CHAPITRE II
Les produits de la dématérialisafîon de la matière.
(ions, électrons, rayons cathodiques, etc.)
1. - CLASSIFICATION DES PRODUITS DE LA DÉMATÈRIALISATION DE LA ITIATIÈRE.
Nous avons exposé dans le précédent chapitre la genèse des idées actuelles sur l'interprétation des faits relatifs à la dissociation de la matière. Nous allons étudier maintenant les caractères des produits de cette dissociation., Pour ne pas compliquer un sujet déjà fort obscur, j'accepterai sans les discuter les théories présentement admises, me bornant à tâcher de les préciser un peu et à réunir les choses semblables désignées souvent par des mots très différents.
Nous avons dit que quels que soient le corps dissocié et la méthode de dissociation employée, les produits de cette dissociation sont toujours de même nature. Qu'il s'agisse des émissions du radium, de celles d'un métal quelconque sous l'influence de la lumière, de celles produites par des réactions chimiques ou par la combustion, de celles qu'émet une pointe électrisée, etc., les produits, je le répète encore, seront identiques, bien que leur quantité et leur vitesse d'émission puissent être fort différentes.
Cette généralisation a mis longtemps à s'établir.
PRODUITS DE LA DÉMATÉniALISATION DE LA MATIÈRE 115
Il était, par conséquent, naturel que des choses reconnues semblables plus tard, mais considérées autrefois comme différentes, aient été désignées par des termes particuliers.
Il importe donc de nettement spécifier tout d'abord la valeur exacte des termes employés. Sans des dénnitions précises, aucune généralisation n'est possible. La nécessité de telles définitions se fait d'autant plus sentir que la plus grande confusion existe maintenant sur le sens de termes couramment employés.
On conçoit aisément qu'il en soit ainsi. Une science nouvelle enfante toujours une terminologie spéciale. Cette science n'est même constituée que lorsque son langage est fixé. Les phénomènes récemment découverts devaient donc amener la formation d'expressions nouvelles traduisant à la fois les faits constatés et les théories qu'ils inspirent.
Mais, ces phénomènes ayant été examinés par des chercheurs divers, les mêmes mots ont reçu parfois des significations tort variées.
Souvent des mots anciens possédant un sens bien déterminé, ont servi à désigner des choses récemment découvertes. C'est ainsi, par exemple, qu'on emploie le même mot ton pour désigner les éléments séparés dans une dissolution saline, et ceux provenant de la dissociation des corps simples. Des physiciens, comme Lorenz, se servent indifféremment des termes ions et électrons qui, pour d'autres, indiquent des choses très distinctes. J.-J. Thomson qualifie de corpuscules les atomes électriques que Larmor et d'autres auteurs appellent électrons, etc.
En ne tenant compte que des faits révélés par l'expérience, et sans nous préoccuper des théories d'où les définitions dérivent, on constate que les produits divers de la dissociation de la matière actuellement connus peuvent se ranger dans les six classes suivantes : 1° Émanations ; 2° Ions négatifs; 3° Ions positifs; i^ Électrons; 5° Rayons cathodiques ; 6" Rayons X et radiations analogues.
116 l'évolution de la uatièrb
§ s. — CARACTÈRE DES ÉLÉMENTS FOURNIS PAR LA DISSOCIATION DE LA MATIÈRE.
L'Émanation. -:- Ce produit que nous étudierons plus longuement daDS le chapitre consacré à l'étude Ides matières spontanément radio-actives est une substance demi-matérielle possédant quelques caractères 'd'un gaz mais capable de s'évanouir spontanément en particules électriques. Elle a été découverte par Rutherford dans le thorium et le radium. D'après les recherches de J.-J. Thomson, elle existe dans la plupart des corps ordinaires : l'eau, le sable, la pierre, l'argile, etc. On peut donc la considérer comme un des stades habituels de la dissociation de la matière.
Si nous venons de qualifier « Témanation » de substance demi-matérielle, c'est parce qu'elle possède à la fois les propriétés des corps matériels et celle des corps qui ne le sont pas ou ont cessé de l'être. On peut la condenser, de même qu'un gaz, à la température de l'air liquide et voir, grâce à sa phosphorescence, comment elle se comporte. On peut la conserver pendant quelque temps dans un tube de verre scellé, mais elle s'en échappe bientôt en se transformant en particules électriques et cesse alors d'être matérielle. Ces particules électriques comprennent des ions positifs (rayons a de Rutherford) auxquels succèdent, au bout de quelque temps, des électrons (rayons p du même auteur), et des rayons X (rayons y)* Ces divers éléments seront étudiés plus loin.
Bien que « l'émanation » puisse produire des particules électriques par sa dissociation, elle n'est pas chargée d'électricité. Ce point est important.
Les ions positifs et les ions négatifs. — Rappelons tCdt d'abord, pour l'intelligence de ce qui va suivre, que, d'après une théorie déjà ancienne, mais qui a pris une grande extension dans ces derniers temps.