‹ L'évolution de la langue égyptienne et les langues sémitiquesChapitre 91 sur 96 · Chapitre v · texte numérisé non relu

Chapitre v

auraientsils employé pour les livres qu'ils composaient sur l'ordre de Yahveh, l'écriture des Samaritains, les apostats qu'ils haïssaient?

Le Rev. Dr. Gaster, qui s'est spécialement occupé de recher* ches concernant les Samaritains, nous dit qu'il est arrivé à la conclusion que nous avons dans le texte samaritain le Penta* teuque des Dix Tribus. Si donc nous songeons à l'antagonisme qui existait entre les deux peuples, et entre les deux cultes, ceux qui adoraient sur le Garizim et ceux qui adoraient à Jérusalem, antagonisme qui nous est dépeint en quelques traits dans le dialogue entre Jésus^Christ et la Samaritaine, pouvons^nous imaginer que les Samaritains n'aient pas tenu à avoir leur loi dans l'écriture qui, nous le savons, était celle de leur ville? Il fallait que leur Pentateuque fût distinct de celui de Jérusalem, et le fait que le Pentateuque Samaritain était écrit en caractères phéniciens me semble montrer que celui de Jérusalem n'était pas dans cette écriture.

En résumé, nous n'avons pas un seul texte littéraire ou autre, en langue qu'on nomme hébraïque, écrit en phénicien, et qui appartienne à la Judée, sauf l'inscription des ouvriers qui ont creusé le canal de Siloé. Je ne puis donc que maintenir non affirmation, c'est que l'idée qui prévaut maintenant chez la presque unanimité des hébraïsants, les livres de l'Ancien Testament avant l'hébreu carré ont été écrits en phénicien qu'on a appelé vieil hébreu, cette idée n'est qu'une hypothèse, et nullement un fait établi.

La Palestine, depuis l'époque la plus ancienne où nous la connaissons, était un pays où l'on parlait divers dialectes très rapprochés les uns des autres, et aussi de ceux de la Mésopotamie. Elle eut d'abord comme langue littéraire, comme zoivri écrite celle de l'Asie occidentale, le babylonien cunéiforme ou, pour l'appeler de son nom propre, l'accadien, auquel succéda, suivant l'évolution par laquelle passa cette langue, l'araméen qui cepen# dant ne détruisit point les dialectes locaux.

A l'époque de l'ère chrétienne, peut#étre un peu avant, nous voyons tout d'un coup surgir une écriture nouvelle, l'hébreu

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carré, celle de l'Ancieyi Testament tel que nous le lisons aujourd'hui, et à partir de la naissance duquel a surgi toute une littérature considérable qui n'existait pas auparavant.

Quiconque vient d'Egypte, comme l'auteur de ces pages, est frappé d'emblée du grand rapport qu'il y a entre la naissance du copte et celle de l'hébreu. Le copte, c'est la langue parlée par le peuple, et mise par écrit au moyen d'un alphabet nouveau composé en grande partie de l'alphabet grec, déjà usité dans le pays, et de lettres qui ne s'y trouvaient pas. Il n'y a pas de copte en dehors de la langue populaire écrite avec l'alphabet grec. De même, sauf l'inscription des ouvriers de Siloé, il n'y a pas d'hébreu proprement dit, en dehors de celui qui est écrit avec l'alphabet carré. De même que le copte en Egypte, l'hébreu est le dialecte parlé à Jérusalem, le jehoudith, mis par écrit au moyen d'un alphabet nouveau, et dérivé de toutes pièces de celui qui était usité dans le pays et dans toute l'Asie occiden* taie, l'araméen.

Les hébraïsants ne paraissent pas avoir envisagé ce changement dans l'écriture hébraïque et en avoir mesuré la portée. Cela paraît une chose de peu d'importance, dont la cause et l'origine ne méritent pas qu'on s'en préoccupe. L'hébreu était écrit avec des caractères phéniciens; à un moment donné on a inventé une nouvelle écriture, et l'on a transcrit lettre pour lettre les mots dans cet alphabet nouveau. Les textes nouveaux sont identiques aux anciens, ils ne diffèrent que par la forme des caractères. Aussi n'y astsil pas lieu de tenir compte de cette modification grave qui n'est qu'une affaire de forme, et qui ne porte absolument pas sur le langage.

Ici je demanderai à mes savants contradicteurs de m'indiquer la langue qui à un moment donné, et sans transition, aurait changé complètement son alphabet, sans que ce changement ne reflète aucune modification dans le langage.

C'est là le premier point de ressemblance avec le copte. L'hébreu carré naît brusquement à une date qu'on peut à peu près fixer. Dans l'un et l'autre cas, nous ne savons pas qui furent les inven*

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