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ÉQUILIBRES CHIMIQUES DES ÉLÉMENTS MATÉRIELS

nombre d'éléments associés de façon à constituer des édifices moléculaires d'une mobilité extrême. Cette mobilité, nécessaire pour la production rapide d'une grande quantité d'énergie, est une des conditions de l'existence. La vie est liée à la construction et à la destruction incessante d'édifices moléculaires fort compliqués et dont les équilibres sont très instables. La mort est caractérisée, au contraire, par le retour à des édifices moléculaires peu complexes et d'une stabilité d'équilibre considérable.

La plupart des composés, dont l'ensemble constitue un être vivant, possèdent une structure et des propriétés auxquelles aucune des lois de l'ancienne chimie ne sont applicables. On y trouve toute une série de corps : diastases, toxines, antitoxines, alexines, etc., dont l'existence n'a été révélée le plus souvent que par des caractères physiologiques. Nulle formule ne peut traduire leur composition.- Nulle théorie n'explique leurs propriétés. Ils tiennent sous leur dépendance les plus importants phénomènes de la vie et possè- . dent ce caractère mystérieux de produire des effets importants sans changer de composition apparente, par leur simple présence. C'est ainsi que le protoplasma, c'est-à-dire la substance fondamentale des cellules, ne semble jamais se modifier, bien que, par sa présence, il détermine les réactions chimiques les plus compliquées, notamment celles qui ont pour résultat de transfomer les corps contenant de l'énergie à bas potentiel en d'autres corps à potentiel élevé.

C'est ainsi que la plante sait fabriquer avec des composés peu compliqués, tels que l'eau et l'acide carbonique, des édifices moléculaires oxydables très compliqués, chargés d'énergie. Avec l'énergie à faible tension qui l'entoure, elle fabrique donc de l'énergie à haute tension. Elle bande le ressort que d'autres êtres débanderont pour utiliser sa force.

Les édifices chimiques, que savent construire d'humbles cellules, comprennent, non seulement les opérations les plus savantes de nos laboratoires : éthé

rificalion, oxydation, réduction, polymérisation, etc., mais beaucoup d'autres bien plus difficiles encore, que nous ne saurions imiter. Par des moyens insoupçonnés, les cellules vitales arrivent à construire ces composés compliqués et variés : albuminoïdes, cellulose, graisse, amidon, etc., nécessaires à l'entretien de la vie. Elles savent décomposer les corps les plus stables, comme le chlorure de sodium, extraire l'azote des sels ammoniacaux, le phosphore des phosphates, etc.

Toutes ces opérations si précises, si admirablement adaptées à un but, sont dirigées par des forces dont nous n'avons aucune idée, et qui se conduisent exactement comme si elles possédaient une clairvoyance bien supérieure à la raison. Ce qu'elles accomplissent à chaque instant de notre existence est très au-dessus de ce que peut réaliser la science la plus avancée.

Un être vivant est un agrégat de vies cellulaires. Tant que nous ne pourrons pas comprendre les phénomènes qui se passent au sein d'une cellule isolée et que nous n'aurons pas découvert les forces qui les dirigent, il sera bien inutile de bâtir des systèmes philosophiques pour expliquer la vie.

En partant de principes minéraux, les chimistes parviennent à réaliser la synthèse de composés organiques nombreux : urée, alcool, indigo, alizarine, etc. Illusionné par ces résultats on a' cru possible de fabriquer tous les produits organiques qui prennent naissance dans les corps vivants.

En réalité on a tiré des synthèses obtenues des conclusions qu'elles ne comportaient nullement. On ne remarquait pas, en effet, que tous les corps fabriqués n'étaient que des corps morts — produits ultimes des réactions vitales — et nullement des corps en voie d'évolution comme ceux qui existent au sein des cellules de l'organisme. La chimie sait fabriquer par synthèse plus de cent mille composés du carbone que la nature n'a jamais produits, mais elle n'a pas obtenu encore une seule protéine, un seul ferment. Elle atteint le statique mais non le dynamique.

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