Franklin, Vie des animaïuc (Mammifères), t. I", p
c Grand chef, vous allez mourir ; les morimos l'ont dit. » Un voyageur arctique, J. Hayes, relate aussi le trépas dramatique d'une femelle d'ours blanc, traquée par une meute de chiens esquimaux et trois chasseurs blancs armés de carabines. L'animal, uniquement préoccupé de couvrir un ourson qui l'accompagnait, dédaignait presque de se défendre : t Encore une fois, dit Ilayes, elle put abriter sous son corps la petite et courageuse créature, complètement exténuée et dont le sang coulait de toutes parts, t — Puis l'ourse fut blessée de cinq coups de feu. — € Quoique fort épuisée par la perte de son sang, l'ourse n'était pas encore hors de combat; rassemblant ses forces, elle obligea, une fois de plus, les assaillants à une retraite précipitée et ramena sous son corps ce petit, pour lequel elle donnait sa vie... A moitié étranglé par Karsuk (chien esquimau) et sa bande, l'ourson venait d'expirer aux pieds de sa mère; en le voyant couché, immobile, elle oublia tout, ses blessures, son danger, la meule furieuse, qui la déchirait sans relâche, et se mit à le lécher avec une tendresse passionnée. Elle se refusait à croire qu'il fût mort et cherchait à le relever ; elle le caressait pour l'encourager à combattre encore; puis tout à coup elle parut comprendre qu'il n'avait plus besoin de sa protection et se retourna vers ses bourreaux avec un redoublement de rage. Pour la première fois, elle essayait de s'échapper... Une balle pénétra dans l'épine dorsale et l'ourse roula à son tour sur la neige imprégnée de sang*. > C'est le cas de se souvenir des célèbres vers d'Alfred de Vigny, sur la Mort du loup :
Hélas ! ai-je pensé, malgré ce grand nom d'hommes, Que j'ai honte de nous, débiles que nous sommes ! Comment on doit quitter la vie et tous ses maux,
LLa Mer libre, ^. 182.
G*e8t vous qui le savez, sablimes animaux ! »
— Ah ! je t*ai bien compris, sauvage voyageur.
Et ton dernier regard m*est allé jusqu'au cœur I
Il disait : « Si tu peux, fais que ton âme arrive,
A force de rester studieuse et pensive.
Jusqu'à ce haut degré de stoïque flerté
Où naissant dans les bois, j*ai tout d'abord monté.
Gémir, pleurer, prier est également lâche.
Fais énergiquemcnt ta longue et lourde tâche
Dans la Toie où le sort a voulu t'appeler.
Puis après, comme moi, souffre et meurs sans parler ! »
Dans nombre d'espèces animales, ces prodiges d'héroïsme sont ordinaires chez les femelles. Parfois cependant le mâle rivalise avec sa moitié. Audubon raconte, qu'en cas de danger menaçant le nid, l'oie mâle du Canada oblige sa femelle à fuir et, seul, fait face à l'ennemi*.
Très puissant est le sentiment familial dans beaucoup d'espèces animales; mais là, comme dans l'humanité, la force même de l'amour de la famille restreint les sentiments altruistes. Rien de plus naturel que cet antagonisme moral.
« La perdrix, qui, dit G. Leroy, est très soigneuse et très agissante pour l'inlérêt de ses petits, poursuit et tue impitoyablement tous ceux qui ne lui appartiennent pas, lorsqu'ils viennent à croiser ses recherches* j». D'autres oiseaux ont au contraire le cœur 1res large, a La poule fîiisane, dit encore G. Leroy, a moins d'empressement pour ses enfants, abandonne ceux qui s'égarent ou la quittent, mais il suffit de la suivre pour avoir droit à ses soins et elle devient la mère commune de tous ceux qui ont besoin d'elle ^ »
J'ai surtout parlé jusqu'ici de Tamour des parents, spécialement de la femelle pour les jeunes. C'est en effet, chez