‹ L'évolution des forcesChapitre 104 sur 116 · LES FORCES HANIFESTÉBS PAB LES ÊTRES VIVANTS · texte numérisé non relu

LES FORCES HANIFESTÉBS PAB LES ÊTRES VIVANTS

sentent qu'une vie très inférieure, figée en quelque sorte dans Tinvariabilité de la forme, et il n'y a que de très lointaines analogies entre la vie d'un animal qui assimile et désassimiile constamment et Timmobilité du cristal. Il ne représente pas pour la matière une forme vivante, mais seulement un terme ultime de la vie.

Le milieu fournit à l'être vivant la matière dont il se compose, les énergies qu'il dépense, les excitants qui le mettent en jeu. Toutes ces conditions extérieures peuvent modifier sa forme mais agissent sur un fonds vital qu'elles ne sauraient créer. Jusqu'ici la vie seule a pu créer la vie. Qu'elle ait pu naître spontanément à l'aurore des &ges géologiques sous l'influence d'actions inconnues, cela est fort probable, car il a bien fallu que la vie commence, mais nous ne pouvons dire pourquoi elle commençait nous ne saurions la recommencer.

L'être vivant jouit donc seul de la propriété d'engendrer une substance analogue à la sienne et possédant les mêmes formes. Chaque cellule, et souvent même chaque organe, possède le mystérieux pouvoir de créer des formes qui leur sont semblables. Chez les êtres inférieurs, chaque partie de l'animal coupé en morceaux refait la partie lésée. Chez des animaux à organisation déjà élevée, tels que les tritons et les salamandres, un membre coupé, un œil arraché, renaissent bientôt.

On voit mieux en remontant à l'origine même de chaque être vivant, c'est-à-dire à la cellule d'où il dérive, le côté inexplicable des forces morphogéniques. Cette cellule primitive subira, grâce à elles, la série de transformations qui la conduiront à former un arbre, un oiseau, une baleine ou un homme. Elle contenait donc en puissance toutes les formes qui sortiront d'elles et évolueront toujours d'une même façon pour chaque espèce.

De telles forces sont, comme le fait observer très justement Dastre, « les plus réfractaires, les plus inaccessibles aux explications physico-chimiques ». Gomment expliquer, dit-il, « cet insondable mystère qui fait que la cellule œuf, attirant à elle les matériaux du dehors, arrive à édifier progressivement l'étonnante construction qu'est le corps de l'animal, le corps de rhomme ».

Tous nos essais d'interprétation d'un tel phénomène sont si parfaitement misérables qu'il vaut mieux renoncer à en formuler. L'éminent physiologiste que je viens de citer ne manque pas de l'indiquer : « Les naturalistes se paient de mots : ils parlent d'hérédité, d'adaptation, d'atavisme comme si c'étaient des êtres réels, actifs et efficients, tandis que ce ne sont que des appellations, des noms qui s'appliquent à des collections de faits. »

Ces termes d'adaptation d'hérédité, etc., ne sont pas cependant des mots tout à fait vides si on les emploie pour traduire simplement des faits d'observation au lieu de les considérer comme des explications. Ils disent simplement que des forces totalement inconnues el dont la nature ne peut même pas être soupçonnée, obligent la cellule primitive d'un être à devenir un animal ou une plante et à léguer aux êtres dérivés d'elle les changements subis sous des actions diverses telles que celle du milieu. La cellule possédant de pareils pouvoirs on conçoit que, dans l'immense déroulement du temps aient pu se succéder des formes adaptées à toutes les variations du milieu. 11 semblerait qu'avec un fonds vital commun, sorte d'argile des êtres, la nature se soit essayé à d'innombrables combinaisons dont quelques-unes seules pouvaient survivre. Nous en retrouvons aujourd'hui dans les débris géologiques qui semblent des fantaisies d'artistes hantés par des visions démoniaques. Tels sont, par exemple, le gigantesque diplodocus qui res-

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