Fondement de la morale, p
celte pureté de leur origine fait précisément leur mérite... qu'autant on y ajoute en empirisme, autant on leur enlève de
véritable influence' La conscience morale ne peut pas
plus s'acquérir que le sens moral. Mais tout homme, comme être moral, porte en soi cette conscience primitive' >. Il est difficile de narguer plus audacieusement le sens commun et Texpérience que ne le fait ici le célèbre métaphysicien. Sans la moindre réflexion il s'agenouille devant l'idée du devoir, qu'il n'essaye point de comprendre. « Devoir ! s'écrie-t-il dans un élan de lyrisme métaphysique, pensée merveilleuse, qui n'agit ni par l'insinuation, ni par la flatterie, ni par la menace, mais en te contentant de te présenter à l'âme dans ton austère simplicité, tu commandes ainsi le respect sinon toujours l'obéissance; devant toi tous les appétits restent muets, si rebelles qu'ils soient en secret; d'où tires-tu ton origine'? » Pour nous, ce mystère n'existe pas; le sentiment du devoir, beaucoup moins omnipotent que ne le croit notre métaphysicien, tire, nous le savons, son origine d'un lent et pénible dressage, ayant laissé dans les centres nerveux des empreintes héréditaires, incarnées. En outre, ce sentiment du devoir, nous voyons trop qu'il n'existe pas, surtout au même degré, chez tous les hommes.
L'expérience, une expérience vulgaire, nous a aussi appris qu'un sentiment quelconque du devoir étant organisé dans le cerveau humain, il est agréable de lui obéir, pénible de lui résister, et qu'il en résulte une sanction intime fort importante, au point de vue de la morale pratique.
Cette sanction déplaît fort à Kant, tant son esprit métaphysique a irrémédiablement divorcé avec les faits : « Il y a, dit-il, des âmes si disposées à la sympathie que, sans autre