‹ L'évolution de la morale; leçons professés pendant l'hiver de 1885-1886Chapitre 156 sur 330 · I. L. Biart, Les AUèques, p. 1U · texte numérisé non relu

I. L. Biart, Les AUèques, p. 1U

t. PrescoU, Conquête du Mexique, t. !•', p. 50, 51. — L. Biart, Aitèque$ ipûssim).

ioO DÉVOLUTION DE LA MORALE.

I^ discipline du clergé, son organisation, certaines pratiques religieuses accusaient des tendances, que l'on peut appeler chrétiennes, mais que Ton pourrait tout aussi bien nommer brahmaniques ou bouddhiques.

11 existait en eiïet, dans Tancien Mexique, des ordres religieux d'hommes et de femmes, pour qui la chasteté et les macérations étaient un devoir.

La vie de ces personnes consacrées au culte était tout à fait ascétique et leurs exercices ressemblent extrêmement à ceux des moines chrétiens. A minuit, les religieux mexicains devaient se plonger dans Teau. Puis, presque jusqu'au jour, ils chantaient des hymnes, se livraient à divers actes de pénitence, notamment à des flagellations, etc. — On ctail enrôlé dans les ordres monastiques, non de son plein gré, mais de par Tautorilé paternelle et dès Tenfance. Dans les écoles publiques, établies près des temples, on donnait, non seulement aux futurs religieux, mais à tous les enfants nobles une éducation cléricale, et les écoliers remplissaient à peu près Iqs fonctions de nos enfants de chœur.

Les filles étaient confiées à des prêtresses.

Cette éducation n'était nullement spéciale aux futurs religieux, seulement le séminariste, qui, à l'âge de vingt-deux ans, ne se mariait pas, restait consacré au sacerdoce.

Pour les prêtres mexicains, la chasteté était de stricte obligation. A Téothinacan, le prêtre, qui y avait manqué, était livré au peuple et tué à coups de bâton. A Ichcatlan, le grand prêtre coupable de la même faute était massacré, mis en pièces et Ton en présentait les morceaux à son successeur, à titre d'avertissement*.

Plus d'une religion a fondé des ordres monastiques ; il n y a donc dans ce fait général, rien de bien particulier. Le baptême est plus spécial au christianisme, or il existait au Mexique une sorte de baptême. Avant de donner un nom aux

enfants, on aspergeait d'eau leur bouche cl leur poitrine et Ton demandait à un dieu ou aux dieux c que cette eau effaçât le péché contracté par l'enfant avant la naissance du monde i».

L'infraction à la chasteté, chez les femmes consacrées au culte, était, aussi tenue pour un très grand crime. La coupable était enterrée vive, comme les vestales romaines ayant commis la môme faute, son complice était étranglé ; bien plus, ses parents mêmes étaient proscrits et sa ville natale détruite ^

Une autre analogie, plus catholique encore, était la confession entendue par une sorte de clergé paroissial, qui donnait ensuite l'absolution. Seulement, au Mexique, on ne se confessait qu'une fois en sa vie et toute rechute dans une faute pardonnée était inexpiable. Circonstance curieuse: l'absolution donnée par le confesseur mexicain avait une valeur légale; elle pouvait entraîner la relaxation d'un prévenu *. L'Inca se confessait aussi, mais au Soleil.

Ces analogies catholiques, en admettant même qu'elles n'aient pas été exagérées par les pieux chroniqueurs espagnols, n'impliquent aucunement une tradition chrétienne, venue on ne sait d'où. Bien des fois dans le temps et dans l'espace, des hommes de races diverses se sont rencontrés, ont eu les mêmes pensées, même très particulières, par cela seul qu'ils étaient hommes. Que l'on songe aux Égyptiens anciens, aux nègres d'Afrique et aux Peaux-Rouges ayant eu, chacun de leur côté, l'idée féroce d'amputer le nez de leurs femmes adultères, ou bien à la botoqiœ labiale des Uotocudos, des Noutka-Colombiens et des nègres de l'Afrique moyenne, etc.

Celte civilisation de l'ancien Mexique est infmiment cu-

1. CoasUnt Dorville, llist du différend peuples, t. V, p. 341. S. PrescoU, hc, cit., t. l*', p. 5i,

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rieuse. Elle a la valeur d'une expérience sociologique, dans laquelle on voit la barbarie émerger péniblement de la sauvagerie. Ces deux stades de l'évolution morale du genre humain s'y coudoient, s'y combinent, s'y combattent. Une morale, déjà supérieure par certains traits, essaye de se dégager de la gangue animale. L'anthropophagie est devenue une coutume pieuse et elle se pratique (le fait est à noter) essentiellement comme celle des Peaux-Rouges contemporains de l'extrême Nord. Ainsi que le fait aujourd'hui encore le Sioux septentrional, le prêtre mexicain ouvrait la poitrine du captif; seulement il se bornait à offrir à ses dieux le cœur de la victime, morceau de choix, que le Sioux dévore à belles dents.

Autre survivance : autrefois les sauvages Guaranis avaient coutume, avant de sacrifier et de manger certains captifs réservés, de leur faire une courte existence, comblée de toutes les joies grossières qu'ils pouvaient imaginer. Or les Mexicains choisissaient aussi un captif et ne l'immolaient qu'après l'avoir, pendant une année, rassasié de voluptés de toute sorte*.

Les peines terribles, infligées par le code mexicain au voleur et à l'adultère attestent aussi une sailvagerie grossière; mais la sévérité de leurs lois contre l'ivresse, la douceur relative de leur esclavage, le blâme dont ils flétrissaient le mensonge, le prix même qu'ils mettaient à la chasteté de leurs prêtres proviennent de tendances morales déjà supérieures.

En outre, quoique, comme tous les empires primitifs, le Mexique eût une organisation serviic, cependant ses monarques n'étaient plus, comme les petits potentats de l'Afrique noire, de simples brutes enivrées de leur omnipotence et

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