LE MILIEU DOGMATIOLE ET I ES ÉLÉMENTS DU DOGME
vèrent en lui la satisfaction de tous leurs besoins religieux et, promptement, ils l'adoptcreut en grande majorité. Lavantage pratique qu'ils voyaient à s'assimiler aux vainqueurs arabes, en devenant musulmans, n'aurait pas suffi à les détourner d'une foi profondément dogmatique, plus qu'il n'a suffi à faire apostasier les populations balkaniques placées sous la domination turque; mais il put se monlrer efficace pour orienter leurs réflexions et ils découvrirent qu'entre leur christianisme et l'islam, il existait bien plus d'affinités qu'ils n'auraient cru dabord.
Alors que le Maghreb romain se montrait si profondément étranger au besoin dogmatique véritable, l'Egypte avait été. durant plus de trois siècles, la patrie d'élection des spéculations les plus profondes, acceptées par la grande Église et aussi celle des hérésies les plus vertigineuses. Dans Alexandrie avaient enseigné Clément, Origène, Denys, Athanase, comme les grands gnostiques, Basilide, Valentin, Carpocrale et son fils Epiphane. Le dogmatisme avait trouvé là un milieu favorable; et, en vérité, cet élément est encore plus important, touchant la naissance du dogme, que l'aptitude dogmatique de tel ou tel groupe ethnique. Je m'explique.
Un dogme peut toujours être considéré sous deux aspects; on peut rechercher d'où vient la proposition de foi qu'il renferme, et, d'autre part, comment s'est constituée la formule qui l'exprime; en faussant légèrement le sens d'une expression théologique, je
dirai qu'il a sa matière et sa forme. La matière d'un dogme sort de la foi et point n'est besoin que cette foi-là soit éclairée; il suffit qu'elle soit ardente; la logique ne lui donne point de souci et elle ne cherche que sa propre satisfaction dans les affirmations, nettes de tendance et vagues de forme, qu'elle tire d'ellemême. Prenons un exemple. Dès le lendemain de la mort de Jésus, ses disciples ont eu tendance à l'élever au-dessus de l'humanité et ils ont dit que l'esprit de Dieu l'avait animé, ce qui suffisait pour faire de lui un grand prophète et même le Messie attendu; puis, un peu plus tard, afin de le singulariser mieux parmi les prophètes, les fidèles, ont cru que l'Esprit l'avait engendré, qu'il était né d'une vierge; puis, plus tard encore, qu'il était vraiment le Fils de Dieu et Dieu lui-même. Or, par rapport à la mentalité juive du temps de Jésus, et à la sienne propre, ces deux dernières propositions tombaient dans l'extravagance pure, d'autant plus qu'en les avançant, la foi chrétienne ne renonçait ni au monothéisme le plus intransigeant, ni à la négation la plus tenace de l'anthropomorphisme de Dieu. Contraires inconciliables au premier abord? Evidemment; mais la foi vivante ne s'embarrasse pas de difficultés de ce genre. Du jour où elle faisait de Jésus plus qu'un homme, elle ne devait point larder, par le simple développement de sa tendance initiale, à l'imaginer comme un Dieu; finalement, à croire qu'il était Dieu. Des Juifs ne seraient jamais allés jusque-là et, de fait, nous savons qu'il subsista longtemps, par delà le Jourdain, des communautés judéo-chrétiennes qui se refusaient obstinément à voir dans le Christ plus qu'un homme extraordinaire; tout au plus, certaines d'entre elles