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DISSOCIATION SPONTANEE DE LA MATIERE

Mes expériences, auxquelles je viens de faire allusion, prouvent que la plupart des corps contiennent une provision de matière radio-active qui peut être expulsée par une légère chaleur et se reconstitue spontanément ; ces corps sont donc, comme les substances radio-actives ordinaires, soumis à une dissociation spontanée. Elle est, d'ailleurs, extrêmement lente.

Dans les expériences précédentes, cette dissociation spontanée n'a pu être mise en évidence que par une égère chaleur. On peut cependant, à l'aide d'artifices divers, par exemple, en repliant le métal surlui-même, 'de façon à en faire un cylindre fermé, laisser se former en son intérieur des produits radio-actifs dont on constate ensuite la présence par l'électroscope.

Le corps expérimenté cesse bientôt d'être actif. II n'a pas pour cela épuisé toute sa provision de radio-activité ; il a simplement perdu ce qu'il peut émettre à la température sous laquelle on opère. Mais, de même qu'à l'égard des corps phosphorescents ou des matières radio-actives, il suffît de le chauffer légèrement pour qu'il produise une émission plus considérable d'effluves actifs.

Depuis mes premières expériences, des recherches ont été faites de tous côtés pour trouver la radioactivité dans la matière ordinaire et elle a été constatée dans un grand nombre de substances. Elle s'est montrée notable surtout avec les métaux alcalins «t leurs sels : le sulfate de potassium, par exemple. J.-J. Thomson a constaté que, dans l'obscurité la plus profonde, l'alliage du sodium et du potassium, mis dans le vide, émet des particules qui déchargent un électroscope chargé positivement, sont déviables par un aimant et possèdent, par conséquent, tous les caractères des rayons cathodiques et des émissions du radium.

Les recherches que je viens de résumer prouvent que tous les corps de la nature sont radio-actifs et que cette radio-activité n'est en aucune façon une propriété particulière à un petit nombre de corps.

Toute matière tend donc spontanément vers la dissociation. Cette dernière est le plus souvent minime, parce qu'elle est empêchée par l'action de forces antagonistes. Ce n'est qu'exceptionnellement, et sous diverses influences, telles que la lumière, la combustion, les réactions chimiques, etc., capables de lutter contre ces forces, que la dissociation atteint une certaine intensité.

Ayant démontré, par les expériences qui précèdent et dont on trouvera le détail, à la fin de ce volume, que la dissociation de la matière est un phénomène général, nous sommes fondés à dire que la doctrine de l'invariabilité du poids des atomes, sur lequel toute la chimie moderne est basée, n'est qu'une trom-

peuse apparence résultant uniquement du défaut de sensibilité des balances. Il suffirait qu'elles fussent suffisamment sensibles pour que toutes nos lois chimiques soient considérées comme de simples approximations. Avec des instruments précis, nous constaterions, dans une foule de circonstances, et, en particulier, pendant les réactions chimiques, que l'atome perd une partie de son poids. Il nous est donc permis d'affirmer, contrairement au principe posé comme fondement de la chimie, par Lavoisier, que : on ne retrouve pas toujours, dans une combinaison chimique, le poids total des corps employés pour produire cette combinaison.

i 8. — ROLE DE LA DISSOCIATION DE LA MATIERE DANS LES PHÉNOMÈNES NATURELS.

Nous venons de voir que des causes très diverses et agissant d'une façon continuelle, comme la lumière, peuvent dissocier la matière et la transforment finalement en éléments ne possédant plus aucune des propriétés de la matière et impuissantes à redevenir matière.

Cette dissociation, qui s'accomplit depuis l'origine des âges, a dû jouer un grand rôle dans les phénomènes naturels.

Elle est probablement l'origine de l'électricité atmosphérique. Sans doute aussi celle des nuages, et, par conséquent, des pluies qui exercent une influence si considérable sur les climats. Une des propriétés caractéristiques des émissions radioactives est de condenser la vapeur d'eau, propriété possédée, d'ailleurs, par toutes les poussières et qu'on démontre au moyen d'une expérience connue depuis longtemps. Un ballon plein d'eau en ébuUition est mis en communication par des tubes de verre avec deux autres ballons : l'un rempli d'air ordinaire pris dans un appartement, l'autre plein du même air dépouillé de ses poussières par simple

fîltration, à travers de l'ouate. On constate alors que la vapeur arrivant dans le ballon contenant de l'air non dépouillé de poussières se condense immédiatement en un épais brouillard, alors que la vapeur arrivant dans le ballon renfermant de l'air pur ne se condense pas.

Nous voyons combien s'accroît l'importance du phénomène de la dissociation de la matière à mesure que se poursuit son étude. Son universalité s'étend chaque jour, et l'heure n'est pas loin, je crois, où cette dissociation sera considérée comme l'origine d'un grand nombre de phénomènes observés à la surface de notre planète. Nous avons déjà montré qu'elle était la source de la chaleur solaire et nous prouverons bientôt qu'elle est également celle de l'électricité.

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