qui creusent un tunnel, ils le rappelèrent par une inscription gravée sur le mur du canal. On me dit: Cette inscription est de l'hébreu et non du phénicien. Peu importent ces noms inventés par les philologues. Pour les anciens, si ces ouvriers étaient phéniciens, ils parlaient la langue de ceux qui habitaient «la Phénicie», qui pouvait être fort semblable à celle de Jérusalem, mais ils écris vaient avec l'alphabet qu'ils avaient appris dans leur pays où il était en usage. Encore ici, quoique cette inscription soit la seule qui vienne de Jérusalem, je ne puis admettre qu'on s'appuie, pour retrouver l'écriture des livrés sacrés, sur une inscription due à des ouvriers terrassiers ou maçons.

Le seul document sur lequel on pourrait s'appuyer s'il prove* nait de Judée, c'est la stèle de Mésa. Mais elle vient de Moab, et nous savons par Néhémie que le moabite était ce qu'il nomme une langue différente du jehoudith, du juif, quoique ce soit un dialecte très voisin de l'hébreu. On pourrait s'étonner de ce que

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l'écriture de la stèle est du phénicien, mais le contenu et le caractère de la stèle nous l'expliquent. Mésa raconte que son pays a été conquis et opprimé d'abord par Omri, ensuite par Achab, et que pendant quarante années le pays de Medeba fut sous le joug de ces rois jusqu'au moment où son dieu Kemosch lui donna la victoire, et lui permit de délivrer le pays du joug étranger. Ainsi ce sont les deux rois dont le caractère phénicien est si accusé, Omri et Achab, qui ont opprimé le pays de Moab, et lorsque Mésa veut raconter son triomphe, n'ayant point d'alphabet moabite, il se sert de celui des conquérants qui de# vaient l'avoir importé dans le pays. Ainsi l'influence phénicienne de Samarie ressort d'une manière évidente, et la stèle ne prouve rien pour la littérature de Jérusalem et des Juifs, d'autant plus qu'elle est dans un pays étranger. (1)

Il nous est donc impossible de voir dans aucun des quatre monuments que l'on cite toujours, la preuve que les livres de l'Ancien Testament auraient été écrits avec l'alphabet auquel on est obligé, pour ce motif, de donner le nom de vieil hébreu, nom qui ne repose sur rien.

On pourrait m'opposer avec plus de raison le Pentateuque Samaritain, lequel d'un bout à l'autre est écrit en ces caractères, non pas, il est vrai, identiques à ceux de ces quatre inscriptions, mais d'une forme plus cursive, plus appropriée au manuscrit qu'à la gravure; car les manuscrits les plus anciens que nous possédions sont du X' siècle. Ph. Berger (2) affirme que ce samaritain manuscrit descend sans aucun doute de l'alphabet qu'il appelle vieil hébreu. Nous pouvons donc en conclure que les premiers exemplaires du Pentateuque Samaritain étaient écrits en phéni* cien vieil hébreu qui, nous lé savons par les tessons du palais d'Omri était l'écriture de Samarie. Comment les adorateurs de Yahveh, les prophètes, les hommes de Jérusalem et de Judée,

(1) Dernièrement, M. Cowley a proposé de la ligne 18 une nouvelle inter* prétation qui fait disparaître le nom qu'on croyait être Yahveh, le mot a un tout autre sens.

(2) L'écriture dans l'antiquité, p. 202.

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