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LES EXPLICATIONS MÉCANIQUES DE L'UNIVERS

Ce qui précède laisse facilement pressentir combien doit être fragmentaire et par conséquent insuffisante l'explication dernière des phénomènes que la mécanique nous propose.

Ils ne sont pas naturellement arrivés à une telle conclusion les défenseurs de la doctrine qui prétend tout expliquer au moyen des équations du mouvement. Nullement arrêtés par le simplisme de leurs concepts^ persuadés que les lois des phénomènes étaient enfermées dans leurs formules, ils n'ont connu ni la défiance, ni les incertitudes et crurent avoir bâti pour l'éternité un édifice d'une imposante grandeur. i .

Pour la majorité des savants cette belle confiance dure encore. Le professeur Cornu s'exprimait au Congrès de Physique de 1900 de la façon suivante :

« L'esprit de Descartes plane sur la physique moderne. Que dis-je, il en est le flambeau; plus nous pénétrons dans la connaissance des phénomènes naturels, plus se développe et se précise l'audacieuse conception cartésienne relative au mécanisme de l'univers. Il n'y a dans le monde physique que de la matière et dUimouvement ».

Au moment même où furent prononcées ces paroles, l'édifice classique se sillonnait de crevasses profondes. Pendant que les mathématiciens établissaient des formules, les physiciens faisaient des expériences et ces expériences cadraient de moins en

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moins avec les formules. Ces discordances ne gênaient pas beaucoup d'ailleurs les premiers. Dès que les équations ne correspondaient plus aux expériences ils les rectifiaient en supposant Tintervention de « mouvements cachés » échappant complètement à l'observation. Le procédé était évidemment ingénieux mais évidemment aussi un peu enfantin. « Puisque, >dit M. Duhem, on n'impose aux mouvements cachés aucune condition, aucune restriction, sur quoi se fonderait-on pour prouver qu'un écart déterminé ne peut trouver en eux sa raison d'être? »

Malgré de tels subterfuges l'insuffisance de la mécanique classique s'est montrée chaque jour plus manifeste à n^esure que la physique a progressé. « Il existe, écrit l'auteur que je citais à l'instant, une incompatibilité radicale entre la mécanique de Lagrange et les lois de la physique ; cette incompatibilité n'atteint pas seulement les lois des phénomènes dont la réduction au mouvement est l'objet diiypothèses, mais encore les lois qui régissent les mouvements sensibles ».

Ce n'est pas uniquement dans les grandes questions relatives à la synthèse de l'univers que la mécanique classique s'est montrée fort insuffisante, mais encore dans des problèmes d'apparence plus modeste comme la théorie des gaz. C'est en invoquant le calcul des probabilités, en imaginant une sorte de statistique qu'elle arrive à établir des équations très compliquées et très incertaines aussi puisqu'elles échappent à toute vérification.

Les professeurs qui continuent à enseigner les formules de la mécanique renoncent de plus en plus à y croire. Cet univers fictif, réduit à des points auxquels sont appliquées des forces, leur semble assez chimérique. « Il n'y a pas un seul des principes de la mécanique rationnelle qui soi^ appli-

cable à des réalités », m'écrivait récemment un des savants qui ont le plus approfondi les problèmes de la mécanique, Téminent professeur Dvvelshauwers Dery.

Et c'est pourquoi cette science fondamentale est tombée aujourd'hui dans un état d'anarchie dont elle ne semble pas près de sortir malgré de nombreuses tentatives visant à ia transformer. Actuellement, il existe trois systèmes de mécanique différents :

l*" La mécanique classique bâtie sur les concepts de masse, de force, d'espace et de temps.

2"" La mécanique de Hertz qui rejette la notion de force et la remplace par des liaisons cachées, supposées exister entre les corps.

3° La mécanique énergétique fondée sur le principe de la conservation de l'énergie, que nous aurons à étudier bientôt. Pour elle la matière et la force disparaissent. Il n'y aurait dans l'univers d'autre élément fondamental que l'énergie. Cet élément serait indestructible tout en changeant sans cesse d'aspect. Les divers phénomènes ne représenteraient que des mutations d'énergie.

. On yarierait d'ailleurs à l'inlini les systèmes mécaniî|^es en remplaçant les concepts de temps, d'espacé* et de masse par des grandeurs arbitraires liées d'une certaine manière aux concepts en questio» et en exprimant les phénomènes en fonction de ces nouvelles grandeurs. C'est ce qu'on fait quelquefois en introduisant dans les équations, à la place (les coordonnées de la mécanique classique, des grandeurs physiques : pression, volume, température, charge électrique, etc., qui déterminent Tétat d'un corps. Des principes dérivés de l'étude de la dissociation de la matière exposés dans notre dernier ouvrage, on pourrait déduire une mécanique nouvelle dans laquelle la matière figurerait comme la source

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des diverses forces de l'univers. On écrirait dans les équations que telle ou telle force est simplement de la matière moins quelque chose, que l'inertie est une conséquence des relations d!équilibre entre Ténergie intra-atomique et Téther, etc. On lierait ainsi la force à la matière et on exprimerait la première en fonction de la seconde conformément aux données de l'expérience.

Mais le moment n^est pas venu de traduire en équations des grandeurs dont les relations sont indéterminées. Il semble peu probable que cette mécanique nouvelle nous expliquerait beaucoup mieux que l'ancienne les phénomènes de l'univers.

Le fait de ne percevoir dans l'univers que de la matière et du mouvement ne nous autorise pas à soutenir qu'il ne se compose pas d'autre chose. On peut dire seulement qu'en raison de l'insufQsance de nos sens et de nos instruments nous percevons uniquement ce qui se présente sous forme de matière et de mouvement. Il y a vingt ans» on aurait pu soutenir à la rigueur qu'il ny a rien d'autre. Mais les phénomènes très imprévus, révélés par l'étude de la dissociation de la matière, ont prouvé que l'univers était plein de choses jadis insoupçonnées, et révélé Texistence d'immenses territoires complètement inexplorés. L'édifice bâti par la science et qui abrita si longtemps nos incertitudes, apparaît maintenant comme un abri fragile dont les fondations devront être refaites entièrement.

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