‹ L'évolution de la morale; leçons professées pendant l'hiver de 1885-1886Chapitre 34 sur 375 · Id., Ibid., p · texte numérisé non relu

Id., Ibid., p

A4 l'évolution de la morale

qu'elle, lorsqu'elle sera isolée, à vingt mètres de son nid. » Les mêmes fluctuations individuelles de la moralité s'observent aussi chez les abeilles. Il y a là sûrement quelque chose de très analogue à ce qui se passe dans le cerveau humain.

En général l'abeille domestique est aussi sobre que laborieuse; jamais les ouvrières ne touchent aux magasins d'hiver ; aux alvéoles closes ; bien plus, même dans les alvéoles ouvertes pour l'alimentation courante, chaque abeille ne puise que strictement la ration nécessaire à ses besoins. Mais il y a des abeilles immorales, des voleuses, qui s'introduisent furtivement dans les ruches pour satisfaire leur gloutonnerie. Enfin, hors de la communauté, quand elles pillent nos confiseries, par exemple, la plupart des abeilles s'abandonnent à une grossière intempérance. On peut même à volonté dépraver une abeille en l'alimentant avec du miel mélangé d'eau-de-vie. Bien vite alors, elle s'abandonne à l'ivrognerie et devient du même coup paresseuse et voleuse. Mais c'est exactement ainsi que l'alcoolisme dégrade l'homme.

Si mon but était de faire une histoire complète de la moralité animale, je devrais accumuler les faits de ce genre et rien ne serait plus aisé. Mais j'ai à m'occuper de l'homme et de l'évolution de sa morale. Les exemples typiques, que je viens de citer, suffisent largement à établir que les senti ments élevés, le penchant à se sacrifier pour sa famille, pour ses semblables, pour ses concitoyens, ne constituent pas un privilège humain. Or, on n'a jamais prétendu que ces mobiles moraux, si relevés, aient été semés par un pouvoir surnaturel, divin, dans les centres nerveux des animaux- Chez les animaux et chez l'homme, cette moralité a certainement même origine. Elle naît des nécessités de la vie sociale elle-même, quand les hémisphères cérébraux ou les

Page 1