‹ L'évolution de la morale; leçons professés pendant l'hiver de 1885-1886Chapitre 68 sur 330 · Hitt. univ, des voyages, t. XVlIf, p · texte numérisé non relu

Hitt. univ, des voyages, t. XVlIf, p

t. Cook, Troisième voyage, ia HisU univ. des voyages.

En nous occupant du cannibalisme, nous avons vu que la guerre primitive ressemble souvent à une chasse dont r homme est le gibier. Mais en dehors même du désir de c manger des nations », comme disaient énergiquement les Iroquois, en souvenir sans doute du cannibalisme de leurs ancêtres, il y a l'espoir de détruire des concurrents. Dans ces incessants conflits, les instincts sanguinaires de la bète sont constamment tenus en haleine, et ils se donnent carrière sans vergogne. On tue l'ennemi non seulement pour le manger, mais pour le plaisir d'égorger, et l'on ne se borne pas à massacrer l'adversaire armé, mais on y ajoute, si Ton peut, les femmes et les enfants : les guerres primitives sont des guerres d'extermination.

Tuer un nombre suffisant d'ennemis pour pouvoir se présenter honorablement dans l'autre monde, devant le tribunal des dieux, était un des grands soucis des Yitiens: c'était là leur bagage de bonnes actions, et souvent ils se désolaient en songeant que leur provision était bien légère, qu'ils n'avaient pas commis assez de massacres pour plaire à leurs dieux*.

Un idéal du même genre hante l'esprit des Néo-Calédoniens. En dehors même du désir de manger une tranche de viande humaine, ils sont passionnés pour la guerre en ellemême, et leur grand grief contre l'autorité française et les missionnaires est qu'on les empêche de se battre : c Nous ne sommes plus des hommes, disent-ils, nous ne nous battons

plus *. ))

Dans leur manière de guerroyer, il n'entre d'ailleurs pas plus de scrupule chevaleresque que n'en a le chasseur visà-vis de l'animal qu'il poursuit. L'astuce sans limite est le

1. H. Spencer, Morale évolutiormiste, p. 101. t. De Rochas, Nouvelle-Calédonie, p. 166.

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fond de leur stratégie. Pour tuer rennemi, tous les moyens sont bons ; mais se faire tuer est plus qu'une sottise, c'est une honte '. A leurs yeux, par exemple, il est tout à fait licite d'inviter des voisins à une grande fête, puis de tomber sur eux à l'improviste et de les assommer, quand il ne sont pas sur leurs gardes ^

Ces traits moraux ou plutôt immoraux ne sont d'ailleurs en aucune manière particuliers aux Néo-Calédoniens. On les retrouve un peu partout; ils tiennent au degré de développement mental.

Ainsi les Peaux-Rouges d'Amérique n'attaquent jamais l'ennemi ouvertement. Ils chassent l'homme exactement comme le bison ou le chevreuil. C'est toujours la nuit qu'ils partent pour une expédition guerrière. Ils pensent, dit un ancien chroniqueur, La Potherie ^, que, s'ils entraient en campagne le jour, l'ennemi, si éloigné qu'il fût, les découvrirait. C'est la c vision à distance », que certains de nos contemporains se targuent déposséder. Un fait curieux nous est rapporté par le même ancien voyageur. Suivant lui, les femmes et les filles des Peaux-Rouges du Canada se livraient aux hommes avant le commencement des hostilités, afm de leur donner du cœur, de les encourager à être à la fois braves et implacables. Au dire d'autres explorateurs de la même époque, de l'Escarbot, de Champlain, la férocité guerrière des Peaux-Rouges était aussi encouragée par la religion. C'était aux vaillants guerriers, à ceux qui avait tué ou brûlé un grand nombre d'ennemis, qu'étaient réservés les merveilleux territoires de chasse de la vie future, cette vaste prairie de l'autre monde où se promenait un peuple de buHIes et de chevreuils dont la chair avait un goût exquis et

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