L'AMÉNAGEMENT DES VILLES
La concentration urbaine représente, dans le domaine démographique, le fait le plus saillant de la dernière moitié du xIx° siècle et des premières années du xx°. Quoi qu’en ait dit Jean-Jacques RoussEAU, qui prétendait que « les hommes n'étaient pas faits pour être entassés dans des fourmillières, et que les villes seraient le gouffre de l’espèce humaine », ce phénomène s’est révélé irrésistible, et a toujours coïncidé, d’ailleurs, avec le développement des civilisations. Son accentuation récente tient de plus à des raisons particulières à notre époque, qui ont été assez bien mises en valeur par M. CORNUDET (1) : «Le mouvement qui entraîne les populations rurales à déserter les campagnes et à venir chercher dans les villes des conditions plus rémunératrices, ou des plaisirs plus faciles, ou plus de bien-être, va en s’accentuant de jour en jour. Le chemin de fer, qui met les campagnes les plus reculées en rapport avec les villes et facilite la centralisation ; le service militaire qui y appelle et retient pendant quelques années les jeunes gens ; l’industrie, dont l’extension a pris des proportions inouïes grâce aux découvertes scientifiques, ont contribué sans doute à accélérer ce mouvement qui est général. »
(1) Rapport fait au nom de la Commission de l’Administration Générale de la Chambre, le 5 juin 1913 (Doc. Parl. Ch., page 916).
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Certes, la vie agglomérée permet de donner à l’homme des conditions d’existence dont le confort est incompatible avec la vie dispersée. Mais si le problème de l’aménagement des cités est relativement simple lorsqu'il s’agit d’une ville encore à créer, il est infiniment plus complexe lorsqu'il s’agit de l’amélioration des villes existantes.
Celles-ci ne sont pas fondées au hasard. Mais le plus souvent les raisons qui ont été déterminantes lors de leur naissance ont aujourd’hui perdu toute importance. M. Pierre LAVEDAN (1) classe les anciennes cités selon quatre types: les villes forteresses, les villes capitales, les villes sanctuaires ou universités, les villes d'industrie ou de commerce. Or, bien peu ont conservé à travers les âges leur rôle primitif, et souvent leur situation s'adapte mal aux nécessités modernes.
Leur emplacement une fois fixé, les cités se bâtissaient au gré de la fantaisie des particuliers. Bien rarement le législateur sut faire preuve d’assez de clairvoyance pour imposer des règles d'ensemble. Le plus souvent, il se laissa déborder par les événements ; et c’est seulement lorsque les circonstances Fy contraignirent qu’il se décida à intervenir. Cependant, avec les progrès de la civilisation se sont accrues nos exigences, que l’on peut, à la suite de M. CORNUDET, classer sous trois chefs principaux : circulation, hygiène, et esthétique urbaine.
Préoccupées de leur défense contre les agresseurs éventuels, les anciennes cités s’étaient entourées de remparts. Dans la limite de l’enceinte, l’espace était restreint. « Les habitations ne pouvant s’étendre aisément cherchaïient à empiéter sur la voie publique. Aussi celle-ci devenait-elle de plus en plus étroite et obscure à mesure que la ville
(1) Pierre LAVEDAN «Qu'est-ce que l’urbanisme ».