LES FORCES RÉGULATRICES OE L*0R0ÂNI8ME
Alors même qu'on assimilerait aux forces physicochimiques les forces vitales manifestées par les êtres vivants, il faudrait bien reconnaître que les choses se passent cependant comme s'il existait des forces d'un ordre tout à fait particulier destinées les unes à régulariser les fonctions des organes, les autres à diriger leurs formes. Il faut bien les désigner par un nom, quoiqu'elles ne soient vraisemblablement qu'une synthèse d'actions très diverses, non dissociées encore ; nous appellerons forces régulatrices les premières et forces morphogéniques, c'est-à*dire génératrices des formes, les secondes.
Malgré les efforts de milliers de travailleurs, la physiologie n'a rien pu dire de la nature de ces forces. Elles a'ont pas d'analogies avec celles qu'étudie la physique.
Les forces régulatrices agissent comme si elles veillaient au bon fonctionnement de la machine vivante, réglant la température, maintenant la constance de composition du sang et des sécrétions, limitant les oscillations des diverses fonctions, adaptant l'organisme aux changements du monde extérieur, etc. Elles dominent souverainement cette région de la vie inconsciente qui constitue la partie tout à fait prépondérante de Texistence des êtres. Le philosophe peut les nier, mais le physiologiste qui les voit incessamment agir ne les conteste guère. Il admet généralement, avec Claude Bernard, « des
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principes directeurs qui dirigent les phénomènes qu'ils ne produisent pas et des agents physiques produisant des phénomènes qu'ils ne dirigent pas ».
Ces actions directrices réelles ou apparentes avaient fait admettre autrefois l'existence d'agents immatériels, âme ou principe vital, indépendant du corps et pouvant lui survivre. Ce n'est pas en réalité une seule âme directrice qu'il faudrait alors supposer, mais beaucoup d'âmes, car la vie d'un individu nous apparaît comme la somme de petites vies cellulaires, en nombre presque infini, remplissant chacune des fonctions très différentes.
Grâce à ces forces directrices la nature enferme chaque organe dans les cadres qu'elle a tracés, et les y ramène sans cesse, avec ces deux grands ressorts de toute l'activité des êtres : le plaisir et la douleur.
Les forces régulatrices se présentent avec ce caractère particulier d'être conditionnées par un long passé ancestral et de se modifier à chaque génération. La plus modeste cellule, une amibe, un globule de protoplasma sont chargés de passé. C'est à lui que doivent être attribuées les variétés de réactions des êtres vivants sous l'influence des agents extérieurs. Dans un acte vital quelconque, et il faut comprendre bien entendu les manifestations psychiques parmi eux, nos ancêtres agissent autant que nous-mêmes, mais comme leur nombre est immense, il existe dans chaque être des possibilités d'actions dépendantes d'excitants capables de les faire surgir. Beaucoup d'aïeux parlent en nous; mais, suivant les circonstances extérieures, ils ne sont pas également entendus ^
1. Le lecteur trouvera une application de cette théorie aux personnages de la Révolution dans mon ouvrage : Les Lois psychologiques de l'évolution des peuples.
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Et c'est justement cet énorme passé dont est saturée la moindre cellule qui rend si illusoires toutes nos tentatives pour créer de la matière vivante.
« Créer la substance vivante^ écrit M. Gaston Bonnier. Gomment Tespérer un instant dans l'état actuel de la science ? Lorsqu'on pense à ce qu'il y a de caractères accumulés, d'hérédité, de devenir compliqué dans un fragment de protoplasma vivant.
<( Si l'on songe que le développement d'un animal supérieur, ses transformations successives à l'état embryonnaire en protozoaire, en ver, en poisson muni de branchies, arrivant à produire un mammifère, un homme, cet ensemble de formes futures se trouve en puissance dans un fragment microscopique de substance vivante initial ! Si l'on réfléchit que cette réminiscence des ancêtres lointains, cette hérédité acquise pendant des milliards de siècles, tout cela existe dans cette minuscule gouttelette de protoplasma ! on comprend alors le sens de cette vérité : il n'est pas plus difficile de créer d'emblée un animal vivant, un éléphant par exemple, que de créer une parcelle de matière vivante.
« Lorsque l'homme aura résolu ce dernier problème, il sera devenu plus créateur que le Créateur, plus fort que la Nature entière, plus puissant que l'Univers infini. »
§ 4. - LES FORCES MORPHOQÉNiaUES.
L'acquisition d'une forme spécifique appartient aussi bien aux minéraux qu'aux êtres vivants puisque les premiers peuvent revêtir des contours géométriques caractéristiques de chacun d'eux. Nous avons déjà étudié leur genèse en parlant dans notre précédent ouvrage de la vie des cristaux.
Mais ces substances du monde minéral ne repré-