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teurs du nouvel alphabet, et comment ils réussirent à le faire rapidement adopter. Dans les deux cas aussi il n'y a pas de transition. Nous ne connaissons pas d'intermédiaire entre l'écri* ture démotique et le copte, nous n'en connaissons pas non plus entre les lettres phéniciennes et l'hébreu carré.
D'après Gressmann, ce que j'avance ici est une erreur; les documents que nous possédons permettent d'établir avec certitude que l'écriture carrée n'est pas le produit d'une invention indi* viduelle, mais qu'elle s'est formée au cours d'une lente évolution. Je serais reconnaissant à Gressmann de m'indiquer les docu* ments où il trouve des traces de cette lente évolution qui n'a aucun caractère individuel. Bien au contraire, ce qui me paraît ressortir des documents, c'est que l'hébreu carré n'a pas surgi petit à petit par une sorte de génération spontanée. C'est une œuvre bien définie qui avait son but arrêté. Il est vrai que, pas plus que pour le copte, nous ne pouvons en nommer les auteurs, mais nous savons à peu près quand ils ont vécu, nous pouvons nous représenter qui ils étaient, et ce qui a été leur mobile.
L'alphabet copte n'a pas été adopté pour transcrire la langue égyptienne écrite, même sous sa forme populaire le démotique. Il est destiné à reproduire la langue parlée, celle du peuple, avec ses différents dialectes. Il nous semble que l'hébreu carré avait le même but, devenir l'écriture du langage populaire des Juifs lequel après le retour de la captivité, lorsque la vie de la nation était concentrée à Jérusalem, ne pouvait être que le jehoudith, le judaïque, dont nous connaissons l'existence par Esaïe et Néhémie, Et alors nous comprenons la raison d'être de l'hébreu carré. Il devait être l'écriture de la langue juive proprement dite, distincte des dialectes d'autres parties du pays, tels que le samaritain, ou de la Y-oivri qui était l'araméen. Il fallait créer cet alphabet, et pour cela on se borna à modifier l'araméen, à donner aux lettres une nouvelle forme qui les distinguât de l'ancienne, et ainsi constituer cet alphabet qui, comme l'a prouvé De Vogcé, n'est qu'une dérivation de l'araméen.
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On comprend alors ce qui motive le changement de l'écriture. Si les livres de l'Ancien Testament étaient en vieil hébreu, quelle raison pouvait#il y avoir de renoncer tout d'un coup à cet alphabet qui pouvait très bien se prêter à des livres, comme le prouve le Pentateuque samaritain? On ne peut y assigner aucune cause, et nous ne pouvons considérer cela ni comme une fantaisie littéraire, ni comme un besoin d'avoir une forme plus cursive que le phénicien; car si c'était là le but à atteindre, l'alphabet araméen était une simplification encore plus grande, et il n'y avait qu'à le prendre. Mais s'il s'agit de mettre par écrit une langue qui jusqu'alors n'était qu'un dialecte parlé, et sans écriture propre, on comprend qu'on ait créé un alphabet nouveau.
En Egypte, nous avons attribué la création du copte aux anachorètes, aux religieux qui peuplaient les couvents, ou à des missionnaires tels que les premiers traducteurs sahidiques qui n'avaient qu'une connaissance imparfaite du grec. A Jérusalem il en est tout autrement. Il y avait la classe des scribes, des docteurs, des rabbins dont l'occupation principale était l'étude de la loi de Moïse et des prophètes. L'écriture ne peut avoir surgi que chez quelqu'un qui savait écrire, probablement chez un ou plusieurs scribes lettrés. Ils avaient non à faire une traduction véritable comme les chrétiens égyptiens, mais à changer le dialecte des écrits. Il fallait les faire passer de l'araméen à la langue populaire de Jérusalem.
Les hébraïsants comme Gressmann ou Konig font une violente opposition à cette idée; on me dit que l'hébreu et l'araméen étant des langues et non des dialectes, ce passage de l'un à l'autre est une véritable traduction, et nulle part il n'est dit dans les livres de l'Ancien Testament qu'ils soient une traduc» tion; ni de quelle langue ils ont été traduits. Encore une fois, ces classifications à l'usage des philologues modernes n'ont que faire ici, elles étaient tout à fait inconnues à l'antiquité à qui l'on veut les imposer. Peut*on appeler traduction le passage d'un dialecte à un autre qui est parlé dans le même pays, de chacun desquels on use suivant les circonstances, et que sans