CHAPITRE ÎV
Expériences sur la possibilité de rendre radio^actifs des corps qui ne ie sont pas. Comparaison entre la radioactivité spontanée et la radio-activité provoquée.
L'idée que la radio-activité était due à certaines réactions chimiques de nature inconnue m'a conduit à rechercher le moyen de rendre artificiellement radio-actifs des corps inactifs. On est bien sûr dans ce cas que la présence du radium, de l'uranium ou d'une substance analogue n'est pour rien dans le phénomène.
On verra plus loin que des réactions chimiques diverses, telles que l'hydratation de certains corps, peuvent produire cette radioactivité. Nous allons maintenant montrer que des corps ne présentant que des traces de radio-activité sous l'influence de la lumière, tels que le mercure, peuvent, au contraire, devenir extrêmement radio-actifs. Il suffit d'ajouter à ce dernier un six millième de son poids d'étain, métal qui n'est pas plus radio-actif que le mercure BOUS l'influeiîîe de la lumière ordinaire. Avec cette proportion d'étain, le mercure n'est sensible qu'à l'ultra-violet solaire depuis À =r 0,u.,360 jusqu'à ), := Op.. 296, mais si la proportion d'étain s'élève à 1 o/o, le mercure se dissocie sous l'influence de la plupart des radiations du spectre visible.
Il était intéressant de comparer la radio-activité artificiellement donnée à un métal avec celle des corps spontanément radio-actifs tels que le thorium et l'uranium. L'expérience étant très importante, je vais la simplifier, au point qu'elle puisse être répétée facilement dans un cours.
Il s'agit de déterminer d'abord le degré de dissociation d'un corps par la lumière, puis de le comparer à celui d'une substance spontanément radio-active, un sel d'urane, par exemple. Nous allons voir que la dissociation provoquée par la lumière est beaucoup plus considérable.
On prend une lame d'étain carrée, de 10 centimètres de côté et de 2 millimètres d'épaisseur. On la fixe par ses bords avec quatre
bandes étroites de papier enduit de colle forte sur un écran de carton de même taille, et on plonge le tout pendant vingt-quatre heures dans un bain de mercure, en essuyant de temps en temps la couche d'oïyde formée à la surface de l'étain. La lame, ainsi préparée, et dont le carton empêche la rupture, garde indéfiniment sa radio-activité sous l'influence de la lumière, à Ja seule condition d'essuyer sa surface de temps en temp-.
très légèrement, avec le doiai '.
Ceci posé, l'expérience est disposée comme il est indiqué fig. 46). L'ôlectroscope est chargé par influence avec un bâton d'ébonite; sa charge est donc, par conséquent, positive.
En disposant la lame d'étain, de façon à ce que le soleil f rappe sa surface, on constate que les feuilles d'or se rapprocuenl en quelques secondes.
A la lumière diffuse, la décharge se fait encore, mais plus lentement.
Ayant noté le nombre de degrés de décharge dans un temps donné, on recommence l'expérience avec un écran couvert d'un sel d'urane, préparé ' de la façon suivante : "
Du nitrate d'urane est broyé?
dans du vernis à bronzer ett.
étendu sur un écran en carton,»
ayant exactement la dimension -•
de la lame employée dans*
l'expérience précédente,
(10 cent. X 10 cent.). En dis- "
posant cet écran, comme il \-
est indiqué figure 46, et en i'^
chargeant l'électroscope, de la
façon précédemment indiquée, on constate dans l'obscurité ou à la
lumière une décharge de 6" environ en GO secondes. En opérant au
soleil avec le miroir d'étain amalgamé, placé rigoureusement à la
1. On a indiqué, depuis la publication de mes recherches, comme très sensibles i ^ la lumière, des lames de cuivre ioduré obtenues en iramergeani une larae de cuivrt 'y^ dans une solution alcoolique d'iode, mais je n'ai pas eu l'occasion de les essayer.
Fig. 46.
Comparaison de la dissociation des , corps spontanément radio-actifs et des métaux rendus artificiellement radio-actifs.
On emploie successivement un miroir d'étain préparé comme il est explique dans le texte et un écran de même dimension enduit d'oxyde de thorium ou d'uranium. La dissociation des atomes de l'étain amalgamé sous l'influence de la lumière est 40 fois plus rapide que celle des corps radio»
actifs qui viennent d'être indiqués.
EXPEI'.lt.NCES POUR UENDRE RADIO-ACTIFS DES CORPS 343
même distance de l'électroscope, nous avions constaté que ce dernier se décliargeait de 40" en 10 secondes. On voit donc que la radio-activité artificielle donnée à •un métal par la lumière peut être environ quarante fois plus considérable que la radio-activité spontanée, possédée par les sels d'urane. Avec l'oxyde de thorium, on obtient des chiffres voisins. Si nous admettons avec Rutherford que 1 gramme d'aranium émet 70,000 particules par seconde, il en résulterait que les métaux qui, sous l'influence dissociante de la lumière, ont une activité quarante fois plus forte, émettraient à surface égale près de trois raillions de particules par seconde.