La Potherie, Voyages, t. II
«xquis et que Ton pouvait tuer sans verser leur sang f. — C'est à la manière des félins, en rampant dans les broussailles, que Ton s'approche du campement de l'ennemi ; puis, à un moment donné, Ton incendie les huttes et on en mas" sacre les habitants sans exception de sexe et d'âge *. La gloire peau-rouge consiste à tuer, scalper ou capturer autant d'ennemis que possible, mais sans perdre d'hommes. Si la victoire a coûté cher, elle cesse d'être une victoire: elle peut même entraîner la dégradation du chef 3. Ces mœurs sont générales dans la race ; ainsi les indigènes de la Nouvelle- Arkhangel attaquent toujours traîtreusement et à l'improviste 4. Mais les Peaux-Rouges ne se bornent pas à tuer simplement leurs ennemis sur le champ de bataille ; ils se délectent à faire mourir à petit feu leurs prisonniers préalablement liés à un poteau. C'est alors, pour la tribu, une vraie fête. Tout le monde, hommes, femmes et enfants, s'ingénie à faire souffrir la victime, à inventer quelque torture nouvelle. On larde le prisonnier à coups de couteau ; on lui arrache les ongles ; on le brûle avec des charbons ardents, etc. Un mode de supplice très en usage consiste à scalper d'abord le captif, puis à jeter sur son crâne, dépouillé de cuir chevelu, des cendres brûlantes. Un autre divertissement de même ordre est aussi très prisé : on détache le prisonnier et même on lui laisse prendre un peu de champ, puis on le pourchasse, comme une bête sauvage5. Cela s'appelle faire courir un homme et montre bien qu'entre la guerre et la chasse des animaux, on ne fait pas grande différence. Du reste, même parmi nous,
1. Domenech, Voyage pittoresque dans les déserts du nouveau monde* p. 585.