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taires, nous faisons savoir (juc toute atteinte portée au bien d'autrui, terres, bois ou prairies, tout acte de pillage, toute tentative de débauchage d'ouvriers, toute résistance contre les autorités et tous autres actes de rébellion, seront réprimés par la force armée avec la dernière rigueur. Les villages dont les habitants se sont permis des violences contre des habitations particulières, seront bombardés par l'artillerie, et les maisons détruites et incendiées. »
L' « Union des paysans » , dont il a été parlé plus haut, se réunit à Moscou à la fin de novembre 1905. On y condamna le pillage des domaines, mais on insista sur la nationalisation de la terre. On prit en même temps une résolution portant que les autorités qui violeraient les principes du manifeste d'octobre seraient déférées au jury.
A la suite des revendications de terres par les paysans, il se forma une ligue des propriétaires, qui tint une réunion secrète à Moscou et envoya une adresse au Tsar pour l'engager à conserver le pouvoir autocratique.
En même temps, on décida d'organiser une milice pour défendre les propriétés contre le pillage et l'incendie. Il en résulta, dans bien des cas, que le propriétaire ne pouvait plus retourner dans ses terres, par crainte de la vengeance des paysans. De leur côté, en beaucoup d'endroits, les paysans s'entendirent pour ne pas continuer à affermer les lots de terre ainsi pillés, qui n'avaient plus ni matéiiel ni habitations, afin que les propriétaires en perdissent entièrement le revenu.
Après la clôture du congrès des paysans, le 27 novembre, on arrêta les membres du bureau et quelques autres qui auraient poussé à la révolte ouverte contre le gouvernement.
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Le 25 novembre, une nouvelle grève avait éclaté à Moscou.
A la On de novembre, les employés des postes et télégraphes devaient tenir une réunion à Moscou; mais, malgré la promesse du droit de réunion contenue dans le manifeste d'octobre, non seulement ils n'o])tinrent pas du ministre de l'intérieur l'autorisation demandée, mais encore un certain nombre d'employés des postes furent révoqués.
Une grève générale des postes et télégraphes éclata alors le 30 novembre. Les conséquences de cette grève furent naturellement très graves et apportèrent de profondes perturbations dans la vie économique du pays. D'anciennes et solides maisons de commerce, à Odessa, par exemple, cessèrent leurs paiements.
Les légations étrangères se trouvèrent isolées du reste du monde et durent employer des courriers particuliers pour leurs dépêches. Le nouveau ministre de l'intérieur, Dournovo, recourut à des mesures violentes. Le 2 décembre, il fit arrêter quelques employés à Pétersbourg et en province, ainsi que les membres du comité d'organisation de la grève à Moscou. Le 9 décembre^ il publia^ en outre, un « ordre du jour » adressé aux agents des postes et télégraphes, dans lequel il les menaçait de destitution et de rigoureuses représailles. Des révocations et des arrestations suivirent, en effet; après quoi la grève s'éteignit peu à peu.
On avait arrêté en outre, à Pétersbourg, le 9 noveml)re, le président du Conseil des délégués ouvriers, Khroustalov-Nossar, accusé d'avoir pris part à l'organisation de la grève postale, et, le 16, on arrêta cent membres dudit Conseil, avec quelques autres appartenant à la direction de 1' « Union des Unions ».
Les ouvriers ayant élu de nouveaux délégués,
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ceux-ci furent arrêtés à leur tour le 19, à la suite de la publication d'un manifeste poussant à la révolte armée, au refus de l'imixH et au retrait des sommes placées dans les caisses d'épargne.
D'après des données officielles, à la suite de cet appel, 140 millions de roubles furent retirés de la caisse d'épargne en un très court espace de temps. Mais le ministre de l'intérieur continua les représailles. Le 15 décembre, en vertu d'une nouvelle loi temporaire sur la presse, huit journaux furent supprimés à Pétersbourg pour avoir reproduit le manifeste de la délégation ouvrière, et trois directeurs furent arrêtés : Hessen et Mdioukov pour le Svobodntj-Narod et Souvorine pour le journal Rouss. Ils furent cependant remis en liberté, après avoir déposé une caution de 10000 roubles chacun. Dans l'intervalle, entre le 28 décembre et le 6 février 1906, soixante-dix-huit journaux furent en outre supprimés et cinquante-huit directeurs arrêtés.
En même temps, on poursuivait l'organisation des « Bandes Noires » avec un zèle infatigable. On distribua parmi les troupes de la garde, à Pétersbourg, une feuille volante où il était démontré qu'on trompait le Tsar et que les « Vrais Russes » devaient le supplier de demeurer souverain autocrate, comme ses ancêtres. En même temps, le général Bogdanovitch, le zélé promoteur des « Bandes Noires », procurait à leurs délégués une audience auprès du Tsar. Cette audience eut lieu le 23 décembre, à Tsarskoé-Sélo.
Le docteur Doubrovine, président de la deputation, connu pour être l'actif inspirateur de Tassociation dite « Organisation de combat », adressa au Tsar les paroles suivantes, qui semblent, malgré tout, un peu étranges :
« Majesté ! l'Union du peuple russe vient à peine de
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se constituer qu'elle a déjà atteint un grand développement; dix mille Russes orthodoxes de toutes professions s'y sont affdiés et leur nombre s'augmente chaque jour de plusieurs milliers. Le peuple a compris que r« Union du peuple russe » s'est groupée autour de Toi, notre Tsar autocrate et notre Père, pour accomplir une grave et auguste mission. Ce peuple veut, ô Majesté, T'exprimer par notre bouche ses pensées profondes sur ce qui fait la force et la durée de l'Etat russe. Pour conserver cette force et cette durée, il faut, Majesté, que le pouvoir conféré à Ton aïeul .Michel Fédorovitch par le peuple russe reste immuable, que notre patrie demeure une et indivisible, et notre foi toute-puissante.
« Notre pays sera fort quand la liberté que Tu as accordée ne sera plus profanée par un groupe de malfaiteurs qui ont organisé le désordre et la révolte^ et qui détruisent le bonheur du peuple, inondant l'Empire du sang de Tes fidèles serviteurs. Il est impossible de vivre dans de telles conditions. Le moment est venu où il faut avoir recours à la force pour maintenir l'ordre social, la loi et la liberté.
« Nous nous offrons à Toi sans réserve, o Majesté, et ne craindrons pas de donner notre vie et nos biens, comme l'ont fait nos ancêtres, quand ils se sont dévoués pour la défense de Tes prédécesseurs. »
Après avoir terminé la lecture de son discours, Doubrovine remit au Tsar deux insignes de membre de l'Union, l'un pour le Tsar, l'autre pour l'héritier du trône. Un membre de la deputation ajouta : » Nous employons toutes nos forces à expliquer au peuple que la nouvelle constitution, publiée par Ta volonté, ne restreint en aucune façon Ton pouvoir autocratique. »
Le Tsar aurait répondu : « Remerciez en mon nom tous les Russes qui se sont groupés dans 1' « Union du
peuple russe ». Bientôt le soleil de la vérité et de la justice éclairera la terre de liussie et alors tous les doutes s'évanouiront. »
On nomma gouverneur de Moscou le général Doubasov. A la réception ofûcielle qui eut lieu le jour anniversaire de la naissance du Tsar, le 19 décembre 1905, le général déclara publiquement qu'il était venu à Moscou pour extirper entièrement tout ce qui se dressait contre l'autocratie, qu'il ne reculerait devant rien, et que son but était d'organiser les forces restées fidèles au pouvoir autocratique.
Mais de semblables mesures ne pouvaient que pousser les révolutionnaires à de nouveaux efforts. Une troisième grève générale fut proclamée à Moscou le 20 décembre ; les agents des chemins de fer de la région se joignirent au mouvement, excepté ceux de la ligne de Moscou à Pétersbourg, dont la gare fut occupée par lartillerie. La journée du 21 se passa dans le calme, mais on opéra une masse darrestations. Le soir, un grand meeting, auquel assistaient dix mille personnes, se tint au théâtre de l'Aquarium. On y fit savoir que lïnfanterie resterait passive et on protesta contre les mesures du gouverneur général. La police cerna le local et les assistants furent fouillés à la sortie; mais les meneurs et leur milice armée s'échappèrent par des portes de derrière. Les grévistes exigèrent la fermeture des boutiques. Le lendemain, des scènes sanglantes se déroulèrent dans les rues; un meeting ouvrier de cinq cents personnes se tint à l'école Fiedler, et les rues adjacentes furent barrées par des barricades, formées principalement de fils de fer, afin d'empêcher la cavalerie d'avancer.
L'école fut alors bombardée par l'artillerie, et, après qu'elle eut éprouvé de sérieux dégâts, les ouvriers se rendirent.
A la suite de ces événements, les meelin^ïs cessèrent et les révolutionnaires passèrent à la révolte ouverte. Les jours suivants, un feu nourri de mitrailleuses balaya principalement le boulevard de ïver et les abords de la gare Nicolas, dont les ouvriers cherchaient à s'emparer. Le gouverneur général délibéra avec les autorités et accepta l'oll're de former une milice, que lui faisait le président de 1' « Union des vrais Russes » de Moscou, le prince Ghtcherbatov. On publia en même temps une ordonnance défendant aux habitants de sortir après neuf heures du soir et rendant les propriétaires responsables de ce qui se passerait dans leurs maisons.
La police trouvait-elle des armes dans une maison, le propriétaire était frappé d'une amende de 3 000 roubles, et si quelqu'un tirait par la fenêtre, ordre était donné de tirer le canon sur la maison.
Environ deux cents maisons furent ainsi plus ou moins endommagées. La grande imprimerie Sytine, notamment, fut complètement détruite, après avoir été par surcroît incendiée.
Les révolutionnaires étaient divisés en trois brigades distinctes, composées chacune dun millier d'hommes environ. Ils édifiaient leurs barricades, les défendaient en tirant des maisons voisines et disparaissaient vivement à l'approche de la troupe.
Les premiers jours, on avait consigné dans leurs casernes du Kremlin les régiments de grenadiers, qui n'avaient pas paru très sûrs.
Parmi la garnison de Moscou, qui s'élevait à peu près à six mille hommes, on employa tout d'abord contre les révolutionnaires les dragons et l^artillerie, mais aussi des Cosaques, en plus des troupes appelées de Tver.
Le 26, on se décida à faire sortir les grenadiers, qui
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maintenant ne refusaient plus de « travailler », et qui se montrèrent au contraire aussiardents que les autres.
Les morts et les blessés se chiffrèrent par milliers. Beaucoup, dans le nombre, n'avaient pas pris part à l'émeute et avaient été tués par les soldats pour cette seule raison qu'ils traversaient la rue; il y avait parmi eux des femmes et des enfants.
Néanmoins, le gouverneur général ne permit pas aux particuliers d'installer des ambulances dans leurs maisons. Le 27 décembre, les troupes étaient exténuées et la fusillade se ralentit.
La longueur totale des barrages de fd de fer aurait, dit-on, atteint plusieurs kilomètres, et la partie de la ville occupée par les révolutionnaires, sur sa ligne de démarcation d'avec la partie occupée par les troupes, aurait eu une étendue d'environ 10 kilomètres.
Le 28 décembre, il se produisit une tri've. Le comité révolutionnaire avait été arrêté; les barricades avaient été abandonnées et le travail avait repris dans une partie des fabriques.
Le 29, arriva de Pétersbourg le régiment de la garde Séménovski, sous le commandement du colonel Mine.
Les ouvriers révolutionnaires s'étaient repliés dans le faubourg de Présnia et s'étaient retranchés dans la fabrique de Prokhorov, mais ils se rendirent au nombre de quatre cents, après que Tartillerie eut détruit l'étage supérieur de la fabrique.
Un autre groupe, en suivant la voie ferrée, avait pénétré dans la gare de Pérovo. A l'arrivée du régiment de la garde Séménovski, les ouvriers prirent la fuite.
Deux d'entre eux, dénoncés par la police, furent réclamés par l'autorité militaire; ils furent livrés et fusillés séance tenante. D'autres ouvriers furent ensuite
fusillés ou tués à coups de baïonnette ou de crosse de fusil. Un combat eut lieu encore à une autre station de chemin de fer; la gare fut occupée par le régiment de la garde Séménovski, sous les ordres du colonel Rieraann, du capitaine Sievers et d'autres officiers, et la petite agglomération industrielle fut cernée. On commença les perquisitions : sur un homme fouillé par la troupe, on trouva un revolver; il fut fusillé sans autre forme de procès. Vingt-deux personnes au total furent arrêtées, puis fusillées l'après-midi, après avoir été enfermées plusieurs heures dans un wagon de chemin de fer.
En dehors de celles qui périrent au cours de l'insurrection, une soixantaine de personnes auraient été exécutées parle régiment Séménovski; on fusilla entre autres deux vieux employés de chemin de fer et le mécanicien Oukhtomski qui, avec sa locomotive, avait sauvé une partie des meneurs de la révolte de Moscou. Pendant les deux semaines que le régiment passa à Moscou pour cette expédition, il n'eut que trois hommes tués et cinq blessés. A son retour à Pétersbourg, le colonel Mine fut promu au grade de général de brigade et attaché à la suite du Tsar.
Les ouvriers de Pétersbourg tentèrent aussi de réaliser la grève générale qui avait amené l'insurrection de Moscou. Le travail fut arrêté dans les fabriqués, le 21 décembre. Le lendemain et les jours suivants, des collisions se produisirent entre les ouvriers et la troupe. Mais, par suite d'arrestations en masse, de perquisitions domiciliaires, dont le nombre atteignit seize cents en quinze jours, et faute d'avoir trouvé un appui dans l'opinion, qui considérait les revendications ouvrières comme utopiques, cette troisième grève, comme celle de novembre, ne put se soutenir longtemps. Il en fut de même en province en divers
endroits. Le gouvernement usa aussitôt de représailles. C'est ainsi que l'état de siège fut de nouveau déclaré en Pologne le 25 décembre 1905.
Un oukaze du 30 octobre avait fait certaines concessions au sujet de l'emploi de la langue lithuanienne dans les réunions et discussions privées, à la suite d'une campagne acharnée menée durant une année entière contre les maîtres d'école, le clergé et les fonctionnaires russes.
A la tcte du mouvement, marchaient le clergé catholique et les grands propriétaires polonais.
En novembre, les troubles commencèrent par l'expulsion des fonctionnaires russes et le désarmement de la police et des gendarmes. Des meurtres isolés de policiers se produisirent aussi, ainsi que des collisions avec la troupe. Après que la garnison de Kovno eut été notablement renforcée, les désordres cessèrent.
Au Caucase et dans les Provinces Baltiques, au contraire, les choses avaient été poussées à l'extrême. D'après le rapport du comte Vorontsov-Dachkov, gouverneur du Caucase, en date du 7 janvier 1906, en raison de l'éloignement de cette province et à la suite de la grève des postes et télégraphes, qui avait cessé dans l'intervalle, le mouvement révolutionnaire avait été partout en augmentant. En Transcaucasie, les révolutionnaires s'étaient emparés du chemin de fer. A Tiflis, tout commerce était suspendu. Le mouvement agraire, qui avait pour ainsi dire cessé, reprit avec une nouvelle ardeur. A Elisavetpol, les conflits entre Arméniens et Tatars continuaient. Dans le Caucase septentrional, par contre, toutes les gares étaient occupées par les troupes et les meneurs grévistes lurent arrêtés.
Le 8 janvier, les choses en étaient arrivées à ce point, à Tiilis, qu'on dut employer le canon, après
qu'une horde de plusieurs milliers de Tatars se fut mise en marche contre la ville, et que le gouverneur se fut vainement adresse' aux ouvriers social-démocrates, aussi bien arme'niens que tatars, pour quils détournassent de leur dessein les Tatars qui avançaient.
Mais, au bout de quelques jours, le calme était revenu dans la ville et la circulation des trains avait repris, bien qu'avec difficulté, une partie des stations se trouvant encore entre les mains des Tatars. La ville de Batoum était entièrement au pouvoir des révoltés, ainsi que la Géorgie, la Mingrélie, l'iméréthie et TAbkhazie. Une «i République du Caucase du Nord » avait été proclamée au milieu de décembre et se maintint jusque vers la mi-janvier. Les premières expéditions militaires envoyées dans ces régions échouèrent, mais finalement, dans les derniers jours de décembre, la population fut forcée de se soumettre.
Dans les Provinces Baltiques, la haine de la population indigène contre les propriétaires de domaines allemands était déjà d'ancienne date. Quand les Lettons cultivés commencèrent à revendiquer leurs droits nationaux, ils se joignirent secrètement au mouvement révolutionnaire russe.
La noblesse allemande, par contre, avait de bonne heure assumé un rôle dirigeant dans l'autocratique Russie. Au point de vue de la culture intellectuelle, elle avait élevé les Provinces Baltiques bien au-dessus du niveau général de la Russie. Mais lorsque, sous Alexandre III, commença la russification des Provinces Baltiques, la noblesse resta isolée des autres classes et se plia extérieurement au nouvel état de choses.
Quand vint enfin le grand mouvement libéral, qui prit une nuance fortement socialiste, les propriétaires durent chercher leur salut dans l'autocratie russe et
firent cause commune avec l'ancien régime contre le mouvement rural letton.
Après le manifeste doctobre, que n'avait pas suivi la suppression de l'état de siège, des troubles avaient eu lieu continuellement, et bientôt la révolte des paysans prit un caractère si violent qu'une partie des propriétaires s'enfuirent, et que les autres s'adressèrent au gouverneur général, en lui demandant d'envoyer des troupes pour les protéger.
Le 1" décembre, une réunion des représentants de toutes les communes lettonnes se tint à Riga. Dans cette réunion, à laquelle prirent part mille cinq cents personnes, on vota une motion décidant de déposer les fonctionnaires actuels des Provinces Baltiques et de les remplacer par des comités élus, qui devaient être subordonnés à une assemblée de représentants lettons siégeant à Riga et destinée à devenir la plus haute instance de la « Répu])lique lettone » . On décida de cesser tout paiement dïmpôts au Trésor impérial, ainsi que les redevances aux propriétaires allemands. Tout le mouvement insurrectionnel était mené par un seul homme, connu sous le nom de Maxime et qui semblait déployer un incontestable talent dans ce rôle.
Les paysans mirent bientôt ces décisions à exécution. Ils désarmèrent la police et les gendarmes, destituèrent les pasteurs allemands, les chefs de districts et autres fonctionnaires russes, et en élurent d'autres à leur place. Les débits d'eau-de-vie furent fermés, et tout l'argent qu'on trouva servit à la révolution. On réquisitionna de force cliez les propriétaires des armes et de l'argent.
Pendant la première moitié de décembre, un groupe de propriétaires s'étaient réfugiés avec leurs familles au château de Römershof, par peur des nombreuses bandes de paysans qui parcouraient la région. Ce
groupe se composait de vin^t hommes, dont six sujets allemands, dix dames et quelques enfants, tous venant de la région de la Dvina. Us avaient pour escorte trois ofticiers et cent dragons, mais il fut bientôt évident que Römershof n'offrait pas assez de se'curité, et ils résolurent de tâcher de parvenir jusqu'à Riga. Arrivés près du domaine de Lennewarden, ils rencontrèrent une troupe de plusieurs milliers de paysans bien armés. Une fusillade éclata, un officier fut blessé et les dragons se dispersèrent, après qu"un grand nombre d'entre eux furent restés sur place. Les propriétaires et leurs familles se réfugièrent dans une grange et entamèrent des négociations avec les paysans. On convint qu'il serait permis à la troupe de s'éloigner après avoir brûlé ses cartouches, et que le chef de district et le commissaire de police, qui étaient dans le groupe, seraient livrés aux paysans.
Les propriétaires furent désarmés et conduits à Lennewarden, où ils furent gardés jusqu'au lendemain matin. On mit alors en liberté les femmes et les enfants, mais on conduisit les hommes au château de Kokkenhusen, où on les enferma dans la cave. Le lendemain, des forces militaires munies d'artillerie étaient en marche. Les paysans envoyèrent en parlementaires l'officier blessé et le chef de district. Sur le conseil de ceux-ci, les troupes se retranchèrent et attendirent des renforts. Tout à coup, les paysans mirent en liberté les propriétaires, qui arrivèrent enfin à Riga.
Le 12 décembre, parut un décret ordonnant que la Gourlande, la Livonie et lEsthonie formeraient temporairement un gouvernement général. On nomma aux fonctions de gouverneur général Sologoub, qui arriva à Riga le 31 décembre, après que dimportants renforts de troupes eurent pu enfin parvenir jusque-là.
La ville de Tukkum, en Courlande, qui était un des principaux centres d'importation clandestine d'armes, était complètement aux mains des insurgés. Le gouverneur général Bœckmann y envoya huit compagnies d'infanterie, deux escadrons de cavalerie et une batterie d'artillerie. La cavalerie fut logée dans un hôtel situé au milieu de la ville. Pendant la nuit du 13 décembre, les insurgés en barricadèrent toutes les issues et mirent le feu à l'hôtel, et presque tous ceux qui s'y trouvaient enfermés périrent.
Le lendemain, l'infanterie cerna la ville, et l'artillerie lança quelques obus des hauteurs environnantes. La ville fut informée en même temps qu'elle serait bombardée au cas où les insurgés ne déposeraient pas les armes. Il y eut, de part et d'autre, un grand nombre de morts et de blessés.
A Windau, deux compagnies d'infanterie furent encore menacées d'être anéanties si elles ne déposaient pas les armes. Mais, quand le gouverneur général eut fait savoir que la ville serait bombardée par un vaisseau de guerre, si l'on empêchait les troupes de sortir, les insurgés leur laissèrent libre passage.
A Talsen, l'arsenal fut pillé le 48 décembre, et les insurgés de la ville, renforcés par des fuyards de Tukkum, opposèrent, les jours suivants, aux troupes une résistance acharnée. Après un court bombardement, celles-ci pénétrèrent dans la ville, mirent le feu aux maisons dans lesquelles les insurgés s'étaient retranchés, et tuèrent les fuyards; il y eut sept cents morts et blessés, sans compter ceux qui périrent brûlés.
Un grand nombre de trains militaires furent détruits par des explosions de dynamite, si bien que les envois de troupes devinrent difficiles. On envoya néanmoins de Pétersbourg des « expéditions de répression » , dont Tune opérait dans la région de Walk, sous le com-
mandement du général Orlov, qui se signala tout particulièrement.
Beaucoup de gentilshommes des Provinces Baltiques, qui étaient d'anciens officiers et qui faisaient encore partie de la réserve, furent commandés pour prendre part à ces expéditions. Le 31 décembre, le gouverneur général pouvait annoncer que la voie du chemin de fer était occupée de Riga à Römershof, que les autorités étaient réinstallées à Jakobstadt et que la grève avait cessé à Dunabourg (Dvinsk).
Toutefois, avec l'arrivée des « expéditions de répression », la révolte prit un caractère de plus en plus acharné. Agents de police, gendarmes étaient assassinés partout où on les rencontrait, et, même en plein jour, des attaques se produisaient dans les rues de Riga, ayant ordinairement pour but de voler de l'argent. Une milice d'Allemands se forma pour défendre la vie et les biens des particuliers. Les propriétaires qui hébergeaient les détachements de troupes étaient menacés de mort, et plus d'un fut fait prisonnier et gardé comme otage.
A Dorpat, une grève, qui amena des collisions avec les troupes, éclata le 25 décembre 1905, après l'arrestation des délégués des communes esthoniennes.
Les troubles s'étendirent aux campagnes, et quelques domaines furent pillés. En Esthonie, les agressions des paysans prirent un caractère de brigandage plus marqué qu'en Livonie et en Gourlande, où le mouvement avait une tendance politique plus accentuée.
Le 29 décembre, une bande de paysans armés arrivaient au domaine de Penningby et sommaient le propriétaire de leur remettre ses armes et de leur payer 200 roubles. Après avoir obtenu ce qu'ils désiraient, ils s'éloignèrent, mais ils revinrent le 2 janvier au soir. Lorsque le propriétaire du domaine, nommé Baranov, sortit pour leur parler, il fut frappé dune balle à la
tempe. Il eut encore la force de faire quelques pas et de rentrer chez lui, mais les paysans l'en arrachèrent et l'achevèrent sous les yeux de sa femme et de son enfant. La maison fut incendiée après avoir été pillée. La famille dut s'enfuir le lendemain^ après une nuit d'horreur passée dans les bois.
En Esthonie, quatre-vingt-dix-huit domaines furent plus ou moins complètement dévastés. En Livonie et en Gourlande, où le mouvement insurrectionnel était le plus intense, beaucoup de propriétés d'une valeur souvent considérable furent pillées et incendiées. C'est ainsi que fut brûlé, le 5 janvier, le plus ancien château des Provinces Baltiques, Neuenbourg, construit en 1301 . Il appartenait à un membre de la famille Von der Recke. Là aussi, les propriétaires furent tués, entre autres le baron Hillesen, dans la région de Mitau.
Les Allemands qui faisaient partie de la milice se réunirent alors dans les domaines qu'on n'avait pas encore pillés, et, à la moindre peccadille de la part des paysans, telle que bris de vitres, etc., ils faisaient aussitôt venir la force armée.
Le 6 janvier, un détachement de cette miUce,fort de quinze hommes, se trouvait au domaine de Kabbal, en Livonie. On les informa que quarante révolutionnaires se mettaient en marche. Les Allemands allèrent à leur rencontre, étendirent aussitôt trois meneurs sur le carreau, en tuèrent encore deux, en blessèrent quinze et en firent prisonniers quatorze. Le lendemain, ils entreprirent une razzia dans la région et s'emparèrent encore de cinq blessés qu'ils firent prisonniers. Personnellement, ils n'avaient éprouvé aucune perte. Dixsept chariots, chargés de riche butin pillé dans les domaines, tombèrent entre leurs mains. Le lendemain, la troupe arriva à Kabbal et jugea les prisonniers. Les ' expéditions de répression » ne connaissaient d'autres
sanctions que la peine de mort et des contributions de guerre infligées aux villages.
La circulation des trains fut enfin rétablie sur la ligne de Mitau à Liban, et, le 10 janvier 1906, le gouverneur annonça officiellement que les autorités étaient restaurées à Talsen et Windau, que la tranquillité était revenue à Walk, que Lemsal avait été pris par Orlov et que le mouvement révolutionnaire en Esthonie avait été réprimé en grande partie par les bataillons de marine envoyés de Pétersbourg.
En Livonie, la pacification fit d'assez grands progrès, mais, en Courlande, les autorités ne furent réintégrées dans les districts ruraux qu'à la fin de janvier. Longtemps encore après, de nombreuses exécutions furent faites par les troupes, d'après les listes de proscription qui avaient été dressées, mais sans que le calme fût par là ramené.
En Sibérie enfin, il se produisit également des grèves et des désordres. A Vladivostok, une nouvelle sédition militaire éclata le 23 janvier, après que l'ancien commandant eut été remplacé par le général Sélivanov. qui prit des mesures violentes.
Sélivanov fut blessé dans une attaque et, après que le commandement eut été repris par un autre chef en qui les soldats avaient déclaré avoir confiance, le calme fut rétabli.
La grève des chemins de fer de Sibérie fut par contre si sérieuse que, longtemps, Tarmée de Mandchourie vit ses communications coupées avec Saint-Pétersbourg.
Le général Mœller-Zakomelski reçut l'ordre de rétablir la circulation des trains. Il procéda sans aucune pitié, et un massacre eut lieu aux stations de Krasnoïarsk, Elanskaïa.etc, auquel succédèrent des exécutions dans le iienrc de celles des environs de Moscou.