ÉQUILIBRE ET MOUVEMENT
dont la variété rendra à Tidée de mouvement la vaste extension que lui reconnaissait Aristote*.
Sans doute, elle traitera du mouvement local, des changements de lieu et de figure. Mais elle traitera aussi des changements par lesquels les diverses qualités d'un corps augmentent ou diminuent d'intensité, par lesquels un corps s'échauffe ou se refroidit, s'aimante ou se désaimante. Elle traitera également de ces changements d'état physique par lesquels tout un ensemble de propriétés qualitatives ou quantitatives est anéanti pour faire place à un autre ensemble de propriétés toutes différentes; telles la fusion de la glace, la vaporisation de l'eau, la transformation du phosphore blanc en phosphore rouge. Ces changements seront, pour elle, des mouvements; la Scolastique les aurait nommés mouvements d'altération.
L'examen de tels mouvements n'emplira pas encore tout le domaine que la Mécanique nouvelle prétend soumettre à ses lois; elle entend aussi traiter des changements où un ensemble de substances disparait pour laisser apparaître un autre ensemble de substances, de ces changements que les Péripatéticiens auraient considérés comme des corruptions et des générations et que nous nommons aujourd'hui des réactions chimiques. La Mécanique nouvelle ne se contente pas d'être une Mécanique physique^ elle est encore une Mécanique chimique.
L'extension prise par l'idée de mouvement
1. Voir : Première Partie, Chapitre i : La Mécanique péripatéticienne.
nécessite une égale extension de son contraire, ridée d'équilibre. Un système en équilibre ne sera plus seulement un système qui n'éprouve aucun changement de configuration ni de position; ce sera encore un système dont les diverses parties ne sYchauffent ni ne se refroidissent, sur lequel les distributions électrique et magnétique demeurent invariables, qui n'éprouve ni fusion, nicong^ lation, ni vaporisation, au sein duquel ne se produit aucune réaction chimique. Aussi parlerat-on non seulement de Téquilibre de configuration, mais encore des équilibres thermique, électrique, magnétique, chimique. La notion d'équilibre ainsi généralisée sera Tobjet de la Statique nouvelle. De cette Mécanique, qui est Tétude de l'équilibre et du mouvement entendus au sens si large d'Aristote, nous avons défini l'esprit et délimité le champ; à grands traits, nous allons en décrire le développement.