CHAPITRE Xn Expériences sur la variabilité des espèces chimiques
Les corps simples sur lesquels ont porté nos expériences sont le mercure, le magnésium et l'aluminium, éléments qui, à l'état normal, ne peuvent former entre eux aucune combinaison. En les soumettant à certaines conditions de choc ou de pression, on les amène à former des mélanges dans lesquels un des éléments est en proportion très faible par rapport à l'autre. Cela suffit pour que ces métaux acquièrent des propriétés chimiques entièrement nouvelles.
Voici, du reste, le tableau des propriétés principales de ces corps à l'état ordinaire, et des mêmes corps transformés :
PROPRitTâS nODVELLES DES ilfiUKS HiTAOX TRAHSFORUÉS
Mercure contenant des traces de magnésium. — Décompose l'eau à froid et se transforme instantanément à l'air en poudre noire volumineuse.
Magnésium transformé. — Décompose l'eau à froid, mais ne s'oxyde pas à sec.
Aluminium transformé. — S'oxyde instantanément à sec et se couvre de houppes blanches épaisses d'alumine. Décompose vivement l'eau jusqu'à disparition complète du métal en se transformant en alumine. Est attaqué violemment par les acides nitrique, sulfurique et acétique. Possède une force électro-motrice double de celle de l'aluminium ordinaire.
Examinons maintenant en détail les transformations que nous venons d'indiquer sommairement.
' PROPRtÉTiS CUlSSIQUIS St( HÉTADX A L'ÉTiT RiTDRIL
Mercure. — Ne décompose pas l'eau à froid et ne s'oxyde pas à l'air.
Magnésium. — Ne décompose pas l'eau à froid et ne s'oxyde pas à l'air.
Aluminium. — Ne décompose pas l'eau à froid et ne s'oxyde pas. N'est pas attaqué par les acides sulfurique, nitrique et acétique.
Voici d'abord la façon d'opérer pour obtenir ces transformations :
Transformation des propriétés du mercure. — Si on pose un fragment de magnésium sur un bain de mercure, le contact des deux métaux pourra être maintenu aussi longtemps qu'on voudra sans qu'ils se combinent. Si on les secoue fortement dans un flacon, le magnésium n'est pas davantage attaqué. A l'état ordinaire, ces deux métaux refusent donc de se combiner, mais il va suflBre de modifier très légèrement les conditions physiques où ils se trouvent habituellement pour qu'ils puissent s'associer en très faible proportion.
Pour obliger le mercure à dissoudre une petite quantité de magnésium, il sufl5t de faire intervenir une légère pression. Cette pression constitue une de ces causes en rapport avec l'efTet à produire, un de ces réactifs appropriés dont j'ai signalé à plusieurs reprises l'importance dans cet ouvrage. Cette pression peut être légère, mais il faut qu'elle soit prolongée. Pour l'obtenir, il suffit de remplir un tube de mercure et le fermer avec un bouchon traversé par une lame de magnésium soigneusement nettoyée au papier à Témeri (fig. 55). En obturant ensuite le tube avec le bouchon, le magnésium reste plongé dans le mercure sans pouvoir venir flotter à sa surface. Soumis à cette faible pression, il est légèrement attaqué dans un temps qui peut varier de quelques minutes à quelques heures, suivant la qualité du métal et la perfection du nettoyage. Les propriétés du mercure sont alors profondément modifiées.
Il jouit notamment de celle, aussi curieuse qu'imprévue, de paraître s'oxyder rapidement dans l'air sec et il décompose vivement l'eau dès qu'on le plonge dans ce liquide.
Pour constater l'oxydation apparente à sec du mercure, il suffit de le verser dans un verre quelconque bien essuyé. Sa surface se recouvre instantanément d'une poudre noire qui se reforme à mesure qu'on l'enlève. Si on ne l'enlève pas, la couche atteint bientôt 1 centimètre d'épaisseur. L'oxydation du mercure n'est d'ailleurs qu'apparente. Ce n'est
Fie. 55.
Dispositif employé pour obtenir la transformation des propriétés du mercure en le combinant sous l'influence d'une légère pression avec des traces de magnésium.
Fig. 56.
Décomposition de l'eau par du mercure contenant une trace de magnésium.
(Photographie instantanée.)