‹ L'évolution de la morale; leçons professés pendant l'hiver de 1885-1886Chapitre 74 sur 330 · A. (l'OrbigDy, L*homme américaifit t. II, p. iii · texte numérisé non relu

A. (l'OrbigDy, L*homme américaifit t. II, p. iii

ite. Car, croyaient-ils, être mangé dans ce monde-ci par es chiens était un sûr moyen d'être traîné, une fois qu'on ;rait arrivé dans l'autre, par des chiens excellents *. D'autres squimaux d'Asie pensent, comme les Vitiens, qu'il est très ésirable de faire bonne figure dans l'autre monde et, pour ria, les vieillards koriaks et tchoutchis se font parfois tuer ar leurs enfants pour éviter la vieillesse*.

Lef: Iakoutes abandonnent aussi leur parents âgés, leurs lalades gravement atteints, dans des cabanes qu'ils leur onstruisent sur le bord d'une rivière. Ils leur laissent quelnés provisions et d'ordinaire ne s'en occupent plus ensuite.

Par cet effroyable côté de ses mœurs, l'homme primitif ontemporain reproduit trait pour trait celui d'autrefois, ^s écrivains de l'antiquité ont en effet recueilli un certain lombre de faits analogues à ceux que je viens d'énumérer. 'en citerai quelques-uns, car les concordances entre la prélisloire morte et la préhistoire vivante sont, pour nous, ^rticulièrement intéressantes.

.\udire de Platon, on avait, dans une certaine tribu sarde, acoutume d'assommer les vieillards à coups de bâton^ En faciriane, dit Strabon, on entretenait des chiens dits c enerreurs > dont la fonction était de dévorer les vieillards et es malades*. Le même auteur nous assure que c la mort la )lus enviable pour les Massagètes, c'était d'être, au terme le la vieillesse, haché menu avec d'autres viandes et mangé parles siens. Au contraire, quiconque mourait de maladie Nt regardé comme un impie, bon. seulement à servir de pilure aux bêtes fauves'^ >. Dans un autre passage, Strabon

î- Kotzebue, HUl. univ, des voyages, t. XVII, p. 392. î- Whymper, Alaska, p. 98.

3 PUlon, Timée.

*■ Strabon, t. XI, 3.

^- Ihid., t. XI, 6.

affirme encore que les Derbices de l'Asie septentrionale mangeaient tout individu ayant atteint soixante-dix ans.

Longtemps tous les faits de ce genre, relevés en assez grand nombre parles écrivains de l'antiquité, ont été réputés invraisemblables, légendaires. Mais aujourd'hui l'ethnographie les confirme indirectement, en enregistrant nombre de faits récents et identiques. D'ailleurs la férocité habituelle à l'homme primitif n'exclut pas toujours et partout certains sentiments humains. Chez les races, comme chez les individus, les contradictions morales ne sont pas rares. Ainsi les Néo-Zélandais, si sanguinaires et si cannibales, avaient pour les vieillards, du moins pour les hommes, de grands égards*. Toujours ils leur cédaient la place d'honneur dans les festins d'apparat; les jeunes gens les écoutaient avec respect; il arrivait même à des chefs d'entretenir des gens du peuple, uniquement à cause de leur grand Age*. Certaines tribus de Peaux-Rouges auraient, au dire de l'abbé Domenech, des mœurs analogues. Dans les wigwams des Selishs, par exemple les vieillards et les infirmes seraient traités avec beaucoup de considération ^

Ces faits sont exceptionnels. A ce titre même ils ont leur inléiêl. Ils nous montrent, que, tout en ayant, dans sa physionomie générale, une marche uniforme, l'évolution morale du genre humain comporte certains écarts. Ces exceptions nous apprennent encore,, que, dans la conscience de l'homme, les contrastes moraux les plus éclatants sont très possibles. Comment en serait-il autrement, puisque les penchants moraux ou immoraux résultent des fatalités mêmes de la vie sociale et des nécessités variables de l'existence?

11 importe aussi de noter qu'entre les diverses phases de

1. Cook, Deuxième voyage {Ilist. univ. des voyages, t. VII, p. 331).

2. Dumont-d'Urville, Uist. univ. des voyages, t. XVIII, p. 264.

3. Voyage pittorreique dans les déserts du nouveau monde, p. 512.

LÀ MORALE BESTIALE. Itv

révolution mentale, il ne saurait exister de hiatus : loîil se tient, s'enchaîne, s'engrène. Le passé imprègne toujours le présent, nous aurons trop d'occasions de le conslat'rr: mais aussi l'avenir est en germe dans le passé mènkf : rà eî !i on l'y voit poindre, s'y manifester par des tendances nouvelles, qui désobéissent aux antiques instincts, aux fér<>:es sujrjrestions des ancêtres. Plus d'une fois, je signalerai et jVssaierai d'analyser ces conflits moraux. Actuellement, j'ai à d»rcrire la cruauté de l'homme primitif, l'effroyable mépris qu'il fait de la vie humaine. Déjà j'ai passé en revue d'horriUes traits de mœurs, le cannibalisme, l'amour du carnage fK)ur le carnage lui-même. Je dirai encore, mais brièvement, combien l'homme primitif se soucie peu de la vie des enfants nés ou à naître et quel sort aftVeux il fait trop souvent i la femme.

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