‹ L'évolution de la matièreChapitre 89 sur 132 · S 3. — LES ÉLÉMENTS DES SUBSTANCES COLLOÏDALES · texte numérisé non relu

S 3. — LES ÉLÉMENTS DES SUBSTANCES COLLOÏDALES

L'expression de « substances colloïdales » remonte à l'époque où on découvrit que dans le phénomène de l'osmose — un des grands facteurs de la vie — les corps en solution séparés par une membrane la traversaient plus ou moins rapidement. Ceux qui se diffusent facilement furent appelés cristalloïdes, ceux qui se diffusent lentement colloïdes. Ces deux catégories de corps auraient des molécules de grosseur très différente. Les plus grosses contiennent le plus d'atomes.

Les substances colloïdales anciennement connues : amidon, gélatine, gomme, etc., sont amorphes et incristallisables^ Elles ne possèdent ni composition constante, ni réactions chimiques bien nettes et semblent en état de transformation continuelle. Elles paraissent représenter l'état dynamique de la matière alors que les cristalloïdes en constitueraient l'état statique. Les colloïdes seraient des corps vivants chargés d'énergie, les cristalloïdes des corps morts. Les fonctions des organes vivants ne seraient que des réactions de corps colloïdaux dont le mécanisme demeure d'ailleurs à peu près inconnu.

Un des caractères des corps colloïdaux en suspension dans un liquide est la présence de corpuscules

extrêmement petits, c'est-à-dire de l'ordre du millième de millimètre, agités d'un mouvement de trépidation constant auquel on a donné le nom de mouvement brownien. On suppose ces mouvements de même nature que ceux des molécules gazeuses d'après la théorie cinétique.

Ces sortes de granules possèdent une charge électrique positive ou négative mais de même signe pour chaque colloïde. Les corps chargés de même électricité se repoussant il s'ensuit que les particules ainsi chargées ne peuvent s'agglomérer.

Le nombre des granules a été déterminé approximativement; on sait, par exemple, dit M. Detœuu « qu'une solution colloïdale d'or à 5 milligrammes pou r 100 cm3, soit à 1 pour 20.000, contient environ un milliard de granules par millimètre cube. On ne s'étonnera donc plus que, malgré la petite dimension de ces particules, la surface totale de contact des granules avec le liquide soit, dans cette solution, de 625 mètres carrés par centimètre cube. Ce résultat explique les actions catalytiques particulièrement énergiques des colloïdes ».

On tend aujourd'hui à faire jouer à celte forme inconnue dite colloïdale des équilibres matériels un rôle prépondérant en physiologie. Le protoplasma, notamment, ne serait qu'un mélange de substances colloïdales, ce qui, d'ailleurs, ne nous éclaire nullement sur ses merveilleuses propriétés.

§ 4. — DIASTASES, ENZYMES ET TOXINES.

Parmi les divers corps colloïdaux on fait généralement figurer les composés classés sous le nom de diastases, toxines, enzymes, etc., dont les réactions sont très voisines. Leur constitution chimique reste profondément ignorée. Ils agissent presque exclusivement par leur présence et sont parfois d'une toxicité extrême à des doses presque impondérables. Suivant Armand Gautier 2 gouttes de toxine téta-

LA CHIAIIE INTRA-ATOxMIQUE ET LES ÉQUILIBRES 293

nique contenant 99 7o d'eau et 1 °/o seulement de corps actif, — ce qui représente à peine 1 milli-' gramme, — suffisent à tuer un cheval. Un gramme de ce corps suffirait, dit-il, à tuer 75,000 hommes. De pareilles énergies font songer à celles que peuvent manifester de très faibles dissociations atomiques.

Les diastases sont les agents chimiques des fermentations i. A l'époque où l'on croyait que les bactéries constituaient l'agent actif des intoxications, il était possible d'expliquer parleur multiplication rapide l'intensité des effets observés, mais on sait maintenant que les toxines gardent leur activité après avoir été séparées par filtration des bactéries. La substance vivante dite levure de bière transforme la glucose en alcool et acide carbonique, mais, après avoir tué cette levure en la chauffant à une certaine température, on peut en extraire un corps dépourvu de toute organisation appelé zymase aussi apte à produire la fermentation que la levure vivante elle-même. Les phénomènes attribués il y a quelques années à des micro-organismes sont dus en réalité à des substances chimiques fabriquées par eux.

Bien que le rôle des divers corps dont je viens de parler soit prépondérant dans les phénomènes de la vie, la chimie n'a pu encore expliquer ni leur structure ni leur action. Ils sont l'âme des réactions vitales. Les ferments n'agissent que par les diastases qu'ils renferment et tous possèdent ce caractère commun d'agir à doses infimes sur des masses considérables. Le plus souvent ce sont seulement des réactions physiologiques qui en révèlent l'existence et permettent de les isoler. Tout ce qu'on sait d'eux, c'est qu'ils perdent leurs propriétés si on les dépouille des quantités infiniment petites de matières minérales qu'ils

1. -Des traces insignifiantes de diverses substances suffisent à paralyser faction des diastases. Ce sont des poisons qui ont leurs poisons. Elles résistent à certains réactifs énergique» et sont infiuencées par des traces de corps qui semblent bien inoffensifs. Des produits aussi violents que l'acide prussique, le sublimé et le nitrate d'argent, restent sans action sur le venin de cobra, alors que des traces d un sel alcalin l'empêchent d'agir.

contiennent sous une forme supposée voisine de l'étal colloïdal.

La plupart des corps précédents : métaux colloïdaux, diastases. ferments, etc., possèdent la faculté, très inexpliquée encore, de n'agir — du moins en apparence — que par leur présence. Ils n'apparaissent pas dans les produits des réactions qu'ils provoquent.

§ 5. - LE ROLE DES QUANTITES INFINIMENT PETITES ET LES ACTIONS DE PRÉSENCE.

Nous venons de voir que des corps jouant une action tout à fait prépondérante dans les phénomènes de la vie n'agissaient que par leur présence et perdaient leurs propriétés dès qu'on les dépouillait de traces de certaines substances étrangères qu'ils contiennent.

Nous nous trouvons donc en présence de deux faits d'un ordre spécial, l'influence des quantités très petites et les actions de présence.

Nous avons déjà montré, à propos de notre discussion sur l'existence du radium, le rôle de ces petites quantités de corps étrajngers sur divers phénomènes. la radio-activité artificielle et la phosphorescence notamment. Ce rôle, très ignoré jadis, des quantités infiniment petites en chimie et en physiologie, grandit chaque jour et les phénomènes où on l'observe deviennent innombrables.

A ceux que nous avons déjà eu occasion de citer on pourrait en ajouter bien d'autres. Je me bornerai à indiquer comme type l'oxydation de l'hydroquinone. Une solution aqueuse d'hydroquinone agitée avec de l'oxygène ne s'altère pas, alors que si on y a ajouté une trace d'acétate de manganèse l'oxydation s'effectue rapidement, si grande que soit la masse d'hydroquinooe. Les choses se passent comme si le sel ajouté ne faisait que transporter de l'oxygène, le fixer, et, redevenu libre, agir sur une dose nouvelle de subs-

Page 1