‹ L'évolution de la médecineChapitre 5 sur 9 · MÉDECINE INSTINCTIVE · texte numérisé non relu

MÉDECINE INSTINCTIVE

Tous les anciens ont répété à Tenvi que la médecine était un présent des dieux, et l'on sait qu'Esculape est le fils d'Apollon. Il y avait pourtant sans doute des maladies avant que les puissances célestes songeassent à les guérir ; c'est-à-dire que celles-ci ont un peu tardé à envoyer le remède. Peut-être auraient-elles mieux fait de ne pas envoyerauxhommeslesmauxqniles affligent. Recherchons pour notre part quelle a été la fause de l'apparition de la médecine parmi les hommes primitifs; nous ne pouvons savoir quelles étaient les maladies qui les décimaient; on peut cependant croire que les rudiments d'une pratique médicale ont existé dès que l'homme a eu des instincts un peu développés. Les variations de l'atmosphère, le chaud du jour, le froid de la nuit, ont trouvé des instincts conservateurs correspondants prêts à réagir contre eux, et ces mêmes états qui faisaient naître les premières habitations, firent sans doute naître les premières pratiques curatives ou hygiéniques. Néanmoins, comme on n'a pas de renseignements sur ce point, on ne peut faire que des hypothèses. Ce serait un jeu d'esprit que d'entreprendre de décrire la médecine antédiluvienne. Mais on peut raisonner par analogie et considérer en quoi consistent les pratiques médicales chez les animaux ou chez certains sauvages; peut-être peuvent-elles donner une idée de ce qu'elles furent au début.

D'abord les animaux ont-ils une médecine? Sans tomber dans les hyperboles de Pline, qui prétend que les animaux pratiquent l'art médical: ou sans accueillir les

faits qu'on a rapportés que l'hippopotame se saigne et que l'ibis se donne des lavements; il faut reconnaître qu'il y a quelque vérité dans ces affirmations. Les animaux n'ont point de médecine à proprement parler, en ce sens qu'elle n'est pas perfectible comme la nôtre, qu'elle est la même depuis des milliers d'années, conservant le caractère purement instinctif. De même l'architecture des castors ou l'organisation industrielle des abeilles ou des fourmis n'offre pas de changements considérables depuis qu'elles sont décrites : (cependant on a remarqué que les castors ont modifié leurs procédés de construction depuis qu'ils sont traqués, et que les abeilles ont retranché un côté des polygones qui constituent leurs alvéoles). Mais si les animaux paraissent n'avoir ni heaux arts, ni religion, cependant ils sont sensibles au froid, au chaud, à la bonne nourriture, aux plaisirs amoureux; ils savent protéger leur existence, celle de leur progéniture, et cela par des moyens multipliés que nous admirons: nidilii fions, terriers, etc. Ils ont la prévoyance, ils savent choisir l'aliment convenable pour leurs petits, ils leur donnent des soins hygiéniques de propreté. Darwin cite le voyageur Duvaucel qui affirme avoir vu des femelles de gibbons, conduisant leurs petits au bord de l'eau et leur lavant le visage, en dépit de la résistance et des cris du baby. Qui ne connaît les mouvements, les exercices gymnastiques auxquels se livrent nos animaux domestiques; la prudence remarquable dans l'action qui les porte à s'arrêter devant certaines entreprises, les diètes judicieuses auxquelles ils se livrent, diètes qui, pour certains médecins d'autrefois, étaient toute la médecine, particulièrement les femelles qui n'ont plus de petits à allaiter; les médicaments qu'ils vont chercher et qu'ils s'administrent sous la

forme de substances herbacées qui provoquent des vomissements ou des selles; le repos qu'ils savent garder si patiemment, la chaleur artificielle qu'ils savent se procurer? Tout cela n'est-il pas analogue aux procédés employés par les enfants et les paysans dans leurs maladies au début? Tout cela ne peut- il nous aider à nous représenter ce que faisaient les hommes primitifs? Ces diverses pratiques sont les rudiments, les éléments originaires de ce qui est aujourd'hui la médecine, laquelle s'est compliquée à mesure que s'est étendu le domaine intellectuel et matériel de l'homme. La base de la médecine est l'instinct de conservation.

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