DISSOCIATION DE LA MATIÈRE PAR LA COMBUSTION
Si de faibles réactions chimiques, telles qu'une simple hydratation, peuvent provoquer la dissociation de la matière, on conçoit que les phénomènes de combustion, qui constituent de puissantes réactions chimiques, doivent réaliser le maximum de la dissociation. C'est ce qu'on observe, en efi"et. Un corps qui brûle est une source intense de rayons cathodiques analogues à ceux qu'émet un corps radio-actif, mais ne possédant pas, en raison de leur faible vitesse, une grande pénétration.
Depuis un siècle au moins, on savait que les gaz des flammes déchargent les corps électrisés, et qu'un corps chauffé au rouge ne peut être électrisé. Branly avait montré que, même refroidis, ils conservent cette propriété. Tous ces faits restaient sans interprétation et on ne soupçonnait pas qu'en eux résidait une des preuves de la dissociation des atomes.
C'est cependant la conclusion à laquelle on devait arriver. La combustion s'accompagne toujours de dissociation de la matière. J.-J. Thomson a montré qu'un simple fil de métal ou de charbon, porté au rouge blanc^— par exemple, le fil de carbone d'une lampe à incandescence — est une source puissante et indéfinie d'électrons et d'ions positifs ou négatifs, suivant les circonstances, c'est-à-dire de particules identiques à celles des corps radio-actifs et portant la même charge électrique. « Nous sommes donc conduits à cette conclusion, dit-il, que d'un métal incandescent ou d'un fil de charbon chauffé sont projetés des électrons. » Leur quantité est énorme, fait remarquer le même auteur, car la quantité d'électricité que peuvent neutraliser ces particules correspond à plusieurs ampères par centimètre carré de surface. Nul corps radio-actif ne pourrait produire des électrons en telle proportion. .
Si on considère que le spectre du soleil indique ia présence de beaucoup de carbone dans sa photosphère, il en résulte que cet astre doit émettre une masse énorme d'électrons, qui, en frappant les couches supérieures de notre atmosphère, produisent peut-être les aurores boréales, en raison de leur propriété de rendre phosphorescents les gaz raréfiés.
f 6. — DISSOCIATION DE LA MATIÈRE PAR LA CHALEUR.
Une chaleur très inférieure à celle produite par la combustion, c'est-à-dire ne dépassant pas 300 degrés, semble suffisante à provoquer la dissociation de la matière. Mais ici le phénomène devient assez compliqué et son explication nous a demandé de très longues recherches.
C'est qu'en réalité la chaleur ne paraît pas agir alors comme agent de dissociation. Nous montrerons dans le chapitre consacré à nos expériences qu'elle agit comme si le métal contenait une provision limitée
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d'une substance analogue à l'émanation des matières radio-actives qu'il émettrait sous l'influence de la chaleur et ne récupérerait ensuite que par le repos. C'est pour cette raison que, lorsqu'un métal a été rendu radio-actif par une légère chaleur, il perd bientôt toute trace de radio-activité et ne la reprend qu'après plusieurs jours. C'est, du reste, de la même façon que se conduisent, en réalité, les corps radioactifs ; mais, en raison de leur activité beaucoup plus considérable que celle des corps ordinaires, ce qu'ils perdent constamment se reconstitue à mesure de la perte, excepté si on les chaufTe au rouge. Dans ce cas, la perte ne se compense qu'au bout d'un certain temps.
Lorsque j'ai publié ces expériences, J.-J. Thomson n'avait pas encore fait connaître ses recherches prouvant que presque tous les corps de la nature contiennent une émanation comparable à celle des corps radio-actifs, tels que le radium et le thorium. Ses observations confirment pleinement les miennes.