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LES INTERPRÉTATIONS ACTUELLE

A l'époque oti les rayons cathodiques étaient seuls connus, l'explication de leur nature donnée par Grookes semblait très suffisante. Lors de la découverte des rayons X et des émissions des corps spontanément radio-actifs, tels que l'uranium, l'insuffisance de l'ancienne théorie apparut clairement.

Une des manifestations des rayons X et des émissions radio-actives qui frappèrent le plus les physiciens et fut l'origine des explications actuelles, est la production d'électricité sur tous les corps solides et

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gazeux, frappés par les nouvelles radiations. Les rayons X et les émissions des corps radio-actifs possèdent, en effet, ce caractère commun de produire quelque chose qui rend l'air et les autres gaz conducteurs de rélectricité. Avec ces gaz devenus conducteurs, on peut, en les faisant passer entre les lames d'un condensateur, neutraliser des charges électriques. On admit, comme conséquence, qu'ils étaient électrisés.

C'était là un phénomène très imprévu, car toutes les expériences antérieures avaient toujours montré que les gaz ne sont pas électrisables. Maintenus, en effet, indéfiniment au contact d'un corps électrisé à un très haut potentiel, ils ne prennent nulle trace d'électricité. S'il en était autrement, aucune surface électrisée — la boule d'un électroscope, par exemple — ne pourrait conserver sa charge.

On se trouvait donc en présence d'un fait entièrement nouveau, beaucoup plus nouveau même qu'on ne le crut tout d'abord, puisqu'il impliquait, en réalité, la dissociation de la matière absolument insoupçonnée alors.

Devant la constatation d'un fait imprévu, on tâche d'abord de le rattacher à une théorie ancienne. Une seule théorie, celle de l'ionisation des solutions salines dans l'électrolyse donnant une explication apparente des faits nouvellement observés, elle fut immédiatement adoptée. On admit donc que, dans un corps simple, existaient, de même que dans un corps composé, deux éléments séparables : l'ion positif et l'ion négatif, chargés chacun d'électricité de signes contraires.

Mais l'ancienne théorie de l'ionisation ne s'appliquait qu'à des corps composés et nullement à des corps simples. On pouvait séparer — ioniser, comme on dit maintenant — les éléments des corps composés ; séparer, par exemple, le chlorure de potassium en ses ions chlore et ses ions potassium; mais quelle analogie pouvait bien exister entre cette opération et

la dissociation du chlore ou du potassium lui-même, puisque l'on considérait comme un dogme fondamental qu'un corps simple ne pouvait être dissocié ? Il y avait d'autant moins de parenté entre l'ionisation des solutions salines et celle des corps simples que, lorsque les éléments d'un sel sont séparés par le courant électrique, on en retire des corps fort différents, suivant le composé dissocié. Le chlorure de potassium, dont nous parlions plus haut, donne du chlore et du potassium ; avec l'oxyde de sodium, on obtient de l'oxygène et du sodium, etc. Quand, au contraire, on ionise un corps simple, on en dégage toujours les mêmes éléments. Qu'il s'agisse d'hydrogène, d'oxygène, d'azote, d'aluminium, de radium ou de toute autre substance, le résultat est chaque fois identique. Quel que soit le corps ionisé, et la méthode d'ionisation, on obtient uniquement ces particules — ions et électrons — dont les propriétés sont les mêmes pour tous les corps. L'ionisation d'une solution saline et celle d'un corps simple, tel, qu'un gaz, par exemple, sont donc deux choses qui ne présentent, en réalité, aucune analogie.

De celte constatation que des corps simples, tels que l'oxygène, l'hydrogène, etc., ne peuvent être retirés que des éléments identiques, on aurait pu facilement déduire : d'abord, que les atomes peuvent se dissocier et ensuite qu'ils sont formés des mêmes éléments. Ces conclusions, devenues évidentes aujourd'hui, étaient beaucoup trop en dehors des idées régnantes alors, pour qu'on songeât à les formuler.

Le terme d'ionisation appliqué à un corps simple ne signifiait rien, mais il constituait une ébauche d'explication, et c'est pourquoi on s'empressa de l'accepter. Nous l'accepterons également, d'ailleurs, pour ne pas troubler, par des termes nouveaux, l'esprit du lecteur, mais tout en ayant soin de bien marquer que le terme d'ionisation appliqué à un corps simple signifie uniquement dissociation de ses atomes et pas autre chose.

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Plusieurs physiciens, il est vrai — et je suis étonné de trouver Rutherford parmi eux — pensent que l'ionisation d'un gaz pourrait bien ne rien changer à la structure de ses atomes. On ne voit pas du tout pourquoi ce qui est reconnu exact, pour un corps solide, ne le serait plus pour un corps gazeux. Nous savons que, par des moyens divers, on peut dissocier un corps simple quelconque. Qu'il s'agisse du radium, de l'aluminium, de l'oxygène ou de toute autre substance les produits de cette dissociation sont, je le répèle, des particules identiques pour tous les corps. On n'est donc nullement fondé à dire que les uns seraient dissociés et non les autres. Retirer à un atome quelque chose, c'est toujours, comme l'ajustement fait observer Ramsay dans le mémoire où il a discuté mes expériences, commencer sa dissociation. Les gaz ne constituent pas une exception à cette loi. On peut même les considérer comme les corps les plus faciles à dissocier, puisqu'il suffit, pour y arriver, de les faire traverser par des décharges électriques.

Cette ionisation des corps simples, c'est-à-dire la possibilité d'en extraire des ions positifs et négatifs porteurs de charges électriques de noms contraires, étant admise, il s'est présenté quantité de difficultés, passées d'ailleurs soigneusement sous silence, parce qu'il est vraiment impossible de leur trouver une explication.

Ces ions électriques, cette électricité ionique, si je puis m' exprimer ainsi, diffère singulièrement par ses propriétés de l'électricité ordinaire, telle qu'un siècle de recherches nous l'a fait connaître. Il suffit de quelques rapprochements pour le montrer.

Sur un corps quelconque isolé, nous ne pouvons fixer qu'une fort petite quantité d'électricité, s'il est solide, et aucune s'il est gazeux. L'électricité ionique serait nécessairement condensée, au contraire, en quantité immense, sur des particules infiniment petites. — L'électricité ordinaire, eût-elle l'intensité de la foudre, ne peut jamais traverser une lame métal-

lique reliée à la terre, comme l'a depuis longtemps montré Faraday. On a même fondé sur cette propriété classique la confection de vêtements en gaze métallique légère qui permettent de préserver absolument des plus violentes décharges les ouvriers d'usines fabriquant de l'électricité à haut potentiel. L'électricité ionique traverse facilement, au contraire, les enceintes métalliques. — L'électricité ordinaire suit les fils conducteurs avec la rapidité de la lumière, mais ne saurait être conduite comme un gaz dans un tube creux enroulé sur lui-même. L'électricité ionique se conduit, elle, au contraire, ainsi qu'une vapeur, et peut circuler lentement à travers un tube. — L'électricité ionique jouit enfin de la propriété de donner naissance aux rayons X quand les ions animés d'une certaine vitesse viennent à toucher un corps quelconque.

Sans doute, on peut prétendre que l'électricité, engendrée par l'ionisation de la matière revêtant une forme spéciale, celle d'atomes électriques, doit posséder sous cette forme des propriétés très différentes de l'électricité ordinaire. Mâ,is alors si les propriétés de l'atome dit électrique sont absolument différentes de celles de l'électricité, par quoi pe.ut bien être justifié le qualificatif d'électrique?

Dans toutes les expériences que nous exposerons, l'électricité nous apparaîtra le plus souvent 'comme un effet et non comme une cause. Elle est à cette cause inconnue ce qu'est à la chaleur ou au frottement l'électricité qu'ils engendrent. Quand une balle de fusil ou un jet de vapeur produisent de l'électricité par leur choc, nous ne disons pas que cette balle de fusil ou ce jet de vapeur sont de l'électricité. Il ne viendrait alors à personne l'idée de confondre l'effet avec la cause, comme on persiste à le faire pour les émissions radio-actives.

On peut retirer aussi facilement de rélectricité de la matière qu'on en retire de la chaleur, mais il n'y a pas plus de raison de parler d'atomes électriques

que de parler d'atomes de chaleur. Électricité et chaleur sont des manifestations diverses de l'énergie intra-alomique.

Les faits montrant que l'éleclricité n'est qu'une des formes de cette énergie se multiplient chaque jour.

Un des plus importants est cette découverte due à Rutherford dont j'aurai à parler bientôt, que la plus grande partie des particules émises pendant la radioactivité provient d'une émanation ne possédant absolument aucune charge électrique, bien que capable de donner naissance à des corps pouvant produire de l'électricité.

Émanations, ions, électrons, rayons X, électricité, etc. ne sont, en réalité, comme nous le verrons, que des phases diverses de la dématérialisation de la matière, c'est-à-dire de la transformation de l'énergie intra-atomique.

« Il semble, écrivait M. le professeur de Heen à propos de mes expériences, que nous nous trouvions vis-à-vis d'états qui, par degrés successifs, s'écartent de la matière en passant par les émissions cathodiques et par les rayons X pour se rapprocher de la substance qu'on a désignée sous le nom d'éther. Les recherches ultérieures de Gustave Le Bon ont pleinement justifié ses premières affirmations que tous ces effets sont sous la dépendance d'un mode d'énergie nouveau. Cette force nouvelle est aussi peu connue encore que l'état d'électricité avant Volta. Nous savons simplement qu'elle existe. »

Mais quelles que soient les interprétations que l'on puisse donner aux faits révélant la dissociation de la matière, ces derniers sont incontestables et c'est seulement leur démonstration qui présente de l'importance.

Sur ces faits on est à peu près d'accord aujourd'hui. On l'est également sur l'identité des produits de la dissociation de la matière, quelle que soit la cause de cette dissociation-

Qu'ils soient engendrés parla cathode de l'ampoule de Crookes, par le rayonnement d'un métal sous l'action de la lumière, ou par le rayonnement de corps spontanément radio-actifs, tels que l'uranium, le thorium et le radium, etc., les effluves sont, je le répète, de même nature. Ils subissent la même déviation magnétique. Le rapport de leur charge à leur masse est le même. Leur vitesse seule varie, mais elle est toujours immense.

On peut donc, quand on veut étudier la dissociation de la matière, choisir les corps pour lesquels le phénomène se manifeste de la façon la plus intense, soit, par exemple, l'ampoule de Crookes où un métal formant cathode est excité par le courant électrique d'une bobine d'induction, soit, plus simplement, des corps très radio-actifs tels que les sels de thorium ou de radium. Des corps quelconques dissociés par la lumière ou autrement donnent, d'ailleurs, les mêmes résultats, mais la dissociation étant beaucoup plus faible, l'observation des Dhénomènes est plus difficile.

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