CHAPITRE X
Expériences sar la dématérialisation spontanée de la matière
et sur l'existence dans tous les corps d'une émanation
analogue à celles des substances radio-actives.
L'enchainement de nos .expériences nous a conduit à découvrir l'existence dans tous les corps d'une émanation analogue à celle des substances radio-actives, ce qui contribue à démontrer que tous les corps se dissocient spontanément. Voici comment nous avons été amené à cette démonstration.
Dans le but d'étudier la transparence des métaux pour les particules de matière dissociée, soit par la lumière soit par la combustion, j'avais employé Télectroscope condensateur décrit précédemment, c'est-à-dire un électroscope entouré d'une cage de Faraday et constaté une décharge importante sous l'influence d'une chaleur assez faible pour n'élever la température de ses parois que d'une trentaine de degrés.
La première explication était évidemment que le cylindre métallique était transparent pour les radiations. Voici les expériences qui m'ont montré que la cause principale du phénomène n'était pas due à de la transparence, mais à une émanation du métal identique à celle observée dans les corps radio-actifs, tels que le thorium, l'uranium, etc., et que très postérieurement à mes recherches (publiées dans la Revue Scientifique du 22 novembre 1902, page 650) J.-J. Thomson a signalée dans tous les corps.
Reprenons l'appareil représenté figure 50. Il nous permettra de constater les faits suivants :
Si la décharge se fait en exposant l'instrument au soleil, elle n'est notable que si la température du soleil est assez élevée pour échauffer légèrement le métal.
Avec la lumière ultra-violette des étincelles électriques, bien plus active que la lumière solaire, mais qui n'échauffe pas le métal, la décharge est presque nulle.
£n disposant l'appareil comme il est indiqué figure 50 pour
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étudier l'action de la chaleur, on constate qu'après avoir répété 5 ou 6 fois rexpérience, le métal qui donnait une décharge d'une dizaine de degrés par minute, en donne bientôt très peu, puis pas du tout, et ne reprend ses propriétés qu'au bout de quelques jours.
Si, lorsqu'un cylindre est très actif sous l'influence de la chaleur des gaz de la flamme, on retire la lanterne, la décharge continue pendant deux ou trois minutes, comme si l'intérieur du cj-lindre contenait quelque chose pouvant neutraliser lentement une certaine quantité de l'électricité dont est chargé Télectroscope.
L'effet de la chaleur peut être facilement séparé de celui dû à la transparence du métal pour des particules de matière dissociée. L'action des gaz ionisés et celle de la chaleur sont deux effets indépendants qui se superposent. Une légère élévation de température produit une assez forte décharge. Les gaz refroidis par leur passage à travers un long serpentin ne produisent au contraire qu'une très légère décharge. Le mctal, dans ce dernier cas, se conduit comme s'il était transparent. Les parois de la cnge de Faraday, employée dans cette dernière expérience, n'avaient que 0™™,2 d'épaisseur.
On peut, même sans action de la chaleur, constater dans certains corps ordinaires une émanation constante de matière dissociée, mais en quantité extrêmement faible. Pour la voir apparaître, il est nécessaire de l'obliger à s'accumuler dans un petit espace. Il suffit de replier un métal sur lui-même de façon à ie transformer en un petit cylindre identique à celui qui entoure la boule de l'électroscope condensateur représenté précédemment. On le bouche à sa partie inférieure, on l'abandonne huit jours dans l'obscurité et — toujours sans sortir de l'obscurité, afin d'éviter toute influence possible de la lumière — on le met sur le disque isolant de l'électroscope pour étudier sa radio-activito. On constate alors, après avoir chargé tout le système exactement comme nous l'avons explique, une décharge de 1 à 2'. Le métal perdant rapidement ce qu'il a accumulé, il n'y a bientôt plus de. décharge. Beaucoup d'autres corps que les métaux, un cylindre de buis notamment, produisent le même effet.
Le métal qui a cessé d'agir siu" l'électroscope n'a pas pour cela épuisé toute sa provision de radio-activité. Il a simplement perdu ce qu'il peut émettre à ia température à laquelle on opère. Mais do même que poui- les corps pliosphorescents ou les matières radio-activcs, il n'y a qu'à le chauffer un peu pour arriver à hii faire produire encore une nouvelle émission d'effluves actifs, il suffit pour cela d'opérer exactement comme il est indiqué figure 30, mais afin d'éviter certaines objections on remplace la lanterne contenant une bougie par une petite masse de métal chauffée à 400", c'est-à-dire au-dessous du rouge, et disposée à 3 centimètres ce la cage de Faraday. Bien que les parois de cette dernière ne s'échauffent par rayonnement qu'à 35° environ, cela suffit pour donner une décharge de 5 à 6° par minute, qui dure deux ou trois
minutes et s'arrête quand le métal a épuisé toute sa provision de radio-activité. Il ne pourra la reprendre ensuite que par le repos.
On voit que dans toutes les expériences précédentes les choses se passent comme si le métal contenait une provision ïîmitée de quelque chose — agissant exactement comme l'émanation des matières radio-actives — qu'il émettrait rapidement par la chaleur mais ne récupérerait ensuite que par le repos.
Cette théorie du dégagement sous l'influence de la chaleur, d'effluves de particules de matière dissociée, dont les éléments se reforment lentement par le repos, a l'avantage de rapprocher tous les corps des substances dites radio-actives comme le thorium et le radium, qui semblaient constituer de bizarres exceptions. La seule différence est que l'émanation de ces derniers se reconstituerait à mesure que se l'ait la perte. Dans les métaux ordinaires, au contraire, la perte ne se répare que très lentement, d'où la nécessité de laisser le métal se reposer pendant quelque temps.
Ces expériences prouvent en tout cas nettement le phénomène de la dissociation spontanée de la matière. Je répète que J.-J. Thomson est arrivé plus tard à la même conclusion par une méthode différente.
La radio-activité est un phénomène absolument général et dont l'étude conduira sûrement à des résultats pratiques importants. On tente déjà d'expliquer l'action de certaines eaux minérales par leur radio-activité. Cette dernière semblerait montrer que, dans l'intérieur du globe, la matière est le siège de dissociations qui ne sont peut-être pas étrangères aux tremblements de terre, en raison de l'immense énergie que peut libérer la matière par sa dissociation.
On consultera avec intérêt, sur ce sujet, la remarquable leçon d'ouverture du cours de M. le professeur Garrigou. Il y a montré, en termes trop bienveillants, l'importance de mes recherches au point de vue médical. Je ferai remarquer cependant que, dans les interprétations actuelles, le problème est indiqué mais nullement résolu. Une visite d'études à Luxeuil et à Plombières m'a montré que les médecins ne se rendaient pas encore compte des nombreux facteurs : milieu, température, influence de traces de matière à l'état colloïdal, etc., qu'il faudrait savoir dissocier, pour faire la part de chacun d'eux. Si des eaux minérales devaient simplement leur action à leur radio-activité, rien ne serait plus facile que de donner cette propriété à une eau quelconque, en y ajoutant une petite quantité d'un sel d'urane, produit dont la valeur commerciale est insignifiamo.