PRODUITS DE LA DÉMATÉEIALISATION DE LA MATIÈRE
mêmes charges électriques. On en conclut que les atomes des corps les plus différents contiendraient les mêmes éléments.
Si, au lieu de l'ampoule de Crookes, on avait employé comme source de rayonnement une matière très radio-active, le thorium ou le radium, on aurait retrouvé la plupart des phénomènes précédents avec de simples variations quantitatives. On observe, par exemple, plus de rayons porteurs d'électricité négative dans les tubes de Crookes que dans les émanations du radium chargées surtout d'électricité positive ; mais la nature des phénomènes observés dans les deux cas reste identique.
Vitesse et charge électrique des particules cathodiques et radio- actives. — La mesure de la vitesse de la masse et de la charge électrime des particules dont sont formés les rayons cathodiques et l'émission des corps radio-actifs a, comme on vient de le dire, prouvé leur identité. Il faudrait un long chapitre pour exposer les méthodes diverses qui ont permis ces déterminations. Je me bornerai donc à indiquer très sommairement le principe des méthodes employées.
En ce qui concerne la vitesse des particules qui est de l'ordre de celle de la lumière, il peut sembler fort difficile de mesurer le déplacement de corps se mouvant avec une telle rapidité. Cette mesure est cependant assez simple.
Un étroit faisceau de radiations cathodiques obtenu par un moyen quelconque — avec l'ampoule de Crookes ou un corps radio-actif, par exemple — est dirigé sur un écran susceptible de phosphorescence. En le frappant, il y produit une petite tache lumineuse.
Ce faisceau de particules étant électrisé est déviable par un champ magnétique. Ou peut donc l'infléchir au moyen d'un aimant disposé de façon à ce que ses lignes de forces soient à angle droit de la direction des particules. Le déplacement de la tache lumineuse
sur l'écran phosphorescent indique la déviation que fait subir aux particules un champ magnétique d'intensité connue. La iorce nécessaire pour dévier d'une certaine quantité un projectile de masse connue permettant de déterminer la vitesse de ce dernier, on conçoit que de la déviation des particules cathodiques il soit possible de déduire leur vitesse. Les vitesses observées oscillent entre 30.000 et 270.000 kilomètres par seconde. Quand le pinceau de radiations contient des particules de vitesse variée, elles tracent une ligne phosphorescente plus ou moins longue sur l'écran au lieu de se manifester par un simple point et on parvient ainsi à calculer la vitesse de chacune d'elles.
Pour déterminer le nombre, la masse et la charge électrique — ou du moins le rapport e/m de la charge à la masse — des particules cathodiques on opère de la façon suivante :
On commence d'abord par déterminer la charge électrique d'un nombre de particules inconnu contenu dans un volume de gaz connu. Une quantité de gaz déterminée contenant les particules radio-actives est enfermée entre deux plaques métalliques parallèles, l'une isolée, l'autre chargée positivement. Les particules positives sont repoussées vers la plaque isolée, les particules négatives attirées et leur charge peut être mesurée à l'électromètre.
De cette charge électrique totale pourra évidemment se déduire la charge de chacune des particules si on a réussi à calculer le nombre de ces dernières.
Plusieurs méthodes permettent de déterminer ce nombre. La plus simple est basée sur ce fait que lorsqu'on introduit des particules cathodiques dans un réservoir contenant de la vapeur d'eau, chacune agit comme noyau de condensation de la vapeur et forme une goutte autour d'elle. L'ensemble de ces gouttes constitue un nuage de gouttelettes. Ces dernières sont beaucoup trop petites pour qu'on puisse les compter, mais on déduit leur nombre de leur