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FAUTES D HARMONIE

La composition musicale contient un certain nombre de règles qui ont pour but de donner aux différentes parties de l'harmonie la marche la plus facile et la plus satisfaisante à l'oreille. Ces règles, à quelques exceptions près, doivent être strictement observées, pour ne pas commettre de fautes d'harmonie.

J'étudierai d'abord celles dont je n'ai point eu occasion de parler jusqu'ici dans cet ouvrage, et qui sont relatives smxsuites d'octaves^ de quintes, de quartes et aux fausses relations.

Octaves défendues. — Les octaves sont défendues, parce que deux parties marchant à Foctave se confondent en une seule, ce qui produit un amoindrissement dans l'harmonie, une sorte de vide qu'il faut éviter.

C'est surtout entre les parties extrêmes, parties aiguë et basse, celles qui frappent le plus l'oreille, que les octaves font mauvais effet, apprauvrissent et même annulent l'harmonie.

Entre les autres parties, la règle est moins rigoureuse. Ainsi, à l'orchestre, une partie est souvent confiée à plusieurs instruments, qui la traitent chacun à sa façon et selon sa nature, qui l'abandonnent et la reprennent, ce qui amène forcément des octaves.

Quintes défendues. — Faire marcher deux parties à la quinte l'une de l'autre, autrement dit, faire succéder deux quintes, c'est produire une impression dure sur l'oreille, c'est commettre une faute.

La quinte accuse fortement l'accord, dont

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elle est rintervalle constitutif par excellence.

La quinte représente l'état direct et caractérise par conséquent l'état de repos.

Ces deux raisons font rejeter comme défectueuse la succession suivante :

sol ut ut fa

où, malgré l'affinité des accords, il n'y a pas de mouvement dans l'harmonie, puisque les deux quintes n'expriment que deux repos successifs ;

Comme plus défectueuse encore la succession que voici :

sol la ut ré

où, de plus, les quintes accusent des accords sans affinité.

Les quintes, très dures dans les parties extrêmes, le sont moins dans les parties inter-

médiaires, mais là encore il faut les éviter, car elles ne cessent pas d'être entendues et elles seraient absolument proscrites si elles représentaient une succession d'accords vicieuse dans une harmonie liée.

On doit également s'en défendre, dans une phrase, quand une virgule les sépare, qu'elles ne font pas partie du même membre de phrase, et que par conséquent les accords ne s'enchaînent jDas, par la raison déjà dite que la quinte, intervalle de repos, est impropre à représenter le mouvement nécessaire à une phrase.

C'est précisément de ce caractère de repos que s'est admirablement servi Rossini, quand, au commencement du deuxième acte de Guillaume Tell, il a mis dans le petit chœur (en sol) à la cantonnade, une suite de quintes descendantes disposées en marche.

Ici, dans cette phrase religieuse et reposée, les quintes ne sont plus dures et l'ensemble en tire une grande suavité. En effet, pouvait-on mieux traduire que par line succession d'intervalles de repos, la lente disparition du jour et

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le calme de la nature aux approches de la nuit(l)!

Quartes. — La quarte ne représente pas l'état direct et par suite ne caractérise pas l'état d'équilibre ou de repos.

On admettra donc la succession suivante de sixtes, considérée comme une marche ou comme une suite d'accords de passage.

ut ré mi fa sol sol la si lit ré mi fa sol la si

suite représentant une progression ascendante de renversements de sixtes.

Mais la quarte ne peut être en évidence sur la basse, car, si la basse marchait en quarte avec une autre partie, on obtiendrait alors une

(1) Il faut remarquer que chaque accord caractérise ua membre de phrase « voici la nuit » et que par suite chaque quinte est séparée par une virgule.

suite de renversements de sixtes et quartes qui n'aurait aucun sens et serait ainsi fautive.

Ex. : mi fa sol la ut ré mi fa, sol la si ut

ou bien encore (sans progression) ; mi la

ut fa

sol ut

Fausses relations. — II. y a. fausse relation, quand l'altération d'une note ne se trouve pas dans la partie qui vient de faire entendre cette note non altérée. Ainsi, quand on a entendu dans une partie fa # et qu'on entend ensuite le fa 'q dans une autre, il y a là fausse relation, manque de lien dans l'harmonie. Il eût été plus logique et plus simple que la partie qui a fait fa # descendit par un demi-ton ^urlefa'q.

Les fausses relations sont très sensibles et

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très dures en harmonie liée, où tout doit être ordonné avec soin. Elles le sont moins entre accords qui ne se lient pas, dans une succession de cadences modulantes, par exemple.

Il n'y a pas fausse relation, quand la note qui va être altérée se trouve doublée ou répétée dans plusieurs parties et qu'une seule de ces parties fait l'altération descendante. Il ne peut du reste en être autrement, car les parties, en suivant la même marche, feraient des octaves.

Résolution des accords dissonants. — Quant aux règles de résolution des accords dissonants, qui font descendre la dissonance et monter la sensible, j'en ai donné la raison en traitant de la cadence conclusive, raison fondée — on se le rappelle — sur l'attraction du demi-ton. Ces règles sont les mêmes pour le mode mineur 'auquel s'applique, par motif d'analogie , tout ce qui concerne le mode majeur. Dans la cadence sol ut en mode mineur, fa descendra d'un ton sur mi b

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Préparation de la dissonance. — J'ai parlé également de la préparation de la dissonance, comme moyen de l'adoucir. Je rappellerai seulement ici que Ton prépare la dissonance des accords mineurs dissonants, afin d'atténuer le contact des doubles harmonies que ces accords représentent.

Ut dans réfadaiU, sol dans laut mi sol (1).

On n'a pas besoin de préparer la dissonance dans les accords dissonants naturels, parce que ceux-ci, portant des attractions tonales, font prévoir un mouvement d'une tonalité.

Ainsi on n'a pas besoin de préparer le fa, dans sol si ré fa.

Cependant il faut préparer la neuvième majeure (fe, dans sol si ré fa la et surtout l'accord incomplet vague si ré fa la)^ à cause de la dureté de la quinte ré la^ que ces accords contiennent ; mais la préparation n'est pas exigée pour les accords qui passent rapidement.

(1) De même, dans les combinaisons suivantes indiquant deux harmonies : ut mi sol si, fa la ut mi.

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On prépare enfin les retards mélodiques, pour soutenir leur durée, ou pour leur donner plus de douceur quand ils sont dissonants.

La préparation, en effet, n'est qu'un mode d'emploi de la note commune, si utile pour l'enchaînement de l'harmonie.

Les fautes d'harmonie se résument donc à l'emploi des octaves, quintes, quartes et fausses relations, et à l'inobservation des différentes règles relatives à la préparation et à la résolution des dissonances.

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