Descartes : Principia Philosopbiœ. Pars II, art. xxv
corps qui le touchent immédiatement et que nous regardons comme en reposy au voisinage d'autres corps. Il insiste*, d'ailleurs, de peur que sa pensée ne soit pas clairement comprise ; lorsque deux corps, qui étaient contigus, se séparent Pun de l'autre, il n'y a aucune raison pour attribuer le mouvement à l'un plutôt qu'à l'autre ; seules, l'habitude et la commodité nous guident, lorsque nous choisissons l'un de ces corps comme terme immobile.
Or, les lois de la Mécanique ne peuvent s'accommoder de ce caractère absolument relatif laissé à la notion de mouvement. Leur forme, universellement acceptée, entraîne cette*conséquence : si elles sont conformes aux divers mouvements naturels quand on regarde comme fixe un des corps qui forment le monde, elles cesseront de s'accorder avec ces mouvements lorsqu'on attribuera la fixité à un autre corps. Les mouvements des astres, par exemple, s'accordent avec une certaine Mécanique Céleste lorsqu'on attribue la fixité aux étoiles ; ils violent cette même Mécanique lorsqu'on suppose la Terre immobile. Chaque explication mécanique du monde suppose que les mouvements sont rapportés à un corps fixe particulier ^ ; lorsqu'on change le corps fixe pris pour repère, on est obligé de changer la forme de la Mécanique.